Бесплатная библиотека
Читайте книгу на сайте или телефоне
READ-E-BOOK » Классическая проза » Les Thibault — Tome III [L'Eté 1914 (suite et fin) — Épilogue]
Les Thibault — Tome III [L'Eté 1914 (suite et fin) — Épilogue] - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Les Thibault — Tome III [L'Eté 1914 (suite et fin) — Épilogue]

Электронная книга - «Les Thibault — Tome III [L'Eté 1914 (suite et fin) — Épilogue]». Краткое содержание книги:

À travers les destins de Jacques Thibault, idéaliste et révolté, et d'Antoine, sérieux, conservateur, deux frères que tout oppose, Roger Martin du Gard nous entraîne dans une vaste fresque sociale et historique. Tandis que la guerre est sur le point de ravager l'Europe, Jacques tente désespérément de sauver la paix, mais l'assassinat de Jaurès précipite le monde dans l'horreur, horreur à laquelle le jeune homme se refuse. Antoine, lui, participe au conflit. En 1918, survivant condamné par les gaz des champs de bataille, il comprend enfin le sens de la vie de son frère et les limites de la sienne.
1 ... 88 89 90 91 92 93 94 95 96 ... 181
Перейти на страницу:

— « À Paris aussi », dit l’un des Suisses, « c’est aujourd’hui que la Chambre se réunit pour les crédits de guerre. »

— « À Paris, ce sera pareil ! » affirme le Belge, avec feu. « Dans tous les pays alliés, les socialistes voteront les crédits, ça ne fait pas question ! Nous avons pour nous la Justice !… Cette guerre, elle nous est imposée. Dans cette lutte contre le militarisme prussien, tout vrai socialiste se doit d’être au premier rang ! » Il ne cesse, en parlant, de toiser l’homme au parler germanique, qui se tait.

Au secours de la Patrie menacée ! Sus à l’impérialisme allemand ! C’est le refrain de tous. Dans les derniers journaux français de gauche que Jacques a lus hier, c’était partout le même mot d’ordre : partout, les socialistes renonçaient à l’opposition. On annonçait hier encore, par-ci, par-là, en banlieue, quelques réunions de sections, mais c’était pour « délibérer sur les moyens de venir en aide aux familles des mobilisés » ! La guerre était devenue un fait ; un fait accepté sans protestation. Le numéro de la Guerre sociale était particulièrement significatif. Gustave Hervé, en première page, avait le front d’écrire : Jaurès, vous êtes heureux de ne pas assister à l’écroulement de notre beau rêve… Mais je vous plains d’être parti sans avoir vu comment notre race nerveuse, enthousiaste, et idéaliste a accepté d’aller accomplir le douloureux devoir ! Vous auriez été fier de nos ouvriers socialistes !… Et, plus significatif encore était le Manifeste aux cheminots lancé par ce Syndicat des Chemins de fer, qui, naguère encore, affirmait si violemment son antinationalisme : Devant le danger commun s’effacent les vieilles rancunes ! Socialistes, Syndicalistes et Révolutionnaires, vous déjouerez les bas calculs de Guillaume, et vous serez les premiers à répondre à l’appel, quand retentira la voix de la République ! « Quelle dérision… », se disait Jacques. « Le voilà réalisé, dans chaque pays, cet accord des partis populaires, qui semblait impossible ! Et réalisé justement par la guerre ! Alors que, s’il avait été réalisé contre elle… Quelle dérision ! Les partisans de l’Internationale, partout unanimes aujourd’hui à accepter nationalement le conflit ! Alors que, pour l’empêcher, il aurait suffi, quinze jours plus tôt, qu’ils soient unanimes à décider la grève préventive ! » Le seul, le dernier écho d’indépendance, c’est dans un journal anglais, le Daily News, que Jacques l’avait trouvé : un article, qui avait le ton d’un manifeste, écrit avant l’ultimatum à la Belgique. On y dénonçait la naissance des premiers courants bellicistes à travers l’opinion britannique ; et l’on y proclamait fermement la nécessité, pour l’Angleterre, de se défendre de la contagion, de conserver sa liberté, sa neutralité d’arbitre, de n’intervenir en aucun cas, même si l’une des armées ennemies se risquait à violer la frontière belge. Oui… Mais, aujourd’hui, l’Angleterre officielle annonçait qu’elle aussi entrait généreusement dans la danse macabre !

