La jeune fille et les clones
- Автор: Брин Дэвид
- Год: 1997
- Язык: французский
- Год: Pocket
- ISBN: 2-266-08011-3
- Переводчик: Arnaud Mousnier-Lompré
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «La jeune fille et les clones». Краткое содержание книги:
Maia et Leie, sa soeur jumelle, se voient ainsi, très jeunes, réduites à explorer ce monde pastoral et le trouvent plutôt compliqué. Il y a des radicales qui militent pour les droits des hommes ; des Perkinites qui au contraire, pour les éliminer, proposent la parthénogénèse ; et même un visiteur venu des étoiles pour proposer à Stratos de réintégrer le Phylum. Quoi, il y aurait eu sécession ? Pourquoi tous ces mystères : la Porte à Enigmes, le Mur d'Images, le Grand Modeleur ? Et comment faire bouger les choses ?
Son air avide, puis penaud et confus acheva de convaincre Maïa qu’il n’était pas un espion laissé par les pirates pour les surveiller. Personne ne pouvait feindre de passer si vite du désir ardent à l’embarras. La pensée transparente de Brod avait plus de points communs avec celle de Maïa que n’en avait jamais eu celle du vieux Bennett. Ou même celle des femmes de sa connaissance. Il était moins mystérieux et romantique que son ami étranger mais il était sympa, lui aussi.
« Tu commences à drôlement aimer les hommes, se dit Maïa en tapotant Brod sur l’épaule. Les Perkies qui ne s’en servent que pour le sexe et l’amorce ne savent pas ce qu’elles ratent. »
Le radeau avait été fabriqué en quatre morceaux qui devaient être réunis au pied de la falaise, à marée haute. Les vars s’exercèrent à répéter les mouvements nécessaires près du treuil reconverti. Ce serait sans doute plus difficile sur des flots agités, mais elles finirent par s’estimer prêtes. Le premier lancement aurait lieu tôt le lendemain matin.
Leur hâte avait une raison. Elles seraient à court de provisions d’ici une huitaine de jours. Quand la chaloupe de ravitaillement arriverait, elles avaient intérêt à être loin. Et si la chaloupe n’arrivait jamais ? Raison de plus pour ne pas traîner là. Elles seraient affamées en atteignant la côte, mais elles n’en mourraient pas.
Elles n’essayèrent pas de convaincre Maïa et Naroïne de les accompagner. Ainsi, elles donneraient le change quand la chaloupe viendrait, si elle venait, laissant le temps au radeau de prendre du large.
— Nous vous enverrons de l’aide, leur promit Inanna.
Maïa n’avait pas l’intention de se tourner les pouces en attendant. Celles qui restaient s’attelleraient immédiatement au plan de Naroïne et construiraient un canot grossier, mais elle n’irait pas jusqu’au continent de l’Arrivée. Elle comptait déterminer dans quelle île les pirates détenaient Renna et les rades, coincer Leie et lui dire son fait, pour changer.
La veille du départ, ils restèrent plus longtemps autour du feu, à chanter et à raconter des histoires. Les vars charriaient le jeune Brod : quel dommage qu’il soit tombé si peu de gloire ! Était-il certain de ne pas vouloir les accompagner, en fin de compte ? S’il était d’une certaine façon soulagé, il paraissait aussi vaguement regretter d’avoir échappé de justesse à la chute de gloire. Maïa se dit qu’au fond il aurait été curieux de relever le défi, s’il s’était présenté.
« Ne t’en fais. Un mâle aussi intelligent que toi aura d’autres occasions, et bien meilleures. »
Les deux plus jeunes femmes, une six-ans blonde et souple de Quinnland et une sept-ans exotique d’Hypatie, firent tinter des cuillères contre leurs tasses sur un rythme entraînant et entonnèrent une chanson que toutes reprirent.
C’était une chanson à boire très connue, et tant pis s’il n’y avait rien à boire. Les chanteuses se penchaient vers Brod puis reculaient en riant, au grand embarras du garçon. Chacune à son tour ajoutait un vers plus paillard que le dernier.
Maïa passa la main en souriant. Mais quand vint le tour de Brod, il se leva et se mit à chanter d’une voix ferme et assurée.
La plupart des femmes saluèrent par des rires et des applaudissements l’à-propos de sa réponse, mais d’autres parurent ne pas l’apprécier : celles qui, quelques jours auparavant, avaient refusé de prendre son vote en compte.
D’autres chansons suivirent, puis Maïa remarqua que l’ambiance devenait progressivement plus songeuse. À un moment, la fille d’Hypatie entonna une belle et triste mélodie qui racontait comment une vieille compagne de foyer avait conquis une niche, fondé un clan et disparu en laissant des filles clones indifférentes aux amours de jeunesse de leur fondatrice var.
Un coup de vent ranima les braises. Il y eut un silence, puis Charl et Trotula entonnèrent une ballade que Maïa avait entendue chanter par des missionnaires perkinistes. C’était une épopée relatant comment des tyrannies hérétiques appelées « les Royaumes » s’étaient autoproclamées dans les îles tropicales où elles se trouvaient en ce moment. Cette période était peu étudiée en classe et on n’en parlait guère dans les romans d’aventures que lisait Leie. Mais chaque printemps, la menace et la mystique tragique de cette chanson retentissaient dans les rues.
Entre la Grande Défense et l’Ere du Repos, mille ans auparavant, la rébellion faisait rage sur l’océan Mère. Enhardis par le renom qu’ils avaient acquis en repoussant l’envahisseur étranger, des conjurés mâles avaient juré de rétablir le patriarcat. S’emparant des routes maritimes, ils brûlaient les vaisseaux, noyaient ceux qui refusaient de se rallier à leur cause, levaient, dans les villes qu’ils prenaient, toutes les barrières des Lois et de la tradition. La saison des aurores était une époque de licence débridée sinon d’horreur.
La Savante Claire, interrogée par Maïa, avait eu un rictus de dégoût :
— Les gens simplifient à outrance. Les Perkies ne parlent jamais des alliées des Rois, et pourtant…
— Qui s’était allié avec eux ? avait relevé Maïa, choquée.
— Des femmes, évidemment. Des quantités de femmes. Des opportunistes qui savaient comment tout ça se finirait.
Elle n’avait pas voulu lui en dire plus, et il n’y avait pas grand-chose sur le sujet à la bibliothèque municipale. Elles avaient alors tenté, Leie et elle, de se faire passer pour des clones et de s’introduire dans un meeting perkiniste… mais elles s’étaient fait repérer et jeter dehors.