Marianne, une étoile pour Napoléon
- Автор: Бенцони Жюльетта
- Серия: Марианна #1
- Язык: французский
- Жанр: Исторические любовные романы
Электронная книга - «Marianne, une étoile pour Napoléon». Краткое содержание книги:
— Allons, puisqu’il le faut ! soupira Marianne en écartant à regret ses couvertures.
Elle rassembla ses jupes, accepta la main que le cocher lui offrait en l’adjurant de « prendre garde à ne pas glisser sur le verglas » et sauta légèrement à terre.
Au même moment, une étoffe noire s’abattit sur sa tête.
12
LES CAVALIERS DES TÉNÈBRES
Marianne poussa un cri mais, par-dessus l’étoffe, une main brutale s’abattit sur sa bouche. Elle comprit aussitôt que toute résistance était inutile. Terrifiée, à demi étouffée, elle se sentit enlevée, par les jambes et par les épaules. A certain balancement, elle comprit que ses ravisseurs venaient d’embarquer sur le bac. Une voix autoritaire jeta :
— Un peu plus vite, s’il vous plaît ! Il fait un froid de loup. Les chevaux vont geler sur l’autre rive.
Il y eut un autre bruit, celui que fait un sac d’argent lorsqu’on le jette, puis le merci étouffé d’une voix obséquieuse et elle devina que le cocher venait d’être payé. D’ailleurs, la voiture n’embarqua pas. Il y eut le bruit des roues ferrées sur les galets de la rive, un bruit qui décrut puis disparut. Ensuite, il n’y eut plus que le clapotis de l’eau contre le bac.
Jetée à même le bois grossier de la barge, mais maintenue contre une poitrine inconnue par un bras dur passé autour d’elle, Marianne luttait à la fois contre la suffocation et contre la terreur. Oui étaient ces hommes qui l’enlevaient, que lui voulaient-ils ? Allaient-ils seulement la faire aborder de l’autre côté, ou bien... A la seule idée de l’eau noire un instant entrevue, la jeune femme eut la nausée. Elle voulut remuer pour desserrer un peu le tissu qui l’asphyxiait, mais le bras serra plus fort.
— Rester tranquille, petite imbécile ! ordonna la même voix autoritaire. Sinon, je vous jette à l’eau.
S’il la menaçait de le faire, c’est que son intention n’était pas d’en finir avec elle tout de suite. Un tout petit peu moins affolée, Marianne essaya de lutter contre l’étouffement, mais c’était impossible. L’étoffe, un manteau peut-être, ne laissait pas l’air parvenir jusqu’à ses lèvres. Elle allait suffoquer... elle suffoquait !
— J’étouffe ! gémit-elle au bord de l’asphyxie Par pitié...
— Enlève le manteau, conseilla une voix nouvelle. De toute façon, on arrive.
En effet, le choc de la barge contre la rive eut lieu juste au moment où le manteau relâchait son étreinte. Il était temps. Marianne défaillait. D’instinct, elle aspira l’air glacial tandis qu’une main sèche, gantée de cuir épais, lui administrait quelques claques pour la ranimer.
— Elle s’évanouissait ! reprocha l’homme à la voix rude. C’était aussi bien.
— Un évanouissement, cela peut aller plus loin qu’on ne le souhaite, répondit l’autre.
Ces deux voix étaient également cultivées, distinguées. Ce n’étaient certainement pas des voix de bandits de grands chemins, remarqua Marianne, dont l’esprit fonctionnait encore automatiquement. Ouvrant les yeux, elle vit deux hommes masqués de noir penchés sur elle. Ils portaient des chapeaux ronds, d’amples manteaux de cheval. On était de l’autre côté de la Seine et, sous les premiers arbres du bois de Boulogne qui arrivaient jusqu’à la rive, elle put voir deux autres cavaliers attendant auprès d’une voiture qu’elle crut bien reconnaître.
La voiture noire ! balbutia-t-elle.
— Tiens, fit en riant l’un des deux hommes masqués, elle l’avait remarquée ! Décidément, tu avais raison : elle est beaucoup plus dangereuse qu’on ne pourrait croire. Allez, en route.
— Un instant ! Justement parce qu’elle est dangereuse, il faut prendre quelques précautions. La laisser respirer est une chose...
