La Tempête
- Автор: Shakespeare William
- Язык: французский
- Жанр: Прочая поэзия
Электронная книга - «La Tempête». Краткое содержание книги:
FERDINAND.-Ma maîtresse, ma bien-aimée; et moi toujours ainsi à vos pieds.
MIRANDA.-Vous serez donc mon mari?
FERDINAND.-Oui, et d'un coeur aussi désireux que l'esclave l'est de la liberté. Voilà ma main.
MIRANDA.-Et voilà la mienne, et dedans est mon coeur. Maintenant adieu, pour une demi-heure.
FERDINAND.-Dites mille! mille!
(Ferdinand et Miranda sortent.)
PROSPERO.-Je ne puis être heureux de ce qui se passe autant qu'eux qui sont surpris du même coup; mais il n'est rien qui pût me donner plus de joie. Je retourne à mon livre, car il faut qu'avant l'heure du souper j'aie fait encore bien des choses pour l'accomplissement de ceci.
(Il sort.)
SCÈNE II
(Une autre partie de l'île.)
STEPHANO, TRINCULO, CALIBAN les suit tenant une bouteille.
STEPHANO.-Ne m'en parle plus. Quand la futaille sera à sec, nous boirons de l'eau; pas une goutte auparavant. Ainsi, ferme et à l'abordage! Mon laquais de monstre, bois à ma santé.
TRINCULO.-Son laquais de monstre! la folie de cette île les tient! On dit que l'île n'a en tout que cinq habitants: des cinq nous en voilà trois; si les deux autres ont le cerveau timbré comme nous, l'État chancelle.
STEPHANO.-Bois donc, laquais de monstre, quand je te l'ordonne. Tu as tout à fait les yeux dans la tête.
TRINCULO.-Où voudrais-tu qu'il les eût? Ce serait un monstre bien bâti s'il les avait dans la queue.
STEPHANO.-Mon serviteur le monstre a noyé sa langue dans le vin. Pour moi, la mer ne peut me noyer. J'ai nagé trente-cinq lieues nord et sud avant de pouvoir gagner terre, vrai comme il fait jour. Tu seras mon lieutenant, monstre, ou mon enseigne.
TRINCULO.-Votre lieutenant, si vous m'en croyez; il n'est pas bon à montrer comme enseigne11.
Note 11: TRINCULO.-Your lieutenant, if you list; he's no standard. Standard signifie enseigne, modèle: il signifie aussi un arbre fruitier qui se soutient sans tuteur. M. Steevens croit que la plaisanterie de Trinculo porte sur ce dernier sens du mot standard, et qu'il répond à Stephano que Caliban, trop ivre pour se tenir sur ses pieds, ne peut être pris pour un standard, une chose qui se tient debout (stands). On peut supposer aussi que Trinculo fait allusion à la difformité de Caliban, et dit qu'il ne peut être pris pour un modèle. Quel que soit celui des deux sens qu'a voulu présenter Shakspeare (et peut-être a-t-il songé à tous les deux), l'un et l'autre étaient impossibles à exprimer en français sans rendre la réponse de Trinculo tout à fait inintelligible: on s'est approché autant qu'on l'a pu du dernier.
STEPHANO.-Nous ne nous enfuirons pas, monsieur le monstre12.
Note 12: Dans l'original, Monsieur Monster.
TRINCULO.-Vous n'avancerez pas non plus, mais vous demeurerez couchés comme des chiens, sans rien dire ni l'un ni l'autre.
STEPHANO.-Veau de lune, parle une fois en ta vie, si tu es un homme, veau de lune.
CALIBAN.-Comment se porte ta Grandeur? Permets-moi de baiser ton pied.-Je ne veux pas le servir lui, il n'est pas brave.
TRINCULO.-Tu mens, le plus ignorant des monstres: je suis dans le cas de colleter un constable. Parle, toi, poisson débauché, a-t-on jamais fait passer pour un poltron un homme qui a bu autant de vin que j'en ai bu aujourd'hui? Iras-tu me faire un monstrueux mensonge, toi qui n'es que la moitié d'un poisson et la moitié d'un monstre?
CALIBAN.-Là! comme il se moque de moi! Le laisseras-tu dire, mon seigneur?
TRINCULO.-Mon seigneur, dit-il?-Qu'un monstre puisse être si niais!
CALIBAN.-Là! là! encore! Je t'en prie, mords-le à mourir.
