Black-Out. Demain il sera trop tard
- Автор: Elsberg Marc
- Год: 2016
- Язык: французский
- Год: Éditions Le Livre de Poche
- ISBN: 978-2253098690
- Переводчик: Pierre Malherbet
- Жанр: Триллеры
Электронная книга - «Black-Out. Demain il sera trop tard». Краткое содержание книги:
Le fonctionnaire tendit la main à Dienhof. Il n’adressa pas le moindre regard à Wickley. Il devait encore parler à quelqu’un, pas de gaieté de cœur, certes, mais cela lui était nécessaire.
« Manzano, fit l’Italien en décrochant le téléphone de sa chambre d’hôtel.
— Un certain Hartlandt pour vous », annonça le concierge.
Il hésita un moment, puis répondit : « Passez-le moi. »
L’Allemand le salua en anglais et lui demanda comment il se portait.
« Ça va mieux, maintenant, répondit-il, non sans méfiance.
— Vous avez fait un sacré bon travail, le complimenta l’inspecteur. Sans vous, on n’aurait pas pu faire tout ça. Ou, en tout cas, pas si vite. »
Manzano, surpris, ne pipait mot.
« J’aimerais vous remercier pour votre aide. Et vous présenter nos excuses pour la manière dont nous vous avons traité. Mais, à ce moment…
— J’accepte vos excuses. » Il n’avait pas pensé entendre reparler de Hartlandt de toute sa vie. « C’était une situation exceptionnelle. Je crois que nous nous sommes tous conduits de manière peu raisonnable. »
« Nous n’avons pas encore de chiffres fiables concernant le nombre définitif de victimes, fit Torhüser, du ministère de la Santé. Les premières estimations pour la République fédérale font état d’un nombre de morts directs à cinq ou six chiffres ; un nombre à cinq chiffres important ou à six chiffres peu élevé. »
Michelsen réalisa comment, l’espace d’un instant, chacun retint sa respiration dans la salle.
« Comme je l’ai précisé, ce ne sont que des chiffres provisoires. On ne peut exclure qu’ils grimpent considérablement. Pour toute l’Europe, nous devons miser sur plusieurs millions de victimes. On ne peut estimer le nombre de dommages à plus long terme, comme pour les malades souffrant d’une maladie chronique et qui n’ont pu être pris en charge — maladies du cœur, diabètes, dialyses — ou les personnes exposées à des radiations radioactives. Dans un périmètre de dix kilomètres autour de la centrale de Philippsburg et de ses bassins endommagés, on a mesuré des doses de radioactivité nocives. »
Torhüsen, après les photos de la centrale, projeta celles de cimetières aux vastes surfaces de terre labourées.
« Un autre aspect non négligeable de l’état sanitaire concerne le traitement des corps. Dans l’urgence, de nombreuses personnes décédées ont été enterrées anonymement dans des fosses communes. Le problème est devenu d’autant plus épineux que, dans bien des cas, on n’a pu formellement les identifier. On peut s’attendre à de nombreuses controverses avec les proches des défunts ; il faudra exhumer nombre d’entre elles pour établir leur identité. »
Photos d’hôpitaux berlinois déserts.
« Le fonctionnement des centres de soin peut être rétabli rapidement, sinon du jour au lendemain. L’approvisionnement en eau, en vivres et en médicaments sera particulièrement crucial dans ce cas. À moyen terme, il faudra faire avec le peu de médicaments encore en stock, et dont la production a dû être arrêtée. Pour l’heure, nous considérons que sous environ une semaine, une partie importante de la population pourra de nouveau être prise en charge médicalement. »
Sourire aux lèvres, Lauren braquait sa caméra sur Piero. Elle était venue dans sa chambre. Elle n’avait que peu de temps.
« Tu es un héros, s’écriait-elle. Maintenant, tu vas devenir célèbre. »
L’Italien cacha son visage dans ses mains. « J’aimerais mieux pas !
— Mais tu me fais quand même une interview, hein ?
