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Le Seigneur des anneaux [1 La fraternité de l'anneau]

Электронная книга - «Le Seigneur des anneaux [1 La fraternité de l'anneau]». Краткое содержание книги:

Depuis sa publication en 1954-1955, le récit des aventures de Frodo et de ses compagnons, traversant la Terre du Milieu au péril de leur vie pour détruire l’Anneau forgé par Sauron, a enchanté des dizaines de millions de lecteurs, de tous les âges. Chef-d’œuvre de la fantasy, découverte d’un monde imaginaire, de sa géographie, de son histoire et de ses langues, mais aussi réflexion sur le pouvoir et la mort, Le Seigneur des Anneaux est sans équivalent par sa puissance d’évocation, son souffle et son ampleur. Cette nouvelle traduction prend en compte la dernière version du texte anglais, les indications laissées par Tolkien à l’intention des traducteurs et les découvertes permises par les publications posthumes proposées par Christopher Tolkien. Ce volume contient 18 illustrations d’Alan Lee, entièrement re-numérisées, d’une qualité inégalée, ainsi que deux cartes (en couleur) de la Terre du Milieu et du Comté.
Version 104826 - 2014-09-30 14:40:02 +0200
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« Tu iras sur mon cheval, dit Glorfindel. Je vais raccourcir les étriers jusqu’au bord de la selle, et tu devras t’y asseoir en serrant les jambes le plus possible. Mais ne crains rien : mon cheval ne laissera tomber aucun cavalier que je lui enjoins de porter. Son pas est léger et souple ; et si le danger nous presse de trop près, il t’emmènera à une vitesse que même les coursiers noirs de l’ennemi ne sauraient égaler. »

« Non, il ne fera pas ça ! dit Frodo. Je ne le monterai pas, s’il doit m’emporter à Fendeval ou ailleurs pendant que mes amis restent derrière, exposés au danger. »

Glorfindel sourit. « Je ne crois pas que tes amis seraient en danger, dit-il, si tu n’étais pas avec eux ! L’ennemi te talonnerait et nous laisserait en paix, je pense. C’est toi, Frodo, et ce que tu portes, qui nous mettez tous en péril. »

À cela, Frodo ne put rien répondre, et on le persuada de monter le cheval blanc de Glorfindel. En échange, le poney reçut une bonne partie du fardeau des autres. Ils marchèrent alors plus légèrement et, pour un temps, allèrent bon train ; mais les hobbits trouvèrent bientôt difficile de suivre le pas vif et infatigable de l’Elfe. Il les mena loin, dans la gueule des ténèbres, et plus loin encore, au cœur d’une nuit sombre et nuageuse. Il n’y avait ni étoile, ni lune. Il ne leur permit pas de faire halte avant la grisaille de l’aube. Alors Pippin, Merry et Sam dormaient presque sur leurs jambes titubantes ; même l’Arpenteur avait les épaules affaissées et semblait fatigué. Frodo, sur sa monture, était plongé dans un sombre rêve.

Ils s’affalèrent dans la bruyère à quelques dizaines de pieds du bord de la route, et tombèrent immédiatement endormis. Ils semblaient tout juste avoir fermé les paupières quand Glorfindel, qui avait assuré le guet pendant leur sommeil, les réveilla. Le soleil du matin avait beaucoup grimpé, et les nuages et les brumes nocturnes avaient disparu.

« Buvez ceci ! » dit Glorfindel, leur versant à chacun, de sa flasque de cuir cloutée d’argent, un peu de liqueur. Claire comme de l’eau de source, elle n’avait aucun goût et n’était ni fraîche ni chaude dans la bouche ; mais en la buvant, la force et la vigueur semblaient affluer dans tous leurs membres. Après un tel breuvage, le pain rassis et les fruits secs (il ne leur restait à présent rien d’autre) parurent mieux satisfaire leur faim que maint délicieux petit déjeuner ne l’avait fait dans le Comté.

Ils reprirent la Route après s’être reposés un peu moins de cinq heures. Glorfindel les incitait encore à presser le pas, et de toute la journée, il ne leur accorda que deux brèves haltes. Ils parcoururent ainsi près de vingt milles avant la tombée de la nuit, et parvinrent à un endroit où la Route tournait à droite et plongeait vers le fond de la vallée, tout droit vers la Bruinen. Les hobbits n’avaient jusqu’alors rien vu ou entendu qui leur fît craindre d’être rejoints ; mais souvent il arrivait que Glorfindel s’arrêtât un moment pour écouter, quand ils traînaient derrière, et son visage se couvrait d’angoisse. Une fois ou deux, il s’adressa à l’Arpenteur dans la langue elfique.

Mais quelle que fût l’inquiétude de leurs guides, de toute évidence, les hobbits ne pouvaient aller plus loin ce soir-là. Ils trébuchaient, étourdis de fatigue, incapables de penser à quoi que ce soit d’autre que leurs pieds et leurs jambes. La douleur de Frodo avait redoublé, et pendant la journée, les êtres et les objets autour de lui s’estompaient, se réduisaient à des ombres d’un gris fantomatique. Il fut presque soulagé de voir la nuit tomber, car à ses yeux, le monde semblait alors moins pâle et vide.