STEPHANO.-Trinculo, tâche d'avoir dans ta tête une bonne langue. Si tu t'avisais de te mutiner, le premier arbre… Ce pauvre monstre est mon sujet, et je ne souffrirai pas qu'on l'insulte.
CALIBAN.-Je remercie mon noble maître. Te plaît-il d'ouïr encore la prière que je t'ai faite?
STEPHANO.-Oui-da, j'y consens. A genoux, et répète-la. Je resterai debout, et Trinculo aussi.
(Entre Ariel invisible.)
CALIBAN.-Comme je te l'ai dit tantôt, je suis sujet d'un tyran, d'un sorcier qui par ses fraudes m'a volé cette île.
ARIEL.-Tu mens.
CALIBAN.-Tu mens toi-même, malicieux singe. Je voudrais bien qu'il plût à mon vaillant maître de t'exterminer. Je ne mens point.
STEPHANO.-Trinculo, si vous le troublez encore dans son récit, par cette main, je ferai sauter quelqu'une de vos dents.
TRINCULO.-Quoi! je n'ai rien dit.
STEPHANO.-Tu peux murmurer tout bas, pas davantage. (A Caliban.) Poursuis.
CALIBAN.-Je dis que par sortilège il a pris cette île; il l'a prise sur moi. S'il plaît à ta Grandeur de me venger de lui, car je sais bien que tu es courageux, mais celui-là ne l'est pas…
STEPHANO.-Cela est très-certain.
CALIBAN.-Tu seras le seigneur de l'île, et moi je te servirai.
STEPHANO.-Mais comment en venir à bout? Peux-tu me conduire à l'ennemi?
CALIBAN.-Oui, oui, mon seigneur; je promets de te le livrer endormi, de manière à ce que tu puisses lui enfoncer un clou dans la tête.
ARIEL.-Tu mens, tu ne le peux pas.
CALIBAN.-Quel fou bigarré est-ce là? Vilain pleutre! Je conjure ta Grandeur de lui donner des coups, et de lui reprendre cette bouteille: quand il ne l'aura plus, il faudra qu'il boive de l'eau de mare, car je ne lui montrerai pas où sont les sources vives.
STEPHANO.-Crois-moi, Trinculo, ne t'expose pas davantage au danger. Interromps encore le monstre d'un seul mot, et je mets ma clémence à la porte, et je fais de toi un hareng sec.
TRINCULO.-Eh quoi! que fais-je? Je n'ai rien fait; je vais m'éloigner de vous.
STEPHANO.-N'as-tu pas dit qu'il mentait?
ARIEL.-Tu mens.
STEPHANO.-Oui? (Il le bat.) Prends ceci pour toi. Si cela vous plaît, donnez-moi un démenti une autre fois.
TRINCULO.-Je ne vous ai point donné de démenti. Quoi! avez-vous perdu la raison et l'ouïe aussi? La peste soit de votre bouteille! Voilà ce qu'opèrent l'ivresse et le vin! La peste soit de votre monstre, et que le diable vous emporte les doigts!
CALIBAN.-Ha, ha, ha!
STEPHANO.-Maintenant continuez votre histoire.-Je t'en prie, va-t'en plus loin.
CALIBAN.-Bats-le bien. Après quoi je le battrai aussi, moi.
STEPHANO.-Tiens-toi plus loin.-Allons, toi, poursuis.
CALIBAN.-Eh bien! comme je te l'ai dit, c'est sa coutume à lui de dormir dans l'après-midi. Alors tu peux lui faire sauter la cervelle après avoir d'abord saisi ses livres, ou avec une bûche lui briser le crâne, ou l'éventrer avec un pieu, ou lui couper la gorge avec un couteau. Mais souviens-toi de t'emparer d'abord de ses livres, car sans eux il n'est qu'un sot comme moi et n'a pas un seul esprit à ses ordres: ils le haïssent tous aussi radicalement que moi. Ne brûle que ses livres. Il a de beaux ustensiles, c'est ainsi qu'il les nomme, dont il ornera sa maison quand il en aura une: et surtout, ce qui mérite d'être sérieusement considéré, c'est la beauté de sa fille; lui-même il l'appelle incomparable. Jamais je n'ai vu de femme que ma mère Sycorax et elle; mais elle l'emporte autant sur Sycorax que le plus grand sur le plus petit.
STEPHANO.-Est-ce donc un si beau brin de fille?