— Et pourquoi ne ferions-nous pas l’inverse ? C’est moi qui te pose des questions. Tu as passé ton temps à sauver l’ordinateur grâce auquel on a trouvé RESET. »
Une fois de plus, la sonnerie du portable de Shannon retentit. Elle échangea quelques mots avec son interlocuteur avant de poser l’appareil.
« Je suis emmerdée en permanence, grommela-t-elle.
— C’est toi la célébrité, la railla-t-il.
— Je ne suis que la messagère. »
Elle perdit un peu de son entrain, se laissa tomber sur le canapé et le regarda, l’air songeur. « Qu’est-ce qu’il y a ?
— Rien, pourquoi ? »
D’un coup, son intonation perdit toute trace d’excitation, se fit plus douce, mais insistante.
« Excuse-moi, mais, après tout ce qu’on a vécu ensemble, je vois bien qu’il y a quelque chose qui te tracasse.
— Peut-être justement ce qu’on a vécu ensemble ? »
Elle rougit, ses tempes se réchauffèrent, elle se troubla, lui laissant penser que tout cela cachait quelque chose ; elle n’était toujours pas en mesure d’identifier clairement ses sentiments pour son compagnon de route. Ils s’étaient énormément rapprochés au cours de leur périple, à plusieurs points de vue. Mais qu’elle interroge un instant ce qu’elle ressentait, alors il était manifeste qu’elle éprouvait à son égard davantage qu’une innocente sympathie fraternelle.
Il avait dû remarquer sa gêne.
« Je pensais à ce que nous avons vu et vécu tous les deux. Aux conséquences de cette attaque, ce que les gens ont enduré. »
Quelque peu vexée, mais soulagée d’une certaine manière, elle répondit : « Nous ne l’oublierons pas de sitôt. »
Il acquiesça, se tourna vers la fenêtre. « Il y a une chose que je ne comprends pas. Ces femmes et ces hommes se sont donné bien du mal pour déclencher ce chaos. Tu t’en souviens, j’en avais parlé avec Bollard, lorsqu’il est parti pour Istanbul. »
Je m’en souviens, pensa-t-elle. Ne peut-il jamais s’arrêter ?
« Je me demande à quel moment ils auraient considéré que leurs objectifs étaient atteints. Si même, peut-être, ce n’était pas déjà le cas. Les pamphlets et manifestes qu’ils ont écrits parlent d’un ordre juste et solidaire, qui ne peut être possible qu’après un nouveau départ. RESET. Remettre les compteurs du système à zéro. S’ils sapent les fondements mêmes de notre civilisation, s’ils s’en prennent à sa raison d’être, nous devons tout réorganiser. Bien sûr, nous ne connaissons pas encore les effets à long terme, mais pour renverser totalement l’ordre actuel, ce qu’ils ont fait n’a pas duré assez longtemps. Dans la plupart des États touchés, les gouvernements élus sont restés au pouvoir, et les structures d’avant se reconstruisent. Douze jours n’ont pas suffi. Est-ce qu’ils le savaient ? Avaient-ils prévu que le black-out s’éterniserait ? Je me demande en permanence ce que j’aurais fait à la place de ces tarés… Si j’étais allé aussi loin qu’eux, pensa tout haut Manzano, j’aurais pris des mesures pour le cas où on m’aurait coincé plus tôt que prévu. J’aurais fait en sorte que mes objectifs soient tout de même atteints. Regarde donc les images de leur arrestation et celles qui ont suivi. Ils n’ont pas l’air d’être dévastés. Bien au contraire ! J’ai l’impression qu’ils ont l’air satisfaits, voire triomphants.
— Sans doute voulaient-ils simplement devenir célèbres, comme tous les autres tueurs de masse. C’est ce qui leur est arrivé, et ils le savent. »
Il hocha la tête, regarda le sol, comme si la réponse à ces interrogations pouvait s’y trouver.
« J’ai un sombre pressentiment, rétorqua-t-il. Comme si quelque chose d’autre allait arriver.
— Tu sais quoi ? fit Shannon. Je dois partir pour Bruxelles, j’ai des rendez-vous avec des dirigeants politiques…
— Tu es maintenant une femme très sollicitée.