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Le gang des rêves

Электронная книга - «Le gang des rêves». Краткое содержание книги:

Une Italienne de quinze ans débarque avec son fils dans le New York des années vingt…
L’histoire commence, vertigineuse, tumultueuse. Elle s’achève quelques heures plus tard sans qu’on ait pu fermer le livre, la magie Di Fulvio.
Roman de l’enfance volée, Le Gang des rêves brûle d’une ardeur rédemptrice : chacun s’y bat pour conserver son intégrité et, dans la boue, le sang, la terreur et la pitié, toujours garder l’illusion de la pureté.
Dramaturge, le Romain Luca Di Fulvio est l’auteur de dix romans.
Deux d’entre eux ont déjà été adaptés au cinéma ; ce sera le destin du Gang des rêves, qui se lit comme un film et dont chaque page est une nouvelle séquence.
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« Elles sont froides ! avait-elle observé. Il faut avoir les mains chaudes, pour une femme, tu sais ?

— D’accord… » avait murmuré Christmas, incapable de détacher les yeux de ce décolleté plantureux.

Elle avait saisi une main de Christmas qu’elle avait glissé dans son soutien-gorge. Christmas, au contact de cette peau, était restée bouche bée, comme s’il n’arrivait plus à respirer.

« Pince-le ! avait-elle expliqué dès qu’elle avait senti les doigts de Christmas sur son mamelon. Doucement… oui, comme ça… tu vois comme il grossit ?

— Oui…

— Et maintenant, sors-le du soutien-gorge, délicatement, comme un truc fragile… comme un flan ! » et elle avait éclaté de rire.

Christmas aurait voulu rire aussi, parce qu’il sentait le rire monter en lui, mais il était trop concentré sur ce miraculeux globe de chair qui sentait à la fois un peu le whisky, la sueur et un parfum étrange, que Christmas avais pris pour l’odeur des femmes.

« Embrasse-le… et passe le bout de ta langue sur le mamelon… comme ça, oui… et mordille-le, mais tout doucement, comme on fait avec le lobe de l’oreille des bébés… là, c’est bien… »

Ensuite la serveuse avait soulevé sa jupe et placé la main de Christmas entre ses jambes, et il avait découvert alors, outre une légère couche de mousse, quelque chose d’humide et de doux comme le velours, encore fermé mais prêt à éclore, qui lui avait révélé une source de liquides chauds, visqueux et attirants, à l’arôme âcre et pénétrant. Et quand la femme lui avait déboutonné le pantalon et s’était assise sur lui, arquant le dos et le conduisant en elle, Christmas avait compris qu’il ne voudrait plus rien faire d’autre qu’assouvir son désir à cette source.

Enfin, une fois la serveuse rhabillée, Christmas retrouva son envie de rire. Alors il avait ri et avait enlacé la femme. L’embrassant sur les seins, la bouche et le cou. Il riait et riait encore lorsqu’il avait senti une nouvelle force, brusquement revenue, qui poussait et lui gonflait l’entre-jambe.

« Je dois y aller ! » avait dit la serveuse, et elle l’avait fait descendre de voiture. Puis elle avait essuyé avec un mouchoir les traces que leur étreinte avait laissées sur le siège de l’auto. En descendant, elle avait passé une main dans les cheveux blonds et hirsutes de Christmas.

« Mais qu’est-ce que t’es mignon ! s’était-elle exclamée. Tu vas rendre les filles folles, avec cette mèche ! »

Christmas l’avait attirée à lui et embrassée. Tendrement. Les yeux fermés, comme pour mieux mémoriser toutes ces odeurs et ces saveurs.

« Tu sens bon ! avait-il murmuré.

— Oh oui, elles seront toutes folles de toi, beau gosse ! avait-elle ri en ébouriffant sa mèche. Mais pour le moment, je te veux tout pour moi ! Reviens me voir. Je t’emmènerai chez moi. »

Puis elle avait disparu dans le speakeasy.

Christmas était resté dans le parking, hébété, dans un état de grâce fatiguée, un vague sourire flottant sur son visage, sans pâtir du froid perçant de l’hiver new-yorkais.

« Ah, te voilà ! s’était écrié Joey, apparaissant soudain. Mais qu’est-c’que tu fous là ? Ça fait une demi-heure que j’te cherche ! »

Christmas n’avait pas répondu. Il s’était contenté de le fixer, le regard adouci par les sensations toutes récentes de sa première fois.

