La Tempête
- Автор: Shakespeare William
- Язык: французский
- Жанр: Прочая поэзия
Электронная книга - «La Tempête». Краткое содержание книги:
STEPHANO.-Oui vraiment, de la lune. J'étais de mon temps l'homme qu'on voyait dans la lune.
CALIBAN.-Je t'y ai vu, et je t'adore. Ma maîtresse t'a montré à moi, toi, ton chien et ton buisson.
STEPHANO.-Allons, jure-le, baise le livre; tout à l'heure je le remplirai de nouveau. Jure.
TRINCULO.-Par cette bonne lumière, voilà un sot monstre! moi, avoir peur de lui! un imbécile de monstre! l'homme de la lune! un pauvre monstre bien crédule!-C'est boire net, monstre, sur ma parole.
CALIBAN, à Stephano.-Je veux te montrer dans l'île chaque pouce de terre fertile, et je veux baiser ton pied. Je t'en prie, sois mon dieu.
TRINCULO.-Par cette clarté, le plus perfide et le plus ivrogne des monstres!-Quand son dieu sera endormi, il lui volera sa bouteille.
CALIBAN.-Je baiserai ton pied; je jurerai d'être ton sujet.
STEPHANO.-Eh bien! approche; à terre, et jure.
TRINCULO.-J'en mourrai à force de rire de ce monstre à tête de chien. Un monstre dégoûtant! je me sentirais en goût de le battre…
STEPHANO.-Allons, baise.
TRINCULO.-… Si ce n'était que ce pauvre monstre est ivre. C'est un abominable monstre!
CALIBAN.-Je te conduirai aux meilleures sources, je te cueillerai des baies. Je veux pêcher pour toi et t'apporter du bois à ta suffisance. La peste étreigne le tyran que je sers! je ne lui porterai plus de fagots; mais c'est toi que je servirai, homme merveilleux.
TRINCULO.-Un monstre bien ridicule, de faire une merveille d'un pauvre ivrogne!
CALIBAN.-Je t'en prie, laisse-moi te mener à l'endroit où croissent les pommes sauvages: de mes longs ongles je déterrerai des truffes; je te montrerai un nid de geais, et je t'enseignerai à prendre au piège le singe agile; je te conduirai à l'endroit où sont les bosquets de noisettes, et quelquefois je t'apporterai du rocher de jeunes pingouins. Veux-tu venir avec moi?
STEPHANO.-J'y consens; marche devant nous sans babiller davantage.-Trinculo, le roi et tout le reste de la compagnie étant noyés, nous héritons de tout ici.-(A Caliban.) Viens, porte ma bouteille.-Camarade Trinculo, nous allons tout à l'heure la remplir de nouveau.
CALIBAN chante comme un ivrogne.
Adieu, mon maître; adieu, adieu.
TRINCULO.-Monstre hurlant! ivrogne de monstre!
CALIBAN.
Je ne ferai plus de viviers pour le poisson;
Je n'apporterai plus à ton commandement de quoi faire le feu.
Je ne gratterai plus la table et ne laverai plus les plats,
Ban, ban, Ca… Caliban
A un autre maître, devient un autre homme.
Liberté! vive la joie! vive la joie! liberté! liberté! vive la joie! liberté!
STEPHANO.-Le brave monstre! Allons, conduis-nous.
(Ils sortent.)
TROISIÈME ACTE
SCÈNE I
(Le devant de la caverne de Prospero.)
FERDINAND paraît chargé d'un morceau de bois.
Il y a des jeux mêlés de travail, mais le plaisir qu'ils donnent fait oublier la fatigue. Il est telle sorte d'abaissement qu'on peut supporter avec noblesse; les plus misérables travaux peuvent avoir un but magnifique. Cette tâche ignoble qu'on m'impose serait pour moi aussi accablante qu'elle m'est odieuse; mais la maîtresse que je sers ranime ce qui est mort et change mes travaux en plaisir. Oh! elle est dix fois plus aimable que son père n'est rude, et il est tout composé de dureté. Un ordre menaçant m'oblige à transporter quelques milliers de ces morceaux de bois et à les mettre en tas. Ma douce maîtresse pleure quand elle me voit travailler, et dit que jamais si basse besogne ne fut faite par de telles mains. Je m'oublie; mais ces douces pensées me rafraîchissent même durant mon travail; je m'en sens moins surchargé.
(Entrent Miranda, et Prospero à quelque distance.)
