La Tempête
- Автор: Shakespeare William
- Язык: французский
- Жанр: Прочая поэзия
Электронная книга - «La Tempête». Краткое содержание книги:
TRINCULO.-Point de buisson, pas le moindre arbrisseau pour se mettre à l'abri des injures du temps, et voilà un nouvel orage qui s'assemble: je l'entends siffler dans les vents. Ce nuage noir là-bas, ce gros nuage ressemble à un vilain tonneau qui va répandre sa liqueur. S'il tonne comme il a fait tantôt, je ne sais où cacher ma tête. Ce nuage ne peut manquer de tomber à pleins seaux.-Qu'avons-nous ici? Un homme ou un poisson? mort ou vif?-Un poisson; il sent le poisson, une odeur de vieux poisson.-Quelque chose comme cela, et pas du plus frais, un cabillaud.-Un étrange poisson! Si j'étais en Angleterre maintenant, comme j'y ai été une fois, et que j'eusse seulement ce poisson en peinture, il n'y aurait pas de badaud endimanché qui ne donnât une pièce d'argent pour le voir. C'est là que ce monstre ferait un homme riche: chaque bête singulière y fait un homme riche; tandis qu'ils refuseront une obole pour assister un mendiant boiteux, ils vous en jetteront dix pour voir un Indien mort.-Hé! il a des jambes comme un homme, et ses nageoires ressemblent à des bras! sur ma foi, il est chaud encore. Je laisse là ma première idée maintenant, elle ne tient plus. Ce n'est pas là un poisson, mais un insulaire que tantôt le tonnerre aura frappé.-(Il tonne.) Hélas! voilà la tempête revenue. Mon meilleur parti est de me blottir sous son manteau; je ne vois point d'autre abri autour de moi. Le malheur fait trouver à l'homme d'étranges compagnons de lit.-Allons, je veux me gîter ici jusqu'à ce que la queue de l'orage soit passée.
(Entre Stephano chantant, et tenant une bouteille à la main.)
STEPHANO.
Je n'irai plus à la mer, à la mer.
Je veux mourir ici à terre.
C'est une piètre chanson à chanter aux funérailles d'un homme. Bien, bien, voici qui me réconforte.
(Il boit.)
Le maître, le balayeur, le bosseman et moi,
Le canonnier et son compagnon,
Nous aimions Mall, Meg, et Marion et Marguerite;
Mais aucun de nous ne se souciait de Kate,
Car elle avait un aiguillon à la langue,
Et criait au marinier: Va te faire pendre!
Elle n'aimait pas l'odeur de la poix ni du goudron:
Cependant un tailleur pouvait la gratter où il lui démangeait.
Allons à la mer, enfants, et qu'elle aille se faire pendre!
C'est aussi une piètre chanson. Mais voici qui me réconforte.
(Il boit.)
CALIBAN.-Ne me tourmente point. Oh!
STEPHANO.-Qu'est ceci? avons-nous des diables dans ce pays? Vous accoutrez-vous en sauvages et en hommes de l'Inde pour nous faire niche? Je ne suis pas réchappé de l'eau pour avoir peur ici de vos quatre jambes? car il a été dit: L'homme le plus homme qui ait jamais cheminé sur quatre pieds ne le ferait pas reculer, et on le dira ainsi tant que l'air entrera par les narines de Stephano.
CALIBAN.-L'esprit me tourmente. Oh!
STEPHANO.-C'est là quelque monstre de l'île, avec quatre jambes. Celui-là, je m'imagine, aura gagné la fièvre. Où diable peut-il avoir appris notre langue? Ne fût-ce que pour cela, je veux lui donner quelque secours. Si je puis le guérir et l'apprivoiser, et lui faire gagner Naples avec moi, c'est un présent digne de quelque empereur que ce soit qui ait jamais marché sur cuir de boeuf.
CALIBAN.-Ne me tourmente pas, je t'en prie; je porterai mon bois plus vite à la maison.
STEPHANO.-Le voilà dans son accès maintenant! il n'est pas des plus sensés dans ce qu'il dit. Il tâtera de ma bouteille: s'il n'a jamais encore goûté de vin, il ne s'en faudra guère que cela ne guérisse son accès. Si je parviens à le guérir et à l'apprivoiser, je n'en demanderai jamais trop cher: il défrayera le maître qui l'aura, et comme il faut.
CALIBAN.-Tu ne me fais pas encore grand mal, mais cela viendra bientôt; je le sens à ton tremblement. Dans ce moment Prospero agit sur toi.
STEPHANO, à Caliban.-Allons, venez; voici qui vous donnera la parole, chat8. Ouvrez la bouche; je peux dire que cela secouera votre tremblement, et comme il faut. (Caliban boit avec plaisir.) Vous ne connaissez pas celui qui est ici votre ami. Allons, ouvrez encore vos mâchoires.
Note 8: Allusion au vieux dicton anglais: Ce vin est si bon qu'il ferait parler un chat.
TRINCULO.-Je crois reconnaître cette voix. Ce pourrait être… Mais il est noyé. Ce sont des diables. O défendez-moi!
STEPHANO.-Quatre jambes et deux voix! un monstre tout à fait mignon; sa voix de devant est sans doute pour dire du bien de son ami, sa voix de derrière pour tenir de mauvais discours et dénigrer. Si tout le vin de mon broc suffit pour le rétablir, je veux médicamenter sa fièvre. Allons, ainsi soit-il! Je vais en verser un peu dans ton autre bouche.
TRINCULO.-Stephano?
STEPHANO.-Comment, ton autre voix m'appelle?-Miséricorde! Miséricorde! ce n'est pas un monstre, c'est un diable. Laissons-le là, je n'ai pas une longue cuiller, moi9.
Note 9: Allusion au proverbe écossais: Qui fait manger le diable a besoin d'une longue cuiller.
TRINCULO.-Stephano? si tu es Stephano, touche-moi, parle-moi. Je suis Trinculo;-ne sois pas effrayé,-ton bon ami Trinculo.
STEPHANO.-Si tu es Trinculo, sors de là, je vais te tirer par les jambes les plus courtes. S'il y a ici des jambes à Trinculo, ce sont celles-là. En effet, tu es Trinculo lui-même: comment es-tu devenu le siège de ce veau de lune10? Rend-il des Trinculos?
Note 10: Toute génération informe et monstrueuse était attribuée à l'influence de la lune.
TRINCULO.-Je l'ai cru tué d'un coup de tonnerre. Mais n'es-tu donc pas noyé, Stephano? Je commence à espérer que tu n'es pas noyé. L'orage a-t-il crevé tout à fait? Moi, dans la peur de l'orage, je me suis caché sous le manteau de ce veau de la lune mort.-Es-tu bien vivant, Stephano? O Stephano? deux Napolitains de réchappés!
STEPHANO.-Je te prie, ne tourne pas autour de moi; mon estomac n'est pas bien ferme.
CALIBAN.-Ce sont là deux beaux objets, si ce ne sont pas des lutins. Celui-ci est un brave dieu qui porte avec lui une liqueur céleste: je veux me mettre à genoux devant lui.
STEPHANO.-Comment t'es-tu sauvé? Comment es-tu arrivé ici? dis-le moi par serment sur ma bouteille, comment es-tu venu ici? Moi, je me suis sauvé sur un tonneau de vin de Canarie que les matelots avaient roulé à grand' peine hors du navire. J'en jure par cette bouteille que j'ai faite de mes propres mains, avec l'écorce d'un arbre, depuis que j'ai été jeté sur le rivage.
CALIBAN.-Je veux jurer sur cette bouteille d'être ton fidèle sujet, car ta liqueur ne vient pas de la terre.
STEPHANO.-Allons, jure: comment t'es-tu sauvé?
TRINCULO.-J'ai nagé jusqu'au rivage, mon ami, comme un canard. Je nage comme un canard; j'en jurerai.
STEPHANO.-Tiens, baise le livre.-Cependant tu ne peux nager comme un canard, car tu es fait comme une oie.
TRINCULO.-O Stephano, as-tu encore de ceci?
STEPHANO.-La futaille entière, mon ami; mon cellier est dans un rocher au bord de la mer: c'est là que j'ai caché mon vin.-Eh bien! maintenant, veau de lune, comment va ta fièvre?
CALIBAN.-N'es-tu pas tombé du ciel?