Black-Out. Demain il sera trop tard
- Автор: Elsberg Marc
- Год: 2016
- Язык: французский
- Год: Éditions Le Livre de Poche
- ISBN: 978-2253098690
- Переводчик: Pierre Malherbet
- Жанр: Триллеры
Электронная книга - «Black-Out. Demain il sera trop tard». Краткое содержание книги:
Puis Doreuil reconnut la mince silhouette de son époux dans les mains d’un des préposés. La dépouille se balança, tourna dans les airs et atterrit sur les autres. Annette Doreuil pensa à sa fille, à ses petits-enfants, dont le séjour initialement prévu avait tant réjoui son malheureux époux qui ne les verrait jamais plus. Elle se signa, murmura un ultime « adieu » et tourna les talons.
Siti Jusuf avait reparu. Il avait analysé les échanges qu’ils avaient espionnés depuis le début du black-out. Il avait remarqué quelque chose. Il avait examiné la récurrence de certains mots clefs pour en tirer d’intéressantes conclusions. Au cours de la première semaine suivant le déclenchement des opérations, les cellules de crise et les institutions ne s’étaient pas seulement entretenues de l’aide internationale, mais également de la recherche des responsables. Des entrées comme « enquêtes », « terroristes », figuraient largement parmi les plus fréquentes. Parallèlement à la diminution des communications, ces entrées se faisaient plus rares. Drastiquement. Elles avaient presque disparu.
Dimanche, leur attention avait été retenue par des mails invitant les collaborateurs des différents services à n’allumer leurs ordinateurs qu’en cas d’absolue nécessité. Ce qui expliquait la diminution du trafic.
Et, se demandait Jusuf, si ces exhortations les concernaient eux, plutôt que les fonctionnaires ?
Une discussion enflammée s’ensuivit. Certains devinrent nerveux. Les polices et les services secrets de la moitié du monde étaient-ils sur leurs traces depuis longtemps ?
Ils se promirent d’être plus prudents à l’avenir. Même pour sortir prendre l’air. Au demeurant, ils avaient tout prévu pour mener à bien leur mission, au cas plus qu’improbable où quiconque découvrirait le pot aux roses. Peut-être pouvait-on les stopper. Mais pas ce qu’ils avaient entrepris.
« Jackpot », chuchota Bollard, penché sur son ordinateur portable. Personne ne l’entendait, tant l’avion de transport militaire était bruyant.
Peu de temps après la découverte de la base terroriste à Istanbul, le Français avait rallié en hélicoptère la base de Wahn, jouxtant l’aéroport civil Cologne/Bonn.
De là, il avait embarqué à bord d’un Transall de l’armée de l’air, en compagnie d’une équipe du GSG-9 venue de Sankt Augustin.
La liaison satellite de l’appareil fonctionnait. Bollard avait mis le vol à profit pour se tenir informé des dernières révélations livrées par l’analyse de RESET, ainsi que du déroulement des investigations.
Bien entendu, il ne prendrait nullement part à un probable assaut. Il n’y était ni formé ni habilité. Le directeur Ruiz voulait cependant qu’un représentant de l’agence au courant de toute l’affaire y participât. C’est ainsi qu’il se retrouvait dans le ventre du bruyant colosse, entouré par soixante hommes surentraînés, sur les visages desquels les stigmates des jours passés n’apparaissaient pas. Bollard ne comprenait pas de quoi ils s’entretenaient, mais à en croire leurs rires sonores, ils devaient se raconter des blagues potaches. Il était assis à une petite table à quatre places, dont deux étaient occupées par les commandants de l’unité. Il tourna son ordinateur de manière à leur présenter l’écran.
Il leur montra les photos les plus récentes du bâtiment stambouliote. Sur des images peu nettes, granuleuses, on apercevait deux hommes quitter le complexe, puis y retourner, on en voyait également un troisième, ainsi qu’une femme, à l’une des fenêtres.
« Pedro Muñoz », expliqua-t-il, triomphal, en pointant les premières images. Il ouvrit également un portrait de ce dernier.
