Marianne, une étoile pour Napoléon
- Автор: Бенцони Жюльетта
- Серия: Марианна #1
- Язык: французский
- Жанр: Исторические любовные романы
Электронная книга - «Marianne, une étoile pour Napoléon». Краткое содержание книги:
— Chez Son Altesse Sérénissime la princesse de Bénévent ! rectifia la jeune femme avec insolence. Vous auriez pu y songer davantage avant de m’enlever. Pensez-vous qu’en s’apercevant, au matin, de mon absence on ne me fera pas rechercher ?
— Aucun danger ! Le prince recevra, ce matin, un petit mot fort court et fort discret qui lui apprendra que vous avez tant plu... à qui vous savez, que l’on souhaite vous garder quelque temps au milieu des bois, dans cette douce retraite où vous avez passé la nuit.
Marianne accusa le coup, luttant contre la douleur que lui causait ce cynique rappel aux heures merveilleuses qu’elle venait de vivre. Une autre pensée lui venait : Fouché ! Fouché qui savait toujours tout, qui avait des agents partout, n’apprendrait-il pas que l’Etoile avait disparu brusquement ! Il savait peut-être déjà qu’on l’avait menée à La Celle-Saint-Cloud, encore qu’il n’eût aucune raison de surveiller la maison d’un simple bourgeois. Mais il était également possible que Talleyrand, trompé par la lettre, s’arrangeât pour que Fouché apprît ce qui ne serait à ses yeux qu’une fugue amoureuse...
La voix froide du chevalier vint interrompre le cours assez mélancolique de ses pensées.
— Voulez-vous me dire si, oui ou non, vous êtes bien Marianne d’Asselnat ?
— Que d’embarras ! s’insurgea la jeune femme. Puisque vous le savez, pourquoi le demandez-vous ? Sommes-nous dans une cour de justice ? Etes-vous magistrat ?
— Ainsi, vous reconnaissez vos nom et qualité. Vous les reconnaissez et, cependant...
Bruslart prit un temps. Brusquement, la colère déforma son visage barbu et sa voix tonna :
— ... et cependant, vous, fille noble, fille de deux martyrs morts pour le Roi, vous n’avez pas craint de vous mêler à la plus vile tourbe de ce régime immonde, vous avez osé vous mêler à la police de Fouché, devenir une moucharde !... et pis encore !
Alors, il savait tout ! Malgré elle, sous le mépris qui la fustigeait, Marianne sentit le rouge de la honte lui monter au front. Elle comprenait que, pour ces hommes silencieux dont les regards convergeaient sur elle comme autant de poignards, c’était cela son plus grand crime : l’espèce de pacte avec le régime détesté de Bonaparte qu’elle semblait avoir conclu. Et cela la gêna comme une tache. Parviendrait-elle à leur faire admettre qu’ils se trompaient, que les apparences seules étaient contre elle ?
— Monsieur, dit-elle doucement, si je suis venue dans ce pays, si j’ai paru en accepter les lois et les servitudes, c’est parce que je n’avais pas le choix, parce qu’il me fallait sauver ma vie ! Je m’en expliquerai en détails, si vous voulez m’entendre. Mais qui de vous n’a jamais, au prix d’un mensonge, essayé de sauver son existence en danger ? Qui de vous n’a jamais cherché refuge sous une personnalité d’emprunt dans des temps si difficiles !
— Nous avons menti ! coupa l’un des juges encore masqués, nous avons, en effet, revêtu des personnalités d’emprunt, mais nous n’avons jamais renié les nôtres ni pactisé avec l’ennemi.
— Je n’ai jamais renié les miens ! lança Marianne avec passion. Ce sont les miens qui m’ont reniée. Quand, seule et sans défense, j’ai demandé aide et assistance à un membre de l’entourage du roi Louis XVIII, il m’a rejetée sans pitié, me livrant consciemment aux pires aventures ! Mais je n’ai jamais pactisé avec le régime de Bonaparte ! J’ai été élevée en Angleterre, dans la haine de cet homme dont je ne reconnais pas plus que vous le pouvoir. Je n’ai jamais dénoncé, quoi qu’il ait pu me faire endurer, l’homme qui se fait appeler Morvan. Quant au tyran qui règne ici, sur l’ombre de ma mère, je jure que je l’ai toujours exécré.
