Le Seigneur des anneaux [1 La fraternité de l'anneau]
- Автор: Толкин Джон Рональд Руэл
- Серия: Le Seigneur des Anneaux #1
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: Christian Bourgois
- ISBN: 9782267027419
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «Le Seigneur des anneaux [1 La fraternité de l'anneau]». Краткое содержание книги:
Version 104826 - 2014-09-30 14:40:02 +0200
Frodo se réveilla en milieu de soirée, et il se rendit compte qu’il n’éprouvait plus le besoin de se reposer ou de dormir, mais qu’il avait le cœur à la nourriture et à la boisson, et sans doute, dans un second temps, aux chansons et aux histoires. Sortant du lit, il s’aperçut que son bras avait déjà presque retrouvé toutes ses capacités. Il vit qu’on avait préparé pour lui des vêtements de toile verte qui lui allaient à merveille. Se regardant dans une glace, il fut étonné d’y voir un reflet beaucoup plus mince qu’il n’en avait souvenance : il ressemblait à s’y méprendre au jeune neveu de Bilbo qui se promenait jadis avec son oncle dans le Comté ; mais les yeux le considéraient d’un air pensif.
« Oui, tu en as vu, des choses, depuis la dernière fois que tu as regardé de derrière un miroir, dit-il à son reflet. Mais à présent, c’est le temps des joyeuses retrouvailles ! » Il s’étira les bras et siffla un air.
Alors, quelqu’un frappa à la porte, et Sam entra. Il accourut auprès de Frodo et lui prit la main gauche, d’un air timide et embarrassé. Il la caressa doucement, puis il rougit et se détourna vivement.
« Salut, Sam ! » dit Frodo.
« Elle est chaude ! dit Sam. Votre main, elle est chaude, monsieur Frodo. Elle était si froide durant les longues nuits. Mais gloire et trompettes ! s’écria-t-il, se tournant de nouveau vers lui avec des yeux brillants, et dansant sur le parquet. Que c’est bon de vous retrouver sur vos deux jambes, m’sieur ! Gandalf m’a demandé de venir voir si vous étiez prêt à descendre, et j’ai cru qu’il blaguait. »
« Je suis prêt, dit Frodo. Allons à la recherche des autres ! »
« Je peux vous conduire à eux, m’sieur, dit Sam. C’est une grande maison, ici, et vraiment très spéciale. Il y a toujours du nouveau à découvrir, sans qu’on puisse jamais savoir ce qu’on va trouver en tournant un coin. Et des Elfes, m’sieur ! Des Elfes par-ci et des Elfes par-là ! Les uns comme des rois, terribles et splendides, et les autres gais comme des enfants. Et la musique et les chants – pas que j’aie eu le temps ou le cœur d’en écouter souvent depuis notre arrivée. Mais je commence à m’y retrouver un peu, ici. »
« Je sais tout ce que tu as fait, Sam, dit Frodo, lui prenant le bras. Mais ce soir, tu pourras t’amuser, et écouter autant que le cœur t’en dit. Allons, conduis-moi par les coins et recoins ! »
Sam le mena par plusieurs couloirs et lui fit descendre de nombreuses marches jusqu’à un jardin surélevé, au-dessus de la berge escarpée de la rivière. Il trouva ses amis assis sous un portique du côté est de la maison. Les ombres enveloppaient le fond de la vallée, mais une lueur éclairait encore la face des montagnes, loin au-dessus d’eux. L’air était chaud. Le son des eaux courantes et des cascades bruissait alentour, et le soir était rempli d’un faible parfum d’arbres et de fleurs, comme si l’été s’attardait dans les jardins d’Elrond.
