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Le clan de l'ours des cavernes

Электронная книга - «Le clan de l'ours des cavernes». Краткое содержание книги:

Il y a 35.000 ans, la terre se réchauffe lentement, alors que l’homme se dégage peu à peu de la bête, maîtrise l’outil et le feu. Une fillette de 5 ans, nommée Ayla, échappe à un tremblement de terre. Elle se réfugie auprès d’un clan étranger qui l’adopte.
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En voyant Uba s’accrocher désespérément aux jambes de sa mère, l’air effarouché, Ayla s’agenouilla auprès de la petite fille.

— Tu me vois, toi, Uba ? Je suis là, dit Ayla.

Mais Ebra se précipita aussitôt vers l’enfant et l’emporta dans ses bras.

— Je veux Ayla ! cria la petite fille en se débattant pour descendre.

— Ayla est morte, Uba. Ce n’est plus elle que tu vois, c’est son esprit. Laisse-le trouver son chemin vers l’autre monde. Si tu lui parles ou si tu le regardes, il t’emmènera avec lui. Ne le regarde surtout pas, Uba.

Ayla s’effondra sur le sol. Elle avait imaginé toutes sortes d’horreurs en pensant à la malédiction qui l’attendait, mais la réalité se révélait pire encore. Elle avait cessé d’exister aux yeux du clan. La vraie Ayla ne faisait plus partie de leur monde. Ils ne lui jouaient pas une sinistre comédie destinée à lui faire peur ; elle avait cessé d’exister. Elle n’était plus qu’un esprit qui donnait encore une apparence de vie à son corps, mais la vraie Ayla était morte. La mort pour le Peuple du Clan n’était qu’un changement d’état, un voyage vers une autre dimension. L’essence de la vie ne pouvait être qu’un esprit, une force invisible. Une personne pouvait être vivante et, l’instant d’après, morte sans qu’il y ait une modification notable, apparente. L’esprit d’Ayla ne faisait plus partie de leur monde ; il avait été chassé de leur réalité, et peu leur importait que le corps qui restait fût froid et immobile ou chaud et animé.

Par ailleurs, il leur paraissait évident que ce corps même cesserait bientôt d’exister, quand il saurait que l’esprit qui l’avait animé l’avait déserté pour le monde invisible. Personne ne croyait franchement qu’elle reviendrait jamais, pas même Brun. Son corps, cette enveloppe vide, ne pourrait jamais tenir jusqu’au retour de son esprit. Sans la vie spirituelle, le corps était incapable de manger, de boire, et il se détériorait rapidement. Quand une telle croyance était aussi fermement enracinée dans les mentalités, quand les êtres aimés ne reconnaissaient plus votre existence, il n’y avait plus de raison de manger, de boire ou de vivre.

Mais aussi longtemps que l’esprit restait à proximité de la caverne, animant un corps qui en était désormais détaché, les forces qui dirigeaient cet esprit représentaient un danger pour les membres du clan. On avait déjà vu la compagne ou le compagnon d’une personne condamnée à la Malédiction Suprême succomber à son tour peu de temps après. Aussi tout le monde désirait-il que l’esprit d’Ayla disparaisse au plus vite.

Dans un climat de tension, chacun retourna à ses occupations habituelles. Creb et Iza se dirigèrent vers la caverne, et Ayla les suivit. Personne n’essaya de l’en empêcher et l’on se contenta de tenir Uba à l’écart. Iza fit un ballot de toutes les affaires de la jeune fille, sans oublier sa couverture de fourrure et l’herbe de sa paillasse, qu’elle sortit avec l’aide de Creb de la caverne. Après en avoir fait un gros tas sur un bûcher prêt à être allumé, elle rentra précipitamment tandis que le sorcier y mettait le feu.

Avec un désespoir croissant, Ayla vit Creb nourrir les flammes de tous ses biens. Si son châtiment n’exigeait pas de cérémonie célébrant sa mort, toutes traces de son existence devaient être effacées ; rien de ce qui pouvait l’inciter à revenir ne devait subsister. Elle vit son bâton à fouir jeté au feu, puis son panier, ses vêtements de peau. Lorsque Creb saisit sa fourrure favorite, ses mains tremblèrent légèrement. Il la serra un instant contre son cœur avant de la jeter dans les flammes...

— Creb, je t’aime, s’écria Ayla, en larmes.

Le sorcier ne semblait pas la voir ; il ramassa la petite sacoche de guérisseuse qu’Iza avait confectionnée juste avant la fatale chasse au mammouth, et la jeta dans le bûcher.

— Non, Creb, non ! Pas mon sac de guérisseuse ! gémit Ayla, le cœur brisé.

Mais il était trop tard, le cuir commençait déjà à se racornir sous l’effet de la chaleur.

Incapable d’en supporter davantage, Ayla, aveuglée par les larmes, s’élança dans le sentier, puis s’enfonça dans la forêt en courant éperdument. Elle traversa comme une folle les épais taillis et les branches qui obstruaient le passage, indifférente aux égratignures qui lui striaient les bras et les jambes. Puis elle traversa la rivière glacée, insensible au froid qui lui engourdissait les pieds, et alla s’écrouler dans l’herbe mouillée, souhaitant de tout son cœur que la mort vienne au plus vite mettre un terme à ses souffrances.

La jeune fille risquait fort de voir se réaliser ce souhait. Isolée dans son monde de chagrin et de peur, elle n’avait ni mangé ni bu depuis son retour il y avait plus de deux jours. Elle ne portait aucun vêtement chaud, et ses pieds étaient bleuis de froid. Faible, déshydratée, l’hypothermie et la mort la guettaient. Mais du tréfonds d’elle-même monta le même désir qui l’avait poussée à survivre, quand elle avait erré seule, toute petite alors, après la disparition des siens dans un tremblement de terre. Elle parvint tant bien que mal à se relever, flageolant sur ses jambes, les pieds engourdis par le froid. Elle se laissa conduire par l’habitude et, sans y penser, emprunta le chemin familier qui conduisait à sa prairie. Dégageant l’épais feuillage qui dissimulait aux regards indiscrets l’entrée de la faille dans la paroi rocheuse, elle pénétra dans son antre.

Sa grotte lui parut beaucoup plus exiguë qu’à l’accoutumée. Elle y découvrit la vieille fourrure qu’elle avait apportée un jour et s’en enveloppa pour se réchauffer. Elle y trouva également une peau de bête qu’elle avait bourrée d’herbe pour s’en faire une couche, puis elle chercha son couteau. Elle réussit à le trouver, à demi enfoui dans la terre, et entreprit de se confectionner de nouvelles chausses dans la peau de bête pour remplacer les siennes, qu’elle put ainsi mettre à sécher.

Il faut que je fasse du feu, se dit-elle. Tiens, voilà mon écuelle en écorce de bouleau, elle me sera utile pour aller chercher de l’eau. Ma vieille fronde ! J’avais oublié que je l’avais laissée là. Elle est trop petite pour moi, maintenant, il faudra que je m’en confectionne une nouvelle. Les yeux sur la lanière de cuir craquelé, elle songea soudain à la malédiction qui l’avait frappée. Je suis morte, se dit-elle. Comment puis-je penser à faire du feu et à me confectionner une nouvelle fronde ? J’ai froid, j’ai faim... je ne me sens absolument pas morte ! A quoi ressemble la mort ? Mon