La Tempête
- Автор: Shakespeare William
- Язык: французский
- Жанр: Прочая поэзия
Электронная книга - «La Tempête». Краткое содержание книги:
CALIBAN.-Oui, mon prince: je te réponds qu'elle convient à ton lit, et qu'elle te produira une belle lignée.
STEPHANO.-Monstre, je tuerai cet homme. Sa fille et moi, nous serons roi et reine. Dieu conserve nos excellences! et Trinculo et toi, vous serez nos vice-rois. Goûtes-tu le projet, Trinculo?
TRINCULO.-Excellent.
STEPHANO.-Donne-moi ta main. Je suis fâché de t'avoir battu; mais, tant que tu vivras, tâche ne n'avoir dans ta tête qu'une bonne langue.
CALIBAN.-Dans moins d'une demi-heure il sera endormi: veux-tu l'exterminer alors?
STEPHANO.-Oui, sur mon honneur!
ARIEL.-Je dirai cela à mon maître.
CALIBAN.-Tu me rends gai; je suis plein d'allégresse. Allons, soyons joyeux; voulez-vous chanter le canon13 que vous m'avez appris tout à l'heure?
Note 13: Troll the catch. L'un des commentateurs de Shakspeare, M. Steevens, parait embarrassé du sens de cette expression. Mais il me semble que les deux mots dont elle se compose s'expliquent l'un l'autre. Troll signifie mouvoir circulairement, rouler, tourner, etc., catch, un chant successif (sung in succession); c'est là la définition du canon, sorte de figure que l'Académie appelle perpétuelle, qu'on pourrait aussi appeler circulaire, puisqu'elle consiste dans le retour perpétuel des mêmes passages successivement répétés par un certain nombre de personnes. Ce qui confirme cette explication, c'est que Stephano, accédant au désir de Caliban, appelle Trinculo pour chanter avec lui, puis commence seul (sings), parce qu'en effet un canon, toujours chanté par plusieurs voix, est nécessairement commencé par une seule.
STEPHANO.-Je veux faire raison à ta requête, monstre; oui, toujours raison. Allons, Trinculo, chantons.
(Stephano chante.)
Moquons-nous d'eux; observons-les, observons-les, et
moquons-nous d'eux;
La pensée est libre.
CALIBAN.-Ce n'est pas l'air. (Ariel joue l'air sur un pipeau et s'accompagne d'un tambourin.)
STEPHANO.-Qu'est-ce que c'est que cette répétition?
TRINCULO.-C'est l'air de notre canon joué par la figure de personne.14
Note 14: La figure de no-body (de personne) est une figure ridicule, représentée quelquefois en Angleterre sur les enseignes.
STEPHANO.-Si tu es homme, montre-toi sous ta propre figure; si tu es le diable, prends celle que tu voudras.
TRINCULO.-Oh! pardonnez-moi mes péchés.
STEPHANO.-Qui meurt a payé toutes ses dettes.-Je te défie… merci de nous!
CALIBAN.-As-tu peur?
STEPHANO.-Moi, monstre? Non.
CALIBAN.-N'aie pas peur: l'île est remplie de bruits, de sons et de doux airs qui donnent du plaisir sans jamais faire de mal. Quelquefois des milliers d'instruments tintent confusément autour de mes oreilles; quelquefois ce sont des voix telles que, si je m'éveillais alors après un long sommeil, elles me feraient dormir encore; et quelquefois en rêvant, il m'a semblé voir les nuées s'ouvrir et me montrer des richesses prêtes à pleuvoir sur moi; en sorte que lorsque je m'éveillais, je pleurais d'envie de rêver encore.
STEPHANO.-Cela me fera un beau royaume où j'aurai ma musique pour rien.
CALIBAN.-Quand Prospero sera tué.
STEPHANO.-C'est ce qui arrivera tout à l'heure: je n'ai pas oublié ce que tu m'as conté.
TRINCULO.-Le son s'éloigne. Suivons-le, et après faisons notre besogne.
STEPHANO.-Guide-nous, monstre; nous te suivons.-Je serais bien aise de voir ce tambourineur: il va bon train.
TRINCULO.-Viens-tu?-Je te suivrai, Stephano.
(Ils sortent.)
SCÈNE III
(Une autre partie de l'île.)
Entrent ALONZO, SÉBASTIEN, ANTONIO, GONZALO, ADRIAN, FRANCISCO ET AUTRES.