« Hourra ! cria Pippin, se levant d’un bond. Voici notre noble cousin ! Faites place à Frodo, Seigneur de l’Anneau ! »
« Silence ! dit la voix de Gandalf, montant des ombres à l’arrière du portique. Les choses maléfiques n’entrent pas dans cette vallée ; mais il faut tout de même s’abstenir de les nommer. Le Seigneur de l’Anneau n’est pas Frodo, mais le maître de la Tour Sombre du Mordor, dont le pouvoir s’étend de nouveau sur le monde. Nous sommes au sein d’une forteresse. Au-dehors, les ténèbres s’épaississent. »
« Gandalf nous a dit bien des choses tout aussi réjouissantes, fit remarquer Pippin. Il pense que j’ai besoin d’être rappelé à l’ordre. Mais il est impossible de se sentir morose ou déprimé, ici, on dirait. J’aurais presque le goût de chanter, si je connaissais une chanson qui convienne. »
« J’ai moi-même envie de chanter, dit Frodo en riant. Quoique, pour l’instant, j’aie plus envie de manger et de boire. »
« Une envie qui sera vite comblée, dit Pippin. Tu as fait montre de ton flair habituel en te levant juste à temps pour un repas. »
« Plus qu’un repas ! Un festin ! ajouta Merry. Aussitôt que Gandalf a annoncé que tu étais rétabli, les préparatifs ont commencé. » À peine eut-il prononcé ces mots que tous furent conviés à la grand-salle par la sonnerie de nombreuses cloches.
La grand-salle de la maison d’Elrond était pleine de monde : des Elfes pour la plupart, quoiqu’il y eût quelques convives qui appartenaient à d’autres peuples. Elrond, selon son habitude, avait pris place dans un grand fauteuil au bout de la longue table sur l’estrade ; et à ses côtés étaient assis, d’une part, Glorfindel, et de l’autre, Gandalf.
Frodo les considéra avec émerveillement, car il n’avait encore jamais vu Elrond, lui dont parlaient tant de récits ; et siégeant à sa main droite et à sa gauche, Glorfindel, et même Gandalf, que Frodo croyait si bien connaître, apparaissaient comme des seigneurs de haut rang et de grande puissance.
Gandalf était de moindre stature que les deux autres ; mais ses longs cheveux blancs, sa grande barbe grise et ses larges épaules lui donnaient l’allure d’un sage roi des légendes anciennes. Dans son visage âgé, sous de grands sourcils neigeux, ses yeux sombres étaient enchâssés comme des braises capables de s’enflammer d’un seul coup.
Glorfindel était grand et droit ; ses cheveux étaient d’or éclatant, sa figure jeune et belle, intrépide et débordante de joie ; son regard était lumineux et vif, et sa voix musicale ; la sagesse trônait sur son front, et la force montait dans son bras.
Le visage d’Elrond était sans âge, ni jeune, ni vieux, bien que le souvenir de nombreuses choses y eût été gravé, autant gaies que tristes. Ses cheveux, pareils aux ombres du crépuscule, étaient coiffés d’un mince bandeau d’argent ; ses yeux étaient du gris d’un soir clair, et il y avait en eux une lumière semblable à celle des étoiles. Il paraissait vénérable, tel un roi couronné de maints hivers, mais vigoureux néanmoins, tel un guerrier endurci, dans la force de l’âge. Il était Seigneur de Fendeval et puissant parmi les Elfes et les Hommes.
Au centre de la table, devant les tapisseries décorant le mur, se trouvait un fauteuil installé sous un baldaquin ; une dame était assise là, belle à regarder, et sa ressemblance avec Elrond était telle, sous des traits féminins, que Frodo crut deviner en elle une proche parente. Elle était jeune et pourtant ne l’était pas. Les tresses de sa sombre chevelure n’étaient touchées d’aucun givre ; ses bras d’albâtre et son visage clair étaient lisses, sans aucun défaut, et la lumière des étoiles se voyait dans ses yeux brillants, gris comme une nuit sans nuages ; pourtant, elle avait un port de reine, et le savoir et l’intelligence habitaient son regard, comme ceux et celles qui ont connu tout ce qu’apportent les années. Son front était surmonté d’une coiffe de guipure argentée, constellée de petites pierres d’un blanc étincelant ; mais sa vêture grise et soyeuse n’était nullement ornée, hormis une ceinture de feuilles d’argent ouvré.
C’est ainsi que Frodo la vit, celle que peu de mortels avaient encore vue : Arwen, fille d’Elrond, en qui, disait-on, l’image de Lúthien était revenue sur terre ; et on l’appelait Undómiel, car c’était l’Étoile du Soir de son peuple. Longtemps elle avait vécu parmi les parents de sa mère, en Lórien au-delà des montagnes, et elle n’était revenue que récemment à Fendeval, dans la demeure de son père. Mais ses frères, Elladan et Elrohir, étaient partis en errance ; car ils chevauchaient souvent en des contrées lointaines avec les Coureurs du Nord, gardant en mémoire les tourments qu’avait endurés leur mère dans les repaires des orques.