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La Tempête

Электронная книга - «La Tempête». Краткое содержание книги:

Tragicomédie en cinq actes. Le duc de Milan, Prospero, après avoir été déchu et exilé par son frère, se retrouve avec sa fille Miranda sur une île déserte. Grâce à la magie que lui confèrent ses livres, il maîtrise les éléments naturels et les esprits, notamment Ariel, esprit positif de l'air et du souffle de vie ainsi que Caliban, être négatif symbolisant la terre, la violence et la mort. La scène s'ouvre sur le naufrage, provoqué par Ariel, d'un navire portant le roi de Naples, son fils Ferdinand ainsi que le frère parjure de Prospero, Antonio. Usant de sa magie et de l'illusion, Prospero fera subir aux trois personnages échoués sur l'île diverses épreuves destinées à les punir de leur traîtrise, mais qui auront également un caractère initiatique... Édition Ebooks libres et gratuits.
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SÉBASTIEN.-A la bonne heure! mais je suis une eau stagnante.

ANTONIO.-Je vous apprendrai à monter comme le flux.

SÉBASTIEN.-Charge-toi de le faire, car une indolence héréditaire me dispose au reflux.

ANTONIO.-O si vous saviez seulement combien ce projet vous est cher au moment même où vous vous en moquez! combien vous y entrez de plus en plus, en le rejetant! Les hommes de reflux sont si souvent entraînés tout près du fond par leur crainte et leur indolence même.

SÉBASTIEN.-Je t'en prie, poursuis: la fermeté fixe de ton regard, de tes traits, annonce quelque chose qui veut sortir de toi, et un enfantement qui te presse et te travaille.

ANTONIO.-Voilà ce qui en est, seigneur. Quoique ce gentilhomme au faible souvenir, et qui une fois enterré sera d'aussi petite mémoire, ait presque persuadé au roi (car il est possédé d'un esprit de persuasion) que son fils est vivant, il est aussi impossible que ce fils ne soit pas noyé, qu'il l'est que celui qui dort ici puisse nager.

SÉBASTIEN.-Moi, je n'ai pas d'espoir qu'il ne soit pas noyé.

ANTONIO.-O que de ce défaut d'espoir il sort pour vous une grande espérance! Point d'espérance de ce côté, c'est de l'autre une espérance si haute, que l'oeil de l'ambition elle-même ne peut percer au delà, et doute plutôt de ce qu'il y découvre. Voulez-vous demeurer d'accord avec moi que Ferdinand est noyé?

SÉBASTIEN.-Il n'est plus de ce monde.

ANTONIO.-Maintenant, dites-moi, quel est l'héritier le plus proche du royaume de Naples?

SÉBASTIEN.-Claribel.

ANTONIO.-Qui? la reine de Tunis? elle qui habite à dix lieues par delà la vie de l'homme? elle qui ne peut pas avoir de nouvelles de Naples, à moins que le soleil ne fasse office de poste (car l'homme de la lune est trop lent), avant que les mentons nouveau-nés ne soient durcis et devenus propres au rasoir? elle, à cause de qui nous avons été tous engloutis par la mer, bien qu'elle en ait rejeté quelques-uns, et que nous soyons par là destinés à exécuter une action dont ce qui vient d'arriver n'est que le prologue? Pour ce qui doit suivre, vous et moi en sommes chargés.

SÉBASTIEN.-Quelles balivernes me contez-vous là? Que voulez-vous dire? Il est vrai que la fille de mon frère est reine de Tunis, et qu'elle est aussi l'héritière de Naples: entre ces deux régions il y a quelque distance.

ANTONIO.-Une distance dont chaque coudée semble s'écrier: «Comment cette Claribel nous franchira-t-elle jamais pour retourner à Naples?» Garde Claribel, Tunis, et laisse Sébastien se réveiller! Dites, si ce qui vient de les saisir était la mort, eh bien! ils n'en seraient pas plus mal qu'ils ne sont en ce moment. Il y a des gens capables de gouverner Naples aussi bien que celui-ci qui dort; des courtisans qui sauront bavarder aussi longuement, aussi inutilement que ce Gonzalo; moi-même je pourrais faire un choucas aussi profondément babillard. Oh! si vous portiez en vous l'esprit qui est en moi, quel sommeil serait celui-ci pour votre élévation! Me comprenez-vous?

SÉBASTIEN.-Je crois vous comprendre.

ANTONIO.-Et comment la joie de votre coeur accueille-t-elle votre bonne fortune?

SÉBASTIEN.-Je me rappelle que vous avez supplanté votre frère Prospero.

ANTONIO.-Oui, et voyez comme je suis bien dans mes habits, et de bien meilleur air qu'auparavant. Les serviteurs de mon frère étaient mes compagnons alors; ce sont mes gens maintenant.

SÉBASTIEN.-Mais votre conscience?

