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Электронная книга - «La victoire d'Angélique». Краткое содержание книги:

La victoire d'Angélique
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Les deux guetteurs n'en surent rien, n'en comprirent la réalité que lorsqu'une sourde lueur rose se développa derrière l'écran mouvant de la neige.

C'était le cœur de la nuit et Angélique crut que c'était l'aurore. Mais la lueur rose s'étendait, sans pour autant dissiper les ténèbres d'un monde fermé, où la neige pressée, silencieuse, s'activait doucement.

Cette lueur géante de l'autre côté de la colline, elle le comprit enfin, était celle de l'immense incendie qui, cette nuit-là, dévora le grand fort de Wapassou, la « Châtellenie » comme l'avait surnommé les « voyageurs » qui avaient appris à goûter son hospitalité.

Le feu, la neige, ce fut une étrange compétition à qui dévorerait, à qui ensevelirait le plus férocement.

La fureur du vent attisant les flammes contrecarrait les effets de la tombée de neige dont l'abondance aurait peut-être réussi à les étouffer. Combien d'heures dura cet incendie ?

Angélique et l'Anglais, sous la tempête de neige, avaient été contraints de déserter la plate-forme du toit car c'est à peine si, continuellement obligés de secouer l'obsédant linceul de la neige, ils se rendaient compte s'ils avaient encore une maison sous leurs pieds.

En se faufilant par la trappe, entraînant leurs armes avec eux, ils avaient l'impression de descendre au sein de la Terre pour fuir sa surface devenue inhabitable.

Le cauchemar cessait en retrouvant le silence, la chaleur, la lumière, et la stagnation bienfaisante d'un lieu qui n'était plus livré à l'hystérie des éléments.

Les trois enfants y jouaient comme des petites souris avec ce que Lymon White avait mis à leur disposition. Du sable dans un baquet, des coupelles...

Quand Angélique et Lymon White purent se risquer hors de leur abri, une semaine plus tard, il était déjà trop tard.

La neige tombée, accablant les ruines noircies, en interdisaient l'accès. Puis, ce fut le gel enfermant les vastes régions dans une carapace de glace impossible à attaquer sur le revêtement de glace, puis les tempêtes qui glaçaient la neige, et encore la neige...

*****

Profitant d'un jour où les brouillards de novembre se dissipaient, le muet Lymon White ficela sa paire de raquettes en travers de son dos, ne prit qu'une infime portion de nourriture dans sa besace, par contre son fusil et une bonne quantité de munitions, et, après avoir expliqué à Angélique par signes qu'il allait essayer de marcher vers le sud pour atteindre le Kennébec et la côte afin d'informer les leurs des derniers événements, il quitta l'abri du petit fortin. Jamais un homme n'aurait dû se risquer seul en une telle saison. Malgré tout, elle espéra.

Le temps passa. Jours plus courts, nuits plus longues et plus profondes. Brèves éclaircies durant lesquelles elle se glissait dehors pour essayer de visiter les pièges ou de guetter un gibier au bout de son fusil, mais en vain. Et la tempête sifflante refermait son rideau. Le souvenir et l'amertume de la destruction de Wapassou la quittèrent, s'effaçant pour ne laisser place qu'à une seule hantise.

Elle était prisonnière de l'hiver, avec trois petits enfants, et si aucun secours ne parvenait jusqu'à eux d'ici quelques semaines, tous quatre, dans ce fortin enseveli, ils risquaient de mourir de faim.

Le blizzard hululant et fou, frappant de-ci, de-là aveuglément, semblait rappeler que l'être infernal reçoit parfois licence de se déchaîner sur la Terre. Pour suspendre le cortège des calamités engendrées par la démone, quand donc viendrait l'Archange ?

Neuvième partie

Le voyage de l'Archange

Chapitre 37

L'Archange était sur les pas de la Démone depuis l'antichambre du roi.

Un pan de tapisserie qui se déplace, une porte ouverte sur un étroit passage, deux ou trois marches à franchir. La chronique parle de celles qui conduisaient du salon de madame de Maintenon à la salle de billard où le roi se rendait chaque soir pour faire sa partie.