— Mais enfin, protesta Marianne, tandis que le second cavalier liait rapidement ses mains avec une écharpe de soie, que vous ai-je fait ? Que me voulez-vous ? Pourquoi m’enlevez-vous ?
Tout cela n’avait aucun sens ! En elle la colère luttait maintenant avec la peur, ramenant l’instinct de conservation.
— Cela, mademoiselle, on vous le dira lorsque nous serons à destination ! répondit le cavalier. Pour l’instant, vous avez intérêt à ne plus dire un mot. Nous n’aimerions pas tuer nous-mêmes une femme.
Dans la main gantée de l’homme, elle vit soudain briller un long pistolet de duel, dont le canon vint s’appuyer sur son sein gauche. La menace était sérieuse.
— Je ne dirai rien ! souffla-t-elle.
— Parfait ! Vous permettez ?
Un autre foulard fut appliqué sur ses yeux, lié assez serré pour qu’aucun rai de lumière ne pût traverser. Après quoi, ses ravisseurs la prirent chacun par un bras pour la guider jusqu’à la voiture. Elle sentit que, de l’intérieur, d’autres mains la saisissaient, lui faisaient gravir le marchepied. La portière claqua. Marianne se retrouva assise sur une banquette assez confortable. Elle entendit, auprès d’elle, une respiration et devina que celui qui l’avait aidée à monter s’était assis auprès d’elle. Au-dehors, elle entendit quelqu’un dire :
— Là, au bord de l’eau, le manchon ! Il ne faut pas le laisser. Le chef a dit : pas de traces !
— Pourquoi ? On pourrait supposer qu’elle s’est noyée ?
— Après avoir soigneusement déposé son manchon sur la rive opposée ! Idiot !
Quelques instants plus tard, la portière se rouvrit. Elle sentit que quelqu’un enfonçait le manchon par-dessus ses mains liées. Pour la première fois, elle entendit la voix de l’homme assis auprès d’elle et retint un frisson. C’était une voix grinçante, métallique et impitoyable.
— Que de soins pour une renégate !
— Nous devons nous emparer d’elle, non la juger ! coupa fermement le premier cavalier. Si elle est coupable, elle mourra, mais il est inutile de la faire souffrir. Il faut l’amener intacte au chef !
La portière claqua, la voiture démarra, prit le galop en s’enfonçant dans les fourrés du Bois. Derrière elle, Marianne entendit galoper les quatre cavaliers. Restait à savoir maintenant qui était ce chef auquel on la conduisait.
Le voyage en voiture fut assez bref, mais ce qui suivit fut plus long. Deux des ravisseurs de Marianne la prirent chacun par un bras, puis, la portant plus que l’aidant à marcher, ils lui firent parcourir un chemin qui lui parut interminable. Il semblait à la jeune femme qu’on lui faisait descendre une pente effrayante, glissante et fétide. Le froid noir était humide comme au fond d’un boyau. Des odeurs de pourriture assaillaient ses narines. Aucune lumière n’apparaissait sous le bandeau que le frottement contre les coussins de la voiture avait cependant réussi à desserrer un peu. Marianne se mouvait dans de profondes ténèbres et dans le silence, car aucun de ses compagnons n’avait ouvert la bouche depuis que l’on avait quitté le bord de la Seine. Sans la vigueur des poignes qui la maintenaient debout, sans les respirations qu’elle entendait, elle eût pu se croire enlevée par des fantômes. Parfois, au cours de cette hallucinante randonnée, elle entendit le cri d’un chat ou le clapotis d’une goutte d’eau tombant de quelque fontaine. Ses pieds, chaussés d’escarpins de satin rose, étaient glacés et meurtris par les nombreuses pierres sur lesquelles, aveugle, elle butait. Elle fût tombée si les cavaliers fantômes ne l’avaient retenue. La peur lui figeait le sang, lui serrait la gorge. Au sortir du pavillon enchanté, où elle avait connu un tel bonheur, cette horrible aventure était comme un cauchemar dont, malheureusement, il n’était pas possible de s’éveiller. Elle était comme l’oiseau captif qui se jette sur les barreaux de sa cage sans autre résultat que se blesser.