La Grande Quête
- Автор: Джордан Роберт
- Серия: La Roue du Temps #2
- Год: 2012
- Язык: французский
- Год: Bragelonne
- ISBN: 9782352945574
- Переводчик: Jean Claude Mallé
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «La Grande Quête». Краткое содержание книги:
Moiraine, la puissante magicienne qui seule pourrait lui fournir des réponses, l’évite désormais comme la peste. Rand sait qu’il devrait quitter ces lieux, partir où personne ne le connaît et où il ne pourrait faire aucun mal.
Mais il est trop tard : les Aes Sedai l’ont enfermé et son seul espoir d’obtenir de l’aide à présent est Egwene, la femme qu’il pensait épouser un jour… et qui est en train de devenir elle-même une Aes Sedai.
Sortant un mouchoir de sa poche, Rand l’enroula autour de sa main blessée – et très douloureuse, désormais. Pour lutter contre la souffrance, le vide aurait été un précieux allié, car, s’il avait conscience de la douleur, dans son cocon, il ne l’éprouvait pas. Mais cette solution était inenvisageable. Pour la deuxième fois – dont une en toute conscience – il avait tenté de canaliser le Pouvoir alors qu’il s’était réfugié dans le vide. Et c’était exactement ce que Ba’alzamon voulait l’inciter à faire. La suprême tentation ! Le piège que lui tendaient également Moiraine et la Chaire d’Amyrlin.
Mais il ne s’y jetterait pas tête la première.
16
Dans le miroir des Ténèbres
— Seigneur, tu n’aurais pas dû faire ça, dit Hurin lorsque Rand réveilla ses deux compagnons, aux premières lueurs de l’aube.
Le soleil était encore invisible, mais les rayons avant-coureurs de son avènement fournissaient une lumière très suffisante. Le brouillard n’était plus qu’un mauvais souvenir et l’obscurité se dissipait comme à regret.
— Si tu t’épuises afin de nous ménager, seigneur, insista le renifleur, qui nous ramènera chez nous ?
— J’avais besoin de réfléchir, mentit Rand.
Plus rien ne témoignait de la venue du Ténébreux, voire du brouillard. Mais il restait une preuve du premier événement : la main hâtivement bandée de Rand.
— Si nous voulons rattraper Fain et ses sbires, dit-il, pressé de quitter ce lieu maléfique, il faut sauter en selle. Nous mangerons du pain en chevauchant…
Occupé à s’étirer, Loial se pétrifia soudain, ses bras levés atteignant la hauteur où aurait culminé Hurin s’il s’était perché sur les épaules de Rand.
— Ta main, mon ami ! Que t’est-il arrivé ?
— Je me suis fait mal… Rien de grave.
— J’ai des onguents dans mes sacoches…
— Ce n’est pas grave, te dis-je !
Rand s’en voulut de cet éclat mais, si ses amis voyaient la « marque », ils l’accableraient de questions auxquelles il ne voulait pas répondre.
— Ne perdons plus de temps… Allez, en route !
Il entreprit de seller Rouquin – pas un jeu d’enfant, avec une main blessée – et Hurin alla s’occuper de sa monture.
— Inutile d’être si grognon…, marmonna Loial.
Trouver une piste physique, décida Rand quand ils furent en route, semblait la moindre des choses dans ce monde où il n’existait presque rien de naturel. Une seule petite empreinte de sabot le comblerait d’aise. Fain, ses Suppôts et ses Trollocs devaient bien laisser des traces, non ? Les yeux baissés, Rand chevaucha en sondant le sol.
Il ne vit pas une pierre délogée de son trou ni l’ombre d’une motte de terre retournée. Une idée lui traversant l’esprit, il se retourna et étudia le terrain, derrière lui. Non qu’il crût vraiment que le sol absorbait les empreintes, mais savait-on jamais, en terre étrangère ? Mais leurs chevaux laissaient bel et bien une piste. En revanche, devant, c’était toujours le néant.
Sans doute, mais Hurin insistait : il sentait toujours les voleurs – de plus en plus faiblement – qui se dirigeaient encore vers le sud.
Comme la veille, Hurin se concentra sur la piste, le nez au vent tel un chien de chasse lancé aux trousses d’un cerf. Quant à Loial, il se replongea dans sa morosité, marmonnant dans sa barbe tout en lissant du bout des doigts le bâton accroché en travers de sa selle.