« John Bannock. Maria Carvalles-Tendido. Hernandes Sidon. »
Il afficha des photos de ces trois individus, afin que les commandants puissent les comparer aux images de la vidéosurveillance.
« On dirait que vos hommes peuvent se préparer à l’assaut. »
Jochen Pewalski, directeur de la conduite réseaux pour Amprion, était assis, non sans crainte, devant les écrans, et observait les tentatives pour rétablir le courant effectuées par le dispatcher compétent pour l’Allemagne du Sud-Est. Sa famille et lui-même avaient jusqu’alors réussi à surmonter l’épreuve. Le générateur de secours dans la cave leur avait fourni de l’électricité, la citerne prévue pour de tels cas de l’eau. En revanche, la relation avec leurs voisins et leurs parents des environs était devenue de plus en plus délétère. Pewalski les avait fermement éconduits, ce qui n’était pas le cas de son épouse. Elle avait laissé entrer les frigorifiés, nourri et abreuvé ceux qui mouraient de faim et de soif. Ce qui s’était traduit par une baisse de leurs réserves. Pewalski avait fait des stocks pour trois semaines. Il n’y avait donc pas de raisons de se faire du souci — tout du moins au début.
Depuis avant-hier, une fois consommée la dernière goutte de diesel, l’affluence avait décru.
Lui-même en avait peu profité, mais il avait la certitude que sa famille se portait à peu près bien. Il avait passé le plus clair de son temps au travail. Voilà des jours qu’il travaillait sans relâche avec une équipe restreinte, qui ne pouvait occuper tous les postes au sein d’un des plus importants centres européens de conduite réseaux. Il lui fallait souvent prendre place en personne à l’un des postes de travail. Comme c’était précisément le cas. Son voisin s’était un peu décalé. Certes, il regardait son écran du coin de l’œil, curieux de voir si les collègues de l’Est parviendraient à reconstruire une autre partie du réseau, une fois tous les équipements de leur salle de conduite, serveurs et ordinateurs, de nouveau opérationnels.
« Markersbach et Goldisthal fonctionnent », constata Pewalski.
Les deux centrales de pompage-turbinage à la frontière tchèque étaient aptes au redémarrage. Ce n’était pas compliqué ; pour produire du courant, il suffisait simplement de laisser couler à travers leurs puissantes turbines l’eau accumulée dans de hauts réservoirs. Cela signifiait qu’elles n’avaient pas besoin d’une assistance extérieure. Une fois cela fait, les opérateurs tenteraient de mettre en marche la centrale thermique de Boxberg, en Saxe, grâce à la ligne partant de Markersbach et passant par Röhrsdorf.
S’il était possible de bâtir ce petit réseau, on pourrait ensuite, petit à petit, l’étendre à toute la zone est de la République fédérale, ainsi qu’à la zone centre.
« Marche ! murmura le voisin de Pewalski, marche, bon Dieu ! »
Tous étaient de nouveau réunis via les écrans, y compris de nouvelles têtes pour l’Espagne, le Portugal et la Grèce. Les pontes de l’OTAN occupaient un écran. La Maison-Blanche était également connectée.
Sur les six écrans de la rangée inférieure, Michelsen regardait les différentes perspectives des bâtiments de Mexico et d’Istanbul, capturées par les caméras de surveillance et celles des casques. Les photos d’Istanbul, où la nuit était déjà tombée, étaient vertes et fantomatiques alors que dans la capitale mexicaine brillait le soleil.
Michelsen n’avait pas assisté aux conversations préliminaires. Cependant, depuis la découverte des supposés QG terroristes, tout le monde s’accordait sur le point suivant : il fallait les mettre le plus vite possible hors d’état de nuire. L’ensemble des communications à ce sujet se faisait au moyen d’un système anti-écoute — il fallait éviter à tout prix que les agresseurs ne soient informés de l’offensive imminente. Des unités des troupes spéciales turques, les bérets bordeaux, accompagnées par les hommes du GSG-9 et le Secret Service interviendraient à Istanbul. Par ailleurs, deux cents Navy Seals venaient d’arriver à Mexico pour intervenir de concert avec les troupes mexicaines.