Un page le précédant, pour retenir le battant de tapisserie, des dames plongeant dans leurs brocarts et l'une d'elles se relevant.

Deux regards, l'un d'or, l'autre d'émeraude, qui se croisent. Et dans l'ombre des labyrinthes d'un palais, Versailles, s'engouffre l'air salin d'une côte perdue d'Amérique, l'odeur de pourriture du poisson qui sèche au-soleil, une femme qui hurle agenouillée devant un corps traversé d'un harpon.« Zalil ! Zalil ! Ne meurs pas !... »

« C'est Elle, j'en suis sûr, avait pensé Cantor de Peyrac. »

Sur-le-champ, il avait fourré un louis d'or dans la paume d'un laquais proche.

– Le nom de cette femme qui vient de me croiser !...

Le laquais ne savait pas, mais stimulé par la fortune qui venait de lui échoir, il ne lui avait pas fallu plus d'une minute pour revenir et se glisser dans l'assemblée qui faisait cercle autour du billard du roi, et chuchoter à l'oreille du beau page si généreux.

– Mme de Gorrestat.

– Son époux ?

– Lequel ? Ses titres ? lui rétorqua le page avec le don d'une deuxième obole.

Cette fois le laquais abandonna pour une heure son poste de porte-torchère, calculant que si cette désertion risquait de lui attirer des reproches, elle lui coûterait moins que ce qu'il avait à gagner à servir ce jeune seigneur.

Avant la fin de la partie du roi, il était de retour et confiait à Cantor dans le creux de l'oreille tout ce qu'il avait pu glaner.

Cette dame était l'épouse de M. le Gouverneur du Nivernais récemment arrivé à Versailles sur convocation du roi. La rumeur courait qu'il y attendait une nomination d'importance. Son épouse, personne de qualité, discrète et agréable, avait plu à Mme de Maintenon qui la recevait parmi ses dames, ce qui était pour ces dernières la meilleure façon de se trouver près du soleil.

Il apprit que le couple se préparait déjà pour s'embarquer au Havre vers le Canada où M. de Gorrestat était nommé gouverneur.

Dès le lendemain, il sut que c'était bien la « veuve » du vieux Parys qui avait convolé avec M. de Gorrestat.

Tout se recoupait.

Si Cantor voulait se munir promptement du prix d'un voyage au-delà des mers, il s'agissait de trouver un expédient. Cantor comprit. Il n'y avait plus un jour, ni même une heure à perdre.

Il bondit chez Mme de Chaulnes, sa maîtresse. Il la trouva inquiète de ne pas avoir vu depuis quarante-huit heures son jeune amant. Sans vouloir lui donner les raisons de sa brusque décision, Cantor l'avertit qu'il lui fallait s'embarquer d'urgence pour la Nouvelle-France, et que, dans ce dessein, il se faisait besoin d'une somme de vingt mille livres.

Mme de Chaulnes crut que le monde se fendait en deux.

Elle poussa un cri terrible dont l'écho ne pouvait lui revenir aux oreilles sans qu'elle se sentît pétrie de honte, de détresse et de déchirante concupiscence. Un cri de bête frustrée.

– Non !... Pas vous !... jamais ! Ne me quittez pas !...

Il la regarda avec une stupeur indignée.

– Ne savez-vous donc pas, Madame, que rien ne dure éternellement ? Voilà pourquoi il nous faut cueillir le fruit et le savourer quand il nous est donné... Vous le saviez bien quand vous m'avez reçu en votre lit. Il n'y a nulle pérennité au monde !... Je dois partir !...

Elle l'imaginait seul galopant sur des chemins, attaqué par des bandits, noyé...

– Mais la mer !... gémit-elle.

Il rit. La mer ?... Ce n'était rien. Quelques mauvaises semaines à se laisser balancer au gré des vagues, en rêvant, en fredonnant, lié au sort de la nef qui vous porte, une question de patience !

Sa jeunesse étincelante lui donna le regret de n'avoir pas su prendre les choses de la vie gaiement quand elle avait son âge.

– Tu vas le rejoindre ?... Le petit animal des bois ?...

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