Moins d’une heure après le départ, Rand aperçut une grande flèche de pierre, droit devant eux. Comme il n’avait plus levé les yeux du sol depuis un moment, l’imposante colonne était relativement proche lorsqu’il la repéra.
— Je me demande ce que c’est…
— Navré, Rand, dit Loial, mais je n’en sais rien.
— Si nous étions dans notre monde, seigneur Rand, dit Hurin, eh bien… Tu te souviens du monument dont a parlé le seigneur Ingtar ? Celui qui célèbre la victoire d’Artur Aile-de-Faucon sur les Trollocs ? C’était une flèche de pierre, mais elle fut détruite il y a dix bons siècles. Aujourd’hui, il n’en reste rien, à part une sorte de tertre. Je l’ai vu quand je suis allé en mission au Cairhien pour le seigneur Agelmar.
— Ce monument devrait être à trois ou quatre jours de cheval, intervint Loial. S’il est encore intact. Franchement, je ne vois pas pourquoi ce serait le cas. D’autant plus qu’il n’y a pas âme qui vive dans ce monde, selon moi…
Le renifleur baissa de nouveau les yeux.
— Eh bien, c’est comme ça, voilà tout, Bâtisseur… Pas d’êtres vivants, c’est vrai, mais cette flèche devant nous… Seigneur Rand, nous devrions la contourner. Dans un endroit pareil, comment savoir ce qui nous y attend ? Ou qui nous y attend ?…
Pour s’aider à réfléchir, Rand pianota en rythme sur le pommeau de sa selle.
— Non, dit-il enfin, il ne faut pas nous écarter de la piste… En la suivant au plus près, nous ne semblons pas gagner de terrain sur Fain. Inutile de perdre du temps en faisant des détours. Si nous voyons quelque chose d’inquiétant, il sera toujours temps d’aviser. Jusque-là, on continue tout droit !
— À tes ordres, seigneur Rand… (L’air bizarre, le renifleur jeta un coup d’œil en coin au jeune homme.) À tes ordres…
Perplexe, Rand mit un moment à comprendre, et la conclusion à laquelle il arriva lui déplut. Les seigneurs n’expliquaient pas leurs actes aux manants, mais uniquement à leurs pairs.
D’accord, mais je ne lui ai jamais demandé de me prendre pour un fichu seigneur !
Non, mais il l’a fait, répondit une petite voix, et tu es entré dans son jeu. Maintenant, assume tes responsabilités.
— Guide-nous, Hurin, ordonna Rand.
Avec un sourire qui en disait long sur son soulagement, le renifleur obéit.
Alors que le soleil pâlichon approchait de son zénith, les voyageurs estimèrent qu’ils étaient à moins de deux mille pas de la flèche. Tandis qu’ils traversaient un cours d’eau encaissé dans un ravin, Rand étudia la butte de terre au sommet plat qui servait de socle au monument. La flèche elle-même frôlait les deux cents pieds de hauteur, et de si près on voyait que le sommet sculpté représentait un oiseau aux ailes déployées.
— Un faucon, dit Rand. C’est bien le monument à la gloire d’Artur. À une époque, il y avait des gens ici, c’est évident. Comme chez nous, ils ont érigé cette flèche, mais pas au même endroit, et personne ne l’a jamais détruite. Tu te rends compte, Hurin ? Quand nous serons de retour, tu pourras dire que tu as vu un monument qui n’existe plus depuis des siècles ! Dans tout notre monde, nous serons les seuls à avoir posé les yeux dessus.
Le renifleur acquiesça.
— Oui, seigneur… Mes enfants seront fiers d’entendre que leur père a vu la flèche d’Artur Aile-de-Faucon.
— Rand, souffla soudain Loial, l’air inquiet.
— Si nous galopions jusqu’à la flèche ? Allez, ça nous fera du bien ! Dans un monde mort, il faut se prouver qu’on est vivant !
— Rand, j’ai peur que…
N’écoutant plus l’Ogier, Rand talonna Rouquin, qui partit au galop.
Hurin imita son seigneur.
Entendant que Loial les appelait, Rand éclata de rire et lui fit signe de se joindre à la course. Puis il continua son chemin, savourant la caresse du vent sur son visage. Quand on gardait le regard braqué devant soi, la distorsion visuelle devenait supportable, et un peu d’action ne faisait jamais de mal.