Black-Out. Demain il sera trop tard
- Автор: Elsberg Marc
- Год: 2016
- Язык: французский
- Год: Éditions Le Livre de Poche
- ISBN: 978-2253098690
- Переводчик: Pierre Malherbet
- Жанр: Триллеры
Электронная книга - «Black-Out. Demain il sera trop tard». Краткое содержание книги:
Treizième jour — jeudi
Pas plus que ses homologues, Valentina Condotto n’avait fermé l’œil au cours des nuits passées. Elle était à son poste dans la salle de conduite que les informaticiens venaient de déclarer apte à fonctionner. Dehors, il faisait encore nuit. Pourtant, un message provenant de la majorité des centrales ayant été désactivées annonçait la fin des erreurs sur leurs systèmes. Elles pouvaient être redémarrées. Par ailleurs, des dispatchings des pays voisins, tels la Suisse et l’Autriche, disposaient déjà d’électricité pour les nœuds internationaux. Ils pouvaient relancer leurs réseaux de manière autonome. Sur le large écran, les premières lignes, aux frontières septentrionales, se colorèrent en vert. De nœuds en nœuds, les lignes se reconnectaient, les vertes remplaçant les rouges. Parallèlement, des traits verts rayonnaient à partir des différentes centrales pour recouvrir tout le pays, à la manière de lianes à la croissance rapide.
« Ils sont bien équipés », constata Bollard, tandis que la caméra de son casque transmettait les images du central opérations stambouliote. « Toutes les personnes arrêtées ou mortes figurent sur notre liste. Il manque quelques-uns des contacts. Ce qui ne signifie rien. Peut-être qu’ils n’ont rien à voir avec tout ça.
— Est-ce qu’ils parlent ? demanda Christopoulos, sidéré que deux de ses compatriotes figurent au nombre des terroristes.
— Certains causent bien volontiers. Même si ce ne sont que des foutaises. On les retrouve déjà dans leurs publications diverses. Il s’agit de créer un nouvel ordre mondial, plus humain, plus juste, plus équitable. Ils pensent que cet ordre ne peut provenir de l’état actuel des choses, qu’il doit advenir en frappant un grand coup.
— Ça me fait penser à la stratégie néolibérale du choc, observa Christopoulos.
— Regardez-moi ça ! » s’écria un des hommes.
Perdue dans ses pensées, Marie Bollard regardait dans le vide, lorsque soudain le réfrigérateur émit un léger bourdonnement. Le bruissement ne cessa pas. Étonnée, elle se retourna pour se rapprocher, incrédule, de l’appareil, puis l’ouvrit. À l’intérieur, de la lumière. Frénétiquement, elle appuya sur l’interrupteur mural à côté. Le plafonnier s’illumina.
« Maman ! entendit-elle hurler ses enfants dans le salon, maman ! »
Elle s’y rendit en courant. Les lampadaires à côté du canapé fonctionnaient. Paul tripota la télécommande de la télévision. Une mire grise à l’écran, un grésillement dans les haut-parleurs. Louise jouait avec l’interrupteur du lustre, allumé, éteint, allumé, éteint.
« Papa avait raison, s’écria Paul, le courant est revenu ! »
Dans la maison en face, elle vit le même manège ; des lumières qu’on allumait, qu’on éteignait, etc. Elle se rua à la fenêtre, suivie par les enfants qui écrasèrent leurs visages sur les carreaux. Aussi loin qu’il leur était possible de voir, des lumières vacillaient chez les gens.
Elle enlaça un enfant de chaque bras, les serra fort contre elle, et les sentit se blottir contre ses hanches.
« Est-ce que papa rentre bientôt ? » interrogea Louise, en levant les yeux sur elle. Elle la serra plus fort encore.
« Oui, il rentre bientôt. Et bientôt, il va appeler.
— Alors on pourra enfin aller chez papy et mamy à Paris, s’enthousiasma Paul.