« Eh, tu sais, la serveuse de tout à l’heure ? avait ajouté Joey en se pavanant. Je viens d’la croiser à l’intérieur et elle m’a embrassé sur la joue ! J’me la tape quand j’veux !

— Oui oui…, avait fait Christmas, rêveur.

— T’as bu, Diamond ? Tu sais bien que tu tiens pas l’alcool ! Allez, on s’casse, j’ai récolté vingt dollars, mon pote ! »

Christmas l’avait suivi et, tout en marchant, s’était efforcé de se rappeler tous les parfums de l’amour.

Cette nuit-là, dans son lit, il avait pensé à Ruth. Mais il n’avait éprouvé aucun sentiment de culpabilité. Parce qu’il savait qu’il n’était pas amoureux de la serveuse. Et il se disait qu’il apprendrait à être un amant délicat et talentueux, pour Ruth. Afin qu’avec Ruth, cela soit encore plus beau. « Il faut que je m’entraîne ! » s’était-il promis doucement, blotti dans son lit. Et là il s’était endormi, heureux.

Au cours des mois suivants, il fréquenta assidûment la serveuse. Ensuite il passa à d’autres femmes, presque toujours plus âgées que lui. Il apprit que les poitrines blanches et généreuses, aux mamelons rose pâle de la taille d’un grain de beauté, avaient un goût de miel ; celles en forme de poire, avec un mamelon en forme de chrysanthème, mou, sombre et légèrement flétri, étaient un peu âcres ; les petits seins bruns et solides, aux mamelons tournés vers le haut, prêts à bondir comme des poissons volants à l’instant où ils jaillissent hors de l’eau, avaient une saveur salée et piquante ; ceux qui étaient transparents, tendus, veinés de bleu, et qui ressemblaient à des ballons gonflés, comme fermés par des mamelons compressés et fatigués, avaient un goût de poudre de riz ; et ceux, mous et détendus, des femmes plus mûres, aux mamelons un peu ridés, comme du raisin sucré séché au soleil, cumulaient, dans leur cachette débusquée depuis longtemps, toutes les saveurs que ces femmes avaient savourées, accueillies et oubliées. La peau des femmes était tantôt soyeuse, tantôt faite pour retenir les caresses ; elle était parfois lisse et poudrée, et parfois tellement humide que le plus intense des plaisirs trouvait à s’y noyer. Quant au secret qu’elles nichaient entre leurs jambes, c’était une fleur qu’il fallait effeuiller avec attention, passion, délicatesse ou bien ardeur. Il apprit à saisir le moindre de leurs regards et de leurs gestes. À utiliser sa mèche rebelle, son sourire ouvert, son expression boudeuse, son culot, son allégresse et son corps, qui était devenu à la fois souple et musclé. Et il apprit à aimer les femmes, toutes les femmes, avec naturel, mais sans jamais oublier Ruth.

« On enregistre ! » crachota la voix du technicien dans le téléphone de la salle des concerts, ramenant Christmas à la réalité présente.

« À quoi pensais-tu ? demanda Maria à Christmas, à mi-voix.

— J’écoutais tes pensées ! » lui souffla Christmas à l’oreille.

Maria sourit :

« Quel menteur !

— Maria, donne-lui le départ ! » demanda le technicien.

Maria mit ses écouteurs et recommença à faire des gestes de la main à l’intention du musicien. Elle lui indiqua le départ. Le cornet retentit au moment voulu. Alors Maria, enlevant ses écouteurs, se tourna vers Christmas :

« Maintenant, il ne faut plus faire de bruit ! » chuchota-t-elle.

Christmas lui sourit, puis porta ses mains jointes à sa bouche et souffla dessus, tout en fixant Maria.

Celle-ci fronça les sourcils, dans une question muette.

Christmas mit un doigt devant sa bouche, lui faisant signe de se taire, et inclina un peu la tête, de manière que sa mèche blonde lui couvre un œil.

« Maintenant, j’ai les mains bien chaudes » murmura-t-il.

Maria fronça à nouveau les sourcils.

« Je t’ai dit que j’écoutais tes pensées » souffla Christmas.

Maria, inquiète, se tourna vers le preneur de son :

« Sérieusement, il ne faut pas faire de bruit ! » répéta-telle.

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