ANTONIO.-Vraiment, seigneur, où cela loge-t-il? Si c'était une engelure à mon talon, elle me forcerait à garder mes pantoufles; mais je ne sens point cette déité dans mon sein. Vingt consciences fussent-elles entre moi et le trône de Milan, elles peuvent se candir et se fondre avant de me gêner. Voilà votre frère couché là, et s'il était ce qu'il paraît être en ce moment, c'est-à-dire mort, il ne vaudrait pas mieux que la terre sur laquelle il est couché. Moi, avec cette épée obéissante, rien que trois pouces de lame, je le mets au lit pour jamais; tandis que vous, de la même manière, vous faites cligner l'oeil pour l'éternité à ce vieux rogaton, ce sire Prudence qu'ainsi nous n'aurons plus pour censurer notre conduite. Quant aux autres, ils prendront ce que nous voudrons leur inspirer comme un chat lappe du lait: quelle que soit l'entreprise pour laquelle nous aurons fixé un certain moment, ils se chargeront de nous dire l'heure.

SÉBASTIEN.-Ta destinée, cher ami, me servira d'exemple: comme tu gagnas Milan, je veux gagner Naples. Tire ton épée: un seul coup va t'affranchir du tribut que tu payes, et te donner pour roi moi qui t'aimerai.

ANTONIO.-Tirons ensemble nos épées; et quand je lèverai mon bras en arrière, faites-en autant pour frapper aussitôt Gonzalo.

SÉBASTIEN.-Oh! un mot encore.

(Ils se parlent bas.)

(Musique.-Ariel rentre invisible.)

ARIEL.-Mon maître prévoit par son art le danger que courent ces hommes dont il est l'ami. Il m'envoie pour leur sauver la vie, car autrement son projet est mort.

(Il chante à l'oreille de Gonzalo.)

Tandis que vous dormez ici en ronflant,

La conspiration à l'oeil ouvert

Choisit son moment.

Si vous attachez quelque prix à la vie,

Secouez le sommeil et prenez garde.

Réveillez-vous, réveillez-vous.

ANTONIO.-Maintenant frappons tous deux à la fois.

GONZALO s'éveille et s'écrie.-A nous, anges gardiens, sauvez le roi!

(Ils s'éveillent)

ALONZO.-Quoi! qu'est-ce que c'est? Oh! vous êtes réveillés! pourquoi vos épées nues? pourquoi ces regards effroyables?

GONZALO.-De quoi s'agit-il?

SÉBASTIEN.-Tandis que nous veillions ici à la sûreté de votre sommeil, nous avons entendu tout à coup un bruit sourd de rugissements comme de taureaux, ou plutôt de lions. Ne vous a-t-il pas réveillés? il a frappé mon oreille de la manière la plus terrible.

ALONZO.-Je n'ai rien entendu.

ANTONIO.-Oh! c'était un bruit capable d'effrayer l'oreille d'un monstre, de faire trembler la terre: sûrement c'étaient les rugissements d'un troupeau de lions.

ALONZO.-L'avez-vous entendu, Gonzalo?

GONZALO.-Sur mon honneur, seigneur, j'ai ouï un murmure, un étrange murmure qui m'a réveillé. Je vous ai poussé, seigneur, et j'ai crié. Quand mes yeux se sont ouverts, j'ai vu leurs épées nues. Un bruit s'est fait entendre, c'est la vérité: il sera bon de nous tenir sur nos gardes; ou plutôt quittons ce lieu; tirons nos épées.

ALONZO.-Partons d'ici, et continuons à chercher mon pauvre fils.

GONZALO.-Que le ciel le garde de ces monstres, car sûrement il est dans cette île!

ALONZO.-Partons.

ARIEL, à part.-Prospero, mon maître, saura ce que je viens de faire: maintenant, roi, tu peux aller sans danger à la recherche de ton fils.

(Ils sortent.)

SCÈNE II

(Une autre partie de l'île. On entend le bruit du tonnerre.)

CALIBAN entre avec une charge de bois.

CALIBAN.-Que tous les venins que le soleil pompe des eaux croupies, des marais et des fondrières retombent sur Prospero, et ne laissent pas sans souffrance un pouce de son corps! Ses esprits m'entendent, et pourtant il faut que je le maudisse. D'ailleurs ils ne viendront pas sans son ordre me pincer, m'effrayer de leurs figures de lutins, me tremper dans la mare, ou, luisants comme des brandons de feu, m'égarer la nuit loin de ma route: mais pour chaque vétille il les lâche sur moi; tantôt en forme de singes qui me font la moue, me grincent des dents, et me mordent ensuite; tantôt ce sont des hérissons qui viennent se rouler sur le chemin où je marche pieds nus, et dressent leurs piquants au moment où je pose mon pied. Quelquefois je me sens enlacé par des serpents qui de leur langue fourchue sifflent sur moi jusqu'à me rendre fou.-(Trinculo parait.) Ah oui… oh!-Voici un de ses esprits; il vient me tourmenter parce que je suis trop lent à porter ce bois. Je vais me jeter contre terre; peut-être qu'il ne prendra pas garde à moi.

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