GONZALO.-Par Notre-Dame, je ne puis aller plus loin, seigneur. Mes vieux os me font mal; c'est un vrai labyrinthe que nous avons parcouru là par tant de sentiers, droits ou tortueux. J'en jure par votre patience, j'ai besoin de me reposer.
ALONZO.-Mon vieux seigneur, je ne peux te blâmer; je sens moi-même la lassitude tenir mes esprits dans l'engourdissement. Asseyez-vous et reposez-vous; et moi je veux laisser ici mon espoir, et ne pas plus longtemps lui permettre de me flatter. Il est noyé, celui après lequel nous errons ainsi, et la mer se rit de ces vaines recherches que nous avons faites sur la terre. Soit, qu'il repose en paix!
ANTONIO, bas à Sébastien.-Je suis bien aise qu'il soit ainsi tout à fait sans espérance.-N'allez pas pour un contretemps renoncer au projet que vous étiez résolu d'exécuter.
SÉBASTIEN.-Nous l'accomplirons à la première occasion favorable.
ANTONIO.-Cette nuit donc; car, épuisés comme ils le sont par cette marche, ils ne voudront ni ne pourront exercer la même vigilance que lorsqu'ils sont frais et dispos.
SÉBASTIEN.-Oui, cette nuit; n'en parlons plus.
(On entend une musique solennelle et singulière. Prospero est invisible dans les airs. Entrent plusieurs fantômes sous des formes bizarres, qui apportent une table servie pour un festin. Ils forment autour de la table une danse mêlée de saluts et de signes engageants, invitant le roi et ceux de sa suite à manger. Ils disparaissant ensuite.)
ALONZO.-Quelle est cette harmonie? mes bons amis, écoutons!
GONZALO.-Une musique d'une douceur merveilleuse.
ALONZO.-Ciel! ne nous livrez qu'à des puissances favorables. Quels étaient ces gens-là?
SÉBASTIEN.-Des marionnettes vivantes. Maintenant je croirai qu'il existe des licornes, qu'il est dans l'Arabie un arbre servant de trône au phénix, et qu'un phénix y règne encore aujourd'hui.
ANTONIO.-Je crois à tout cela; et, si l'on refuse d'ajouter foi à quelque autre chose, je jurerai qu'elle est vraie. Jamais les voyageurs n'ont menti, quoique dans leurs pays les idiots les condamnent.
GONZALO.-Voudrait-on me croire si je racontais ceci à Naples? Si je leur disais que j'ai vu des insulaires ainsi faits, car certainement c'est là le peuple de cette île; et, qu'avec des formes monstrueuses, ils ont, remarquez bien ceci, des moeurs plus douces que vous n'en trouveriez chez beaucoup d'hommes de notre temps, je dirais presque chez aucun?
PROSPERO, à part.-Honnête seigneur, tu as dit le mot; car quelques-uns de vous ici présents êtes pires que des démons.
ALONZO.-Je ne me lasse point de songer à leurs formes étranges, à leurs gestes, à ces sons qui, bien qu'il y manque l'assistance de la parole, expriment pourtant dans leur langage muet d'excellentes choses.
PROSPERO, à part.-Ne louez pas avant le départ.
FRANCISCO.-Ils se sont étrangement évanouis.
SÉBASTIEN.-Qu'importe! puisqu'ils ont laissé les munitions, car nous avons faim.-Vous plairait-il de goûter de ceci?
ALONZO.-Non pas moi.
GONZALO.-Ma foi, seigneur, vous n'avez rien à craindre. Quand nous étions enfants, qui aurait voulu croire qu'il existât des montagnards portant des fanons comme les taureaux, et ayant à leur cou des masses de chair pendantes; et qu'il y eût des hommes dont la tête fût placée au milieu de leur poitrine? Et cependant nous ne voyons pas aujourd'hui d'emprunteur de fonds à cinq pour un15 qui ne nous rapporte ces faits dûment attestés.
Note 15: Allusion à la coutume où l'on était alors, quand on partait pour un voyage long et périlleux, de placer une somme d'argent dont on ne devait recevoir l'intérêt qu'à son retour; mais le placement se faisait alors à un taux très-élevé.
ALONZO.-Je m'approcherai de cette table et je mangerai, dût ce repas être pour moi le dernier. Eh! qu'importe! puisque le meilleur de ma vie est passé. Mon frère, seigneur duc, approchez-vous et faites comme nous.