Elle n’acheva pas. L’un des cavaliers, celui que l’on avait appelé le baron de Saint-Hubert, venait de se retourner vers elle, le poing levé, les yeux brûlant d’une fureur si meurtrière que Marianne, apeurée, poussa un cri en reculant instinctivement.
— Renégate ! Parjure ! Blasphématrice ! Pour ce que vous venez d’oser dire, pour oser salir la mémoire de votre mère d’un mensonge, on devrait vous envoyer au bûcher, vous faire périr dans les pires tortures, misérable créature ! Vous osez dire que vous haïssez Napoléon ?
La main de Saint-Hubert s’abattit sur le bras de Marianne. D’un geste brutal, il la jeta à terre et l’y maintint.
— Vous osez le dire ? Oseriez-vous le répéter ?
Blême de terreur, mais refusant encore de se laisser emporter par elle, Marianne murmura :
— Oui... j’oserais !
Sans lâcher son bras, Saint-Hubert la gifla à toute volée puis l’envoya rouler à terre.
— Sale petite garce ! Tu as si peur pour ta peau que tu jurerais n’importe quoi ! Mais tes mensonges ne te sauveront pas, tu entends ! Tu hais Napoléon, hein ? Est-ce que tu le haïssais tellement, cette nuit, au Butard ?
— Au... Butard ? balbutia la jeune femme éberluée.
— Oui, au Butard ! Ce ravissant pavillon où il aime à cacher ses amours et où tu as passé la nuit ! Ce n’est pas dans son lit, peut-être, que tu étais ? Ce n’est pas avec lui que tu as fait l’amour, hein ?
Tout se mit à tourner autour de Marianne. Il lui sembla, tout à coup, qu’elle plongeait en pleine folie, que le monde s’écroulait autour d’elle. Affolée, elle hurla :
— Non ! Non ! C’est faux ! Vous mentez ! L’homme que j’ai vu se nomme Charles Denis ! C’est un simple bourgeois.
— Vas-tu cesser de mentir, à la fin ? Et dire que j’admirais ton courage, que j’étais prêt à parler pour toi, à t’aider peut-être ! Misérable !
Fou de colère, le baron allait frapper encore. Mais soudain, Bruslart bondit. Il arracha la jeune femme épouvantée des mains de son ami, la fit passer derrière son large dos.
— Cela suffit, baron de Saint-Hubert ! dit-il froidement. Je ne suis ni un assassin ni un bourreau de femme ! Celle-ci est épouvantée, elle ne sait plus ce qu’elle dit.
— Dites qu’elle se moque de nous, chevalier !
Laissez-la-moi, je saurai bien la l’aire parler. Cette sorte de créature ne mérite pas de pitié !
— Et moi je dis assez ! Il y a quelque chose que je ne comprends pas...
Il se tourna vers Marianne qui défaillait à demi, face contre terre, et l’aida à se relever, puis la fit asseoir sur un tabouret. La tête de Marianne sonnait comme un bourdon de cathédrale. Elle essayait de mettre deux idées bout à bout sans y parvenir. Elle devait être en train de devenir folle ! Ou bien étaient-ce ces hommes ? Oui, c’était cela ! Ils étaient fous... Ou alors, elle était la victime d’une terrible méprise ! Charles !... Charles ! Mon Dieu ! Comment pouvaient-ils le confondre avec l’aventurier qui tenait l’Europe sous sa botte ? Il était si doux, si tendre ! Ils ne le connaissaient pas, c’était cela ! Ils ne pouvaient pas le connaître ! Un simple bourgeois. Dieu, que sa tête lui faisait mal !
Sous ses lèvres, Marianne sentit soudain le bord d’un verre :
— Buvez ! ordonna le chevalier. Ensuite, nous essaierons de tirer cela au clair.
— Charles ! balbutia la jeune femme. Charles Denis ! Vous ne pouvez pas savoir...
— Buvez, vous dis-je ! Vous êtes verte !
Elle but. Le vin était fort mais parfumé. Sa chaleur coula soudain dans son corps transi, ranimant une petite flamme. De la main, elle repoussa le verre et regarda le chevalier d’un air tellement égaré qu’il hocha la tête avec un peu de pitié. Il murmura, pour lui-même :