— Oui, on fera ça, aussi. »
Sonja était à la fenêtre, entourée des autres, à regarder la ville. Dans les tours de bureaux, de la lumière, ainsi que dans les logements qui n’avaient pas été évacués, ou que les occupants n’avaient pas voulu quitter. Les publicités scintillaient de nouveau, ainsi que les néons sur les façades. Ses collègues riaient, parlaient bruyamment ensemble. Les téléphones sonnaient, mais, pendant quelques minutes personne ne répondit. Angström pensa à cette nuit passée en prison, à la journaliste américaine et à Piero Manzano. Depuis qu’il était parti à La Haye, elle ne lui avait plus parlé. Chacun ne cherchait à joindre que ceux qui lui étaient les plus chers. Elle voulait savoir si ses proches se portaient bien. Elle rejoignit son propre bureau. La sonnerie du téléphone retentit.
« Hey, résonna la voix de Manzano à l’autre bout du fil, comment vas-tu ? »
« Le grand ménage commence, constata le secrétaire d’État Rhess. Toute l’assemblée était pendue à ses lèvres. La première des priorités, c’est le réapprovisionnement en eau, en vivres et en médicaments. Ça ne se fera pas du jour au lendemain. Notre collègue Michelsen va vous en dire davantage. »
Et, voilà… c’est encore à moi d’annoncer les mauvaises nouvelles, pensa-t-elle.
« Avec une alimentation en énergie relativement stable, les prérequis fondamentaux sont remplis, se lança-t-elle.
— Pourquoi donc relativement ? s’immisça le ministre de la Défense.
— Parce qu’à cause du black-out, quelques ouvrages ont été sévèrement touchés. Du coup, les capacités manquent. »
Michelsen projeta l’image d’un robinet sur l’écran mural, de ceux qui équipent des millions de foyers.
« Dans à peu près soixante-dix pour cent du pays, l’alimentation en eau a été réduite à néant. L’eau ne pouvait plus être dirigée ni pompée par les consommateurs. En conséquence de quoi, il y a eu formation de bulles d’air dans les canalisations, lorsque celles-ci n’étaient pas purement et simplement à sec. Ça a conduit en un temps restreint à leur contamination bactériologique. En d’autres termes, l’eau tirée de ces tuyaux est dangereuse pour la santé. Avant que l’alimentation en eau puisse de nouveau être opérationnelle dans ces régions, il faut prendre des mesures de nettoyage drastiques, qui peuvent durer jusqu’à plusieurs semaines. »
Au cours des premiers jours de la coupure, il y avait eu suffisamment de photos de waters dégorgeant. Elle en projeta une. Certaines personnes présentes affichèrent une moue de dégoût.
« Et ce n’est pas mieux en ce qui concerne la collecte des eaux usées », poursuivit Michelsen. Ce n’est qu’en projetant quelques photos qu’elle pouvait faire comprendre à ces gens qui avaient vécu ces douze derniers jours dans des conditions relativement acceptables ce contre quoi devaient lutter les citoyens à l’extérieur.
« La plupart des W.C., dès la première nuit, ne pouvaient plus être nettoyés. Plus tard, dans les canalisations, il n’y avait plus suffisamment d’eau pour assurer l’acheminement vers les stations d’épuration. Les canalisations domestiques, ainsi que les conduits des égouts, sont bouchés à certains endroits, et sont devenus secs. Les systèmes de récupération des eaux sont prévus pour faire face à de courtes coupures. Le plus gros du travail dans les stations d’épuration est accompli par des cultures de bactéries. Elles sont habituées à d’importantes variations. Mais après une si longue période, leurs populations ont été gravement décimées et il faut en réintroduire dans les piscines. En raison de la quantité nécessaire, ça va durer des jours, voire des semaines. »
Des photos de supermarchés déserts, vides.
« De la même façon, l’approvisionnement en vivres ne peut être si facilement rétabli. Ce qui se trouvait dans les chambres froides est impropre à la consommation, presque tous les aliments frais ont été donnés ou pillés ces derniers jours. Il n’y a que peu de conserves ou de produits de garde à disposition. De nombreuses filiales de supermarchés vont rouvrir prochainement, mais, en raison du nettoyage et de la remise en service nécessaires, il n’y aura que peu de biens disponibles. »