MIRANDA.-Hélas! je vous en prie, ne travaillez pas si fort: je voudrais que la foudre eût brûlé tout ce bois qu'il vous faut entasser. De grâce, mettez-le à terre, et reposez-vous: quand il brûlera, il pleurera de vous avoir fatigué. Mon père est dans le fort de l'étude: reposez-vous, je vous en prie; nous n'avons pas à craindre qu'il vienne avant trois heures d'ici.
FERDINAND.-O ma chère maîtresse, le soleil sera couché avant que j'aie fini la tâche que je dois m'efforcer de remplir.
MIRANDA.-Si vous voulez vous asseoir, moi pendant ce temps je vais porter ce bois. Je vous en prie, donnez-moi cela, je le porterai au tas.
FERDINAND.-Non, précieuse créature, j'aimerais mieux rompre mes muscles, briser mes reins, que de vous voir ainsi vous abaisser, tandis que je resterais là oisif.
MIRANDA.-Cela me conviendrait tout aussi bien qu'à vous, et je le ferais avec bien moins de fatigue, car mon coeur serait à l'ouvrage, et le vôtre y répugne.
PROSPERO.-Pauvre vermisseau, tu as pris le poison, cette visite en est la preuve.
MIRANDA.-Vous avez l'air fatigué.
FERDINAND.-Non, ma noble maîtresse: quand vous êtes près de moi, l'obscurité devient pour moi un brillant matin. Je vous en conjure, et c'est surtout pour le placer dans mes prières, quel est votre nom?
MIRANDA.-Miranda. O mon père, en le disant, je viens de désobéir à vos ordres.
FERDINAND.-Charmante Miranda! objet en effet de la plus haute admiration, digne de ce qu'il y a de plus précieux au monde! j'ai regardé beaucoup de femmes du regard le plus favorable; plus d'une fois la mélodie de leur voix a captivé mon oreille trop prompte à les écouter. Diverses femmes m'ont plu par des qualités diverses, mais jamais je n'en aimai aucune sans que quelque défaut vint s'opposer à l'effet de la plus noble grâce et la faire disparaître. Mais vous, vous si parfaite, si supérieure à toutes, vous avez été créée de ce qu'il y a de meilleur dans chaque créature.
MIRANDA.-Je ne connais personne de mon sexe: je ne me rappelle aucun visage de femme, si ce n'est le mien reflété dans mon miroir, et je n'ai vu de ce que je puis appeler des hommes que vous, mon doux ami, et mon cher père. Je ne sais pas comment sont les traits hors de cette île; mais sur ma pudeur, qui est le joyau de ma dot, je ne pourrais souhaiter dans le monde d'autre compagnon que vous, et l'imagination ne saurait rêver d'autre forme à aimer que la vôtre. Mais je babille un peu trop follement, et j'oublie en le faisant les leçons de mon père.
FERDINAND.-Je suis prince par ma condition, Miranda; je crois même être roi (je voudrais qu'il n'en fût pas ainsi), et je ne suis pas plus disposé à demeurer esclave sous ce bois, qu'à endurer sur ma bouche les piqûres de la grosse mouche à viande. Écoutez parler mon âme: à l'instant où je vous ai vue, mon coeur a volé à votre service; voilà ce qui m'enchaîne, et c'est pour l'amour de vous que je suis ce bûcheron si patient.
MIRANDA.-M'aimez-vous?
FERDINAND.-O ciel! O terre! rendez témoignage de cette parole, et si je parle sincèrement, couronnez de succès ce que je déclare; si mes discours sont trompeurs, convertissez en revers tout ce qui m'est présagé de bonheur. Je vous aime, vous prise, vous honore bien au delà de tout ce qui dans le monde n'est pas vous.
MIRANDA.-Je suis une folle de pleurer de ce qui me donne de la joie.
PROSPERO.-Belle rencontre de deux affections des plus rares! Ciel, verse tes faveurs sur le sentiment qui naît entre eux!
FERDINAND.-Pourquoi pleurez-vous?
MIRANDA.-A cause de mon peu de mérite, qui n'ose offrir ce que je désire donner, et qui ose encore moins accepter ce dont la privation me ferait mourir. Mais ce sont là des niaiseries; et plus mon amour cherche à se cacher, plus il s'accroît et devient apparent. Loin de moi, timides artifices; inspire-moi, franche et sainte innocence: je suis votre femme si vous voulez m'épouser; sinon je mourrai fille et le coeur à vous. Vous pouvez me refuser pour compagne; mais, que vous le vouliez ou non, je serai votre servante.