Les Habits Noirs Tome I
- Автор: Феваль Поль Анри
- Серия: Les Habits Noirs #1
- Язык: французский
- Жанр: Исторические приключения
Электронная книга - «Les Habits Noirs Tome I». Краткое содержание книги:
La bande criminelle les «Habits Noirs», dirigée par Lecoq, le bras droit du colonel Bozzo-Corona, le «Maître à tous», organise le vol de la caisse du banquier Bancelle, en 1825, tout en montant une machination compliquée destinée à égarer la justice sur un faux coupable (manoeuvre que les Habits noirs appellent «payer la loi», et qu'ils renouvelleront à chaque épisode). Ce faux coupable est André Maynotte, sur lequel Lecoq satisfait ainsi une ancienne vengeance. André Maynotte est condamné, mais réussit à s'enfuir…
Similor avait recouvré sa belle sérénité. Il se tenait droit, bourré dans son paletot tourterelle, et souriait avec complaisance, du haut de son col en baleines, aux paroles éloquentes qu’il venait de prononcer. Échalot, moins infatué de sa personne, baissait modestement les yeux et tournait ses pouces sous son tablier de pharmacien. Saladin, le triste enfant de carton, montrait une tête laide et blondâtre au-dessus de son épaule gauche. Voyant qu’on tardait à lui répondre, Similor reprit la parole avec plus d’amabilité.
– Pour quant à la surprise de vos secrets, poursuivit-il partageant une fine œillade entre les deux collaborateurs, c’est l’effet d’un hasard involontaire, sans préméditations, Échalot et moi, incapables d’écouter aux portes! Échalot, c’est ce jeune homme qui se charge du fruit de mes fautes, tout étant commun dans l’amitié.
Il m’est bien connu depuis notre enfance; j’en réponds comme de mon honneur propre pour la fidélité à tous les serments que nous prononcerons. Par ainsi, je venais voir en passant si ces messieurs avaient quelquefois besoin, avant de me coucher, et rendre réponse d’une commission de confiance à M. Michel. Non content que je voulais saisir l’occasion de vous présenter mon collègue, pour s’il y avait de l’ouvrage. Ça mange, la créature qu’il a avec lui. Donc, en marchant à tâtons, après qu’on a été entré de l’autre côté, nous avons entendu comme ça le mot en question, et voyant qu’on en mangeait ici, j’ai dit: «L’audace est le favori de la fortune! Offrons d’en être avec courage et fidélité.»
Ayant ainsi parlé, l’ancien maître de danse cambra ses beaux mollets, tandis qu’Échalot redressait d’un air modeste ses jambes grêles, supportant un torse d’athlète. Il y a des bandits grotesques, mais qui font trembler à un moment donné, dès qu’ils cessent de faire rire. Ce n’était pas cela. Échalot et Similor atteignaient bien aux plus hauts sommets du burlesque, mais il semblait impossible qu’ils amenassent jamais la chair de poule à l’épiderme le plus sensible. Ils avaient bonne envie de mal faire, afin de se ranger et d’acquérir une honnête aisance; mais tant de chevaleresque naïveté brillait parmi leurs laideurs toutes parisiennes et jumelles, malgré la différence de formes et de poils! tant de candeur, tant d’esprit, tant de miraculeuse sottise parlait dans leurs regards! Ils semblaient si bien créés et mis au monde pour ne poignarder personne que l’effet produit par eux, à la longue, sur nos deux dramaturges en herbe fut une convulsive et irrésistible hilarité.
– Tu criais après des comiques! dit le premier, Maurice, que son rire étouffait.
– Voilà vos pitres! riposta Etienne en se tenant les côtes.
Et tous deux de se tordre! Échalot et Similor ne riaient pas, bien au contraire, ils restaient confondus devant cette gaieté intempestive. Leurs visages désappointés disaient combien ils avaient compté sur leur entrée. Tout Parisien est comédien. Échalot et Similor s’étaient promis à eux-mêmes un grand effet en sus du bénéfice. Ils avaient vu au théâtre quantité d’entrées pareilles qui, toujours, réussissaient à miracle!
On avait parlé d’acheter à prix d’or des poignards. Présent, les poignards! Et l’on riait!
Ils étaient braves tous deux et même mauvaises têtes; pourtant l’idée de se fâcher ne leur vint pas, tant l’humiliation courbait leur fierté. Une insulte sérieuse, notez bien cela, eût glissé peut-être sur leur stoïcisme. Le point d’honneur, chez les sauvages de Paris, est la chose du monde la plus fantasque et la plus subtile.
Échalot et Similor étaient deux de ces vieux enfants. Hurons de nos lacs de boue, nous vous les montrons tels quels, sans opérer de retouche au moulage sur nature. Quiconque aura vu deux Iroquois de ruisseau, qui ne seront précisément ni Similor ni Échalot, dira: invention. Nous jurons pourtant qu’ils vous ont offert des chaînes de sûreté sur le boulevard.
– Amédée! murmura cependant Échalot, tu vas me payer ça de m’avoir entraîné dans une démarche inconséquente… La paix, Saladin, puceron!
– Sois calme, bonhomme, repartit Similor doucement. On a la parole pour expliquer sa pensée. N’y a pas d’affront, reprit-il avec dignité en s’adressant aux deux rieurs. J’ai cru que vous ne seriez pas fâchés d’avoir un jeune homme de plus aux mêmes prix et facilités de payement pour la chose des mystères. On ne tient pas par goût à répandre le sang des semblables, ne l’ayant jamais versé jusqu’à ce jour…
– Comme c’est ça! pleura Maurice malade de joie.
– Idéal! idéal! balbutia Etienne qui se pâmait.
– Que néanmoins on n’est pas des nègres esclaves pour faire rire de soi impunément, poursuivit Similor dont la joue rougit légèrement.
– Et que si vous voulez, éclata Échalot, modernes et blancs-becs, rien dans les mains, rien dans les poches, on va vous jouer une partie carrée de tatouille, ici ou dans la rue, à la volonté de ces messieurs!
En même temps il décrocha Saladin d’un geste violent, le posa par terre entre les pieds d’une chaise, et frotta énergiquement ses mains contre la poussière du plancher. Similor n’eut que le temps de le saisir à bras-le-corps pour l’empêcher de bondir comme un lion.
– Modère ta fringale, lui glissa-t-il à l’oreille. C’est des farceurs, mais nous les tenons par leurs projets coupables!
Saladin, cependant, éveillé par le choc, poussa un vagissement de possédé qui sembla produire sur son père adoptif l’effet d’un son de clairon.
– Faut faire la fin de ces deux-là! hurla-t-il en se débattant. Maurice riait encore, l’imprudent; mais Etienne moins téméraire, se réfugiait déjà de l’autre côté de la table, et nul n’aurait su dire quel dénouement tragique allait avoir cette scène si joyeusement commencée, quand l’entrée d’un personnage nouveau changea soudain la situation.
La porte s’ouvrit toute grande. Un homme de robuste apparence, à la physionomie froide et terne parut sur le seuil. Quatre voix étonnées prononcèrent le nom de M. Bruneau. Le nouveau venu salua poliment les deux jeunes gens, et de son pouce, renversé pardessus son épaule, montra aux deux autres le chemin de l’escalier. Échalot et Similor hésitèrent un instant, puis ils baissèrent les yeux sous le regard fixe de M. Bruneau et tournèrent le dos sans mot dire.
– On oublie quelque chose, dit le nouveau venu en montrant du pied l’enfant qui se roulait dans ses lambeaux.
Échalot revint, le prit dans ses bras, et disparut au pas de course.
– Deux drôles de corps! murmura tranquillement M. Bruneau. Pauvres garçons! Deux bien drôles de corps!
Son œil, lent à se mouvoir, tourna autour de la chambre et fit l’inventaire de l’ameublement indigent. Son regard s’arrêta sur l’une des deux chaises restées vacantes.
– Asseyez-vous si vous voulez, voisin, dit Etienne assez lestement. Est-ce que, par hasard, nous serions à échéance?
Maurice ajouta d’un ton presque provocant.
– Je ne savais pas que nous fussions ensemble à ce point d’intimité pour entrer sans frapper les uns chez les autres…
Au lieu de répondre, M. Bruneau continuait à examiner la chaise.
– Je connais des tas d’histoires, prononça-t-il entre haut et bas. Nos deux amis se regardèrent étonnés.