La Tempête
- Автор: Shakespeare William
- Язык: французский
- Жанр: Прочая поэзия
Электронная книга - «La Tempête». Краткое содержание книги:
CALIBAN.-Vous m'avez appris un langage, et le profit que j'en retire c'est de savoir maudire. Que l'érésipèle vous ronge, pour m'avoir appris votre langage!
PROSPERO.-Hors d'ici, race de sorcière; apporte-nous là-dedans du bois pour le feu; et crois-moi, sois diligent à remplir tes autres devoirs. Tu regimbes, mauvaise bête? Si tu négliges ou fais de mauvaise grâce ce que je t'ordonne, je te torturerai de crampes invétérées, je remplirai tous tes os de douleurs, je te ferai mugir de telle sorte que les animaux trembleront au bruit de ton hurlement.
CALIBAN.-Non, je t'en prie. (A part.) Il faut que j'obéisse; son art est si fort qu'il pourrait tenir tête à Sétébos, le dieu de ma mère, et en faire son sujet.
PROSPERO.-Allons, esclave, sors d'ici.
(Caliban s'en va.)
(Ariel rentre invisible, chantant et jouant d'un instrument; Ferdinand le suit.)
ARIEL chante.
Venez sur ces sables jaunes,
Et prenez-vous par les mains;
Quand vous vous serez salués et baisés
(Les vagues turbulentes se taisent),
Pressez-les çà et là de vos pieds légers;
Et que de doux esprits répètent le refrain.
Écoutez, écoutez.
REFRAIN. (Le son se fait entendre de différents endroits.)
Ouauk, ouauk.
ARIEL.
Les chiens de garde aboient.
LE MÊME REFRAIN.
Ouauk, ouauk.
ARIEL.
Écoutez, écoutez; j'entends
La voix claire du coq crêté
Qui crie: Cocorico.
FERDINAND.-Où cette musique peut-elle être? Dans l'air ou sur la terre? Je ne l'entends plus: sans doute elle suit les pas de quelque divinité de l'île. Assis sur un rocher où je pleurais encore le naufrage du roi mon père, cette musique a glissé vers moi sur les eaux; ses doux sons calmaient à la fois la fureur des flots et ma douleur: je l'ai suivie depuis ce lieu, ou plutôt elle m'a entraîné.-Mais elle est partie. Non, elle recommence.
ARIEL chante.
A cinq brasses sous les eaux ton père est gisant,
Ses os sont changés en corail;
Ses yeux sont devenus deux perles;
Rien de lui ne s'est flétri.
Mais tout a subi dans la mer un changement
En quelque chose de riche et de rare.
D'heure en heure les nymphes de la mer tintent son glas.
Écoutez, je les entends: ding dong, glas.
REFRAIN.
Ding dong.
FERDINAND.-Ce couplet est en mémoire de mon père noyé. Ce n'est point là l'ouvrage des mortels, ni un son que puisse rendre la terre. Je l'entends maintenant au-dessus de ma tête.
PROSPERO, à Miranda.-Relève les rideaux frangés de tes yeux; et, dis-moi, qu'aperçois-tu là-bas?
MIRANDA.-Qu'est-ce que c'est? Un esprit? Bon Dieu, comme il regarde autour de lui! Croyez-moi, seigneur, il a une forme bien noble. Mais c'est un esprit.
PROSPERO.-Non, jeune fille; il mange, il dort, il a des sens comme nous, les mêmes que nous. Ce beau jeune homme que tu vois s'est trouvé dans le naufrage, et s'il n'était un peu flétri par la douleur (ce poison de la beauté), tu pourrais le nommer une charmante créature. Il a perdu ses compagnons, et il erre dans l'île pour les trouver.
MIRANDA.-Je pourrais bien le nommer un objet divin, car jamais je n'ai rien vu de si noble dans la nature.
PROSPERO, à part. Les choses vont au gré de ma volonté. Esprit, charmant esprit, je te délivrerai dans deux jours pour ta récompense.