Les hobbits étaient encore las au moment de se remettre en route, tôt le lendemain matin. Il y avait encore plusieurs milles à faire avant d’atteindre le Gué, et ils avançaient clopin-clopant, aussi vite qu’ils le pouvaient.

« Notre péril sera d’autant plus grand quand nous serons près d’atteindre la rivière, dit Glorfindel, car mon cœur m’avertit que nos poursuivants se hâtent à présent derrière nous ; et un autre danger nous attend peut-être au Gué. »

La Route continuait de descendre régulièrement, et par endroits, elle était bordée d’une herbe dense où les hobbits marchaient quand ils le pouvaient, afin de reposer leurs pieds meurtris. En fin d’après-midi, ils arrivèrent à un endroit où la Route passait soudainement dans l’ombre de grands pins, avant de s’enfoncer dans une profonde tranchée dont les murs de pierre rougeâtre s’élevaient à pic de chaque côté, ruisselant d’humidité. Comme ils se hâtaient de la traverser, elle était parcourue d’échos ; et on eût dit que de nombreux pas suivaient rapidement les leurs. Tout à coup, comme par un portail de lumière, la Route déboucha de l’autre côté du tunnel. Là, au bas d’une forte déclivité, ils virent s’étendre devant eux un long mille plat, et au-delà, le Gué de Fendeval. De l’autre côté s’élevait une berge brune et escarpée où se faufilait un sentier sinueux ; derrière, les hautes montagnes escaladaient, éperon par-dessus éperon, cime après cime, le bleu estompé du ciel.

Un écho de poursuite subsistait dans la tranchée derrière eux : un bruit torrentueux, comme si un vent se levait et se déversait dans les branches des pins. Glorfindel se retourna un moment pour écouter, puis il s’élança avec un grand cri.

« Fuyez ! s’écria-t-il. Fuyez ! L’ennemi est sur nous ! » Le cheval blanc bondit en avant. Les hobbits dévalèrent la pente. Glorfindel et l’Arpenteur les suivirent à l’arrière-garde. Ils n’avaient franchi que la moitié du plat, quand soudain retentit un tonnerre de chevaux au galop. Du portail d’arbres dont ils étaient sortis surgit un Cavalier Noir. Il serra la bride à sa monture et s’arrêta, vacillant sur sa selle. Un autre le rejoignit, puis encore un autre ; et enfin, deux de plus.

« En avant ! Au galop ! » cria Glorfindel à Frodo.

Il n’obéit pas tout de suite, saisi d’une étrange hésitation. Remettant son cheval au pas, il se retourna et regarda en arrière. Les Cavaliers semblaient trôner sur leurs grands coursiers comme de sinistres statues au sommet d’une colline, sombres et massives, tandis que tous les bois et les terres alentour s’estompaient comme dans un brouillard. Soudain, il sut en son cœur qu’ils lui ordonnaient d’attendre, sans mot dire. Puis, la peur et la haine s’éveillèrent en lui tout à coup. Sa main lâcha la bride et agrippa la poignée de son épée. Il la tira avec un éclair rouge.

« Au galop ! Au galop ! » cria Glorfindel ; puis, d’une voix claire et forte, il commanda à son cheval dans la langue des elfes : noro lim, noro lim, Asfaloth !

Le cheval blanc s’élança aussitôt, et fila comme le vent dans la dernière ligne droite. Au même moment, les chevaux noirs dévalèrent la colline à sa poursuite, et un terrible cri monta des Cavaliers, comme ceux qui avaient rempli les bois d’horreur, loin de là, dans le Quartier Est. Une réponse vint ; et au grand désarroi de Frodo et de ses amis, quatre autres Cavaliers surgirent en trombe d’entre les arbres et les rochers sur la gauche. Deux d’entre eux se dirigèrent vers Frodo ; les deux autres galopèrent follement vers le Gué afin de lui barrer la route. Ils lui semblaient galoper comme l’éclair et se faire toujours plus grands et plus sombres, tandis que leur course convergeait avec la sienne.

Frodo jeta un coup d’œil par-dessus son épaule. Il ne voyait plus ses amis. Les Cavaliers à ses trousses perdaient du terrain : même leurs grands coursiers ne pouvaient rivaliser avec la rapidité du cheval elfe de Glorfindel. Il se tourna de nouveau vers l’avant, et tout espoir s’évanouit. Il ne semblait avoir aucune chance d’atteindre le Gué avant d’être intercepté par les autres qui s’étaient tenus en embuscade. Il les voyait à présent très nettement : ils semblaient s’être défaits de leurs capes et capuchons noirs, et ils étaient vêtus de blanc et de gris. Leurs mains livides tenaient des épées nues ; leurs têtes étaient coiffées de heaumes. Leurs yeux scintillaient avec froideur, et leurs voix implacables l’appelaient.

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