La voix vibrante du socialiste belge s’élève dans le couloir :

— « Jaurès lui-même serait le premier à donner l’exemple ! Jaurès, Monsieur ? Mais il courrait s’engager ! »

« Jaurès… », se dit Jacques. « Aurait-il empêché les défections ? Aurait-il tenu jusqu’au bout ? » Il se revoit soudain, avec Jenny, devant le café de la rue Montmartre… la foule silencieuse amassée dans la nuit… l’ambulance… « C’est aujourd’hui qu’ils l’enterrent », songe-t-il. « Sous des fleurs, des discours, des drapeaux tricolores, des musiques militaires ! Ils ont accaparé le grand cadavre, pour le brandir au nom de la Patrie… Ah, si vraiment le cercueil de Jaurès traverse ce Paris qu’on mobilise, sans déclencher l’émeute, c’est que tout est fini, c’est que l’Internationale ouvrière est bien morte, et qu’on l’enterre avec lui… »

Oui, pour l’instant, tout est fini, là-bas, dans les villes magnétisées ; à l’arrière, oui, tous les ressorts, pour l’instant, sont rompus. Mais, sur la ligne de feu, les malheureux qui ont pris contact avec la guerre, ceux-là, il en est sûr, n’attendent qu’un appel pour rompre l’infernal envoûtement… Une étincelle, et la révolte libératrice éclatera enfin !…

Des phrases décousues s’ébauchent de nouveau dans sa tête : Vous êtes jeunes, vivants… On vous envoie à la mort… On vous arrache de force votre vie ! Et pour en faire quoi ? Du capital frais, dans les coffres des grands banquiers !… Il touche son carnet au fond de sa poche. Mais comment prendre des notes dans ce va-et-vient, dans ce bruit ? D’ailleurs, avant vingt minutes, il sera à Bâle. Il faudra partir à la recherche de Plattner, s’enquérir d’un logement, d’un abri où travailler…

Tout à coup, son parti est pris. Il a bien fait de dormir. Il se sent lucide, énergique. Plattner peut attendre. Ce serait stupide de laisser retomber cette fièvre qui le tient. Au lieu de courir la ville, il se réfugiera dans un coin de la salle d’attente ; et, ces phrases qui bouillonnent et se pressent dans son cerveau, il les jettera, toutes chaudes, sur le papier… Dans la salle d’attente, ou bien au buffet, — car il meurt de faim.

LXXX

Asile inespéré ! La Restauration Dritterklasse est si vaste que les clients, pourtant nombreux, n’occupent que le centre du hall : le fond est entièrement désert.

Jacques a choisi, contre le mur, une grande table parmi d’autres grandes tables libres.

Il a retiré son veston, ouvert son col. Il a dévoré une savoureuse portion de veau, généreusement lardée, fricassée dans la poêle et garnie de carottes. Il a bu toute une carafe d’eau glacée.

Au plafond, les ventilateurs ronronnent. La servante a posé devant lui de quoi écrire, près d’une tasse de café qui embaume.

Un garçon circule devant le comptoir, avec un plateau : Cigaren ! cigaretten ! Ah, oui, cigaretten !… Après douze heures de privation, la première bouffée est un enchantement ! Un bien-être capiteux, un surcroît de vie, courent dans ses veines, font trembler ses mains. Penché sur la table, le front plissé, les yeux clignotants à travers la fumée, il n’attend pas, il ne cherche pas à ordonner les idées qui se pressent. Le tri se fera plus tard, à tête reposée…

Avec une impatience vorace, sa plume, déjà, galope sur le papier :

Français ou Allemands, vous êtes des dupes !

Cette guerre, on vous l’a présentée, dans les deux camps, non seulement comme une guerre défensive, mais comme une lutte pour le Droit des Peuples, la Justice, la Liberté. Pourquoi ? Parce qu’on savait bien que pas un ouvrier, pas un paysan d’Allemagne, pas un ouvrier, pas un paysan de France, n’aurait donné son sang pour une guerre offensive, pour une conquête de territoires et de marchés !

On vous a fait croire, à tous, que vous alliez vous battre pour écraser l’impérialisme militaire du voisin. Comme si tous les militarismes ne se valaient pas ! Comme si le nationalisme belliqueux n’avait pas eu, ces dernières années, autant de partisans en France qu’en Allemagne ! Comme si, depuis des années, les impérialismes de vos deux gouvernements n’avaient pas couru les mêmes risques de guerre !… Vous êtes des dupes ! On vous a fait croire, à tous, que vous alliez défendre votre patrie contre l’invasion criminelle d’un agresseur — alors que chacun de vos états-majors, français et allemand, étudiait depuis des années avec la même absence de vergogne, les moyens d’être le premier à déclencher une offensive foudroyante ! alors que, dans vos deux armées, vos chefs cherchaient à s’assurer les avantages de cette « agression », qu’ils font mine de dénoncer aujourd’hui chez l’adversaire, pour justifier à vos yeux cette guerre qu’ils préparaient !

1 ... 88 89 90 91 92 93 94 95 96 ... 181
Перейти на страницу:
0
Сюжет
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Атмосфера
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Главный герой
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Общее впечатление
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
Итоговая оценка: 0.0 из 10 (голосов: 0 / История оценок)