FERDINAND.-Oh! sûrement voici la déesse que suivent ces chants!-Souffrez que ma prière obtienne de vous de savoir si vous habitez cette île et si vous consentirez à me donner quelque utile instruction sur la manière dont je dois m'y conduire. Ma première requête, quoique je la prononce la dernière, c'est que vous m'appreniez, ô vous merveille, si vous êtes ou non une fille de la terre4.
Note 4: If you be made or no. (Si vous êtes ou non un être créé.) Miranda répond: Not wonder, sir; But certainly a maid. (Pas une merveille, Seigneur; mais certainement une fille.) Il y a ici équivoque entre made et maid, qui se prononcent de même. Mais ce n'est point un pur jeu de mots, c'est une véritable erreur de Miranda, et qui convient à la naïveté de son caractère: on a été obligé, pour en conserver l'effet, de s'écarter un peu du sens littéral de la question de Ferdinand.
MIRANDA.-Je ne suis point une merveille, seigneur. Mais pour fille, bien certainement je le suis.
FERDINAND.-Ma langue! ô ciel! Je serais le premier de ceux qui parlent cette langue si je me trouvais là où elle se parle.
PROSPERO.-Comment? le premier? Eh! que serais-tu si le roi de Naples t'entendait?
FERDINAND.-Ce que je suis maintenant, un être isolé qui s'étonne de t'entendre parler du roi de Naples. Hélas! il m'entend et c'est parce qu'il m'entend que je pleure. C'est moi qui suis le roi de Naples, moi qui de mes yeux, dont le flux de larmes ne s'est point arrêté depuis cet instant, ai vu le roi mon père englouti dans les flots.
MIRANDA.-Hélas! miséricorde!
FERDINAND.-Oui, et avec lui tous ses seigneurs, et le duc de Milan et son brave fils tous deux ensemble.
PROSPERO.-Le duc de Milan et sa plus noble fille pourraient te démentir s'il était à propos de le faire en ce moment.-(A part.) Dès la première vue ils ont échangé leurs regards. Gentil Ariel, ceci te vaudra ta liberté.-(Haut.) Un mot, mon seigneur: je crains que vous ne vous soyez un peu compromis. Un mot.
MIRANDA.-Pourquoi mon père parle-t-il si rudement? C'est là le troisième homme que j'aie jamais vu; c'est le premier pour qui j'aie soupiré. Puisse la pitié disposer mon père à pencher du même côté que moi!
FERDINAND.-Oh! si vous êtes une vierge, et que votre coeur soit encore libre, je vous ferai reine de Naples.
PROSPERO.-Doucement, jeune homme: un mot encore. (A part.) Les voilà au pouvoir l'un de l'autre. Mais il faut que je rende difficile cette affaire si prompte, de peur que si les fatigues de la conquête sont trop légères, le prix n'en paraisse léger.-Un mot de plus. Je t'ordonne de me suivre: tu usurpes ici un nom qui ne t'appartient pas. Tu t'es introduit dans cette île comme un espion pour m'en dépouiller, moi qui en suis le maître.
FERDINAND.-Non, comme il est vrai que je suis un homme.
MIRANDA.-Rien de méchant ne peut habiter dans un semblable temple. Si le mauvais esprit a une si belle demeure, les gens de bien s'efforceront de demeurer avec lui.
PROSPERO, à Ferdinand.-Suis-moi.-Vous, ne me parlez pas pour lui; c'est un traître.-Viens, j'attacherai d'une même chaîne tes pieds et ton cou: tu boiras l'eau de la mer, et tu auras pour ta nourriture les coquillages des eaux vives, les racines desséchées, et les cosses où a été renfermé le gland. Suis-moi.
FERDINAND.-Non, jusqu'à ce que mon ennemi soit plus puissant que moi, je résisterai à un pareil traitement.
(Il tire son épée.)
MIRANDA.-O mon bien-aimé père, ne le tentez pas avec trop d'imprudence. Il est doux et non pas craintif.
PROSPERO.-Eh! dites donc, mon pied voudrait me servir de gouverneur!-Lève donc ce fer, traître qui dégaînes et qui n'oses frapper, tant ta conscience est préoccupée de ton crime! Cesse de te tenir en garde, car je pourrais te désarmer avec cette baguette, et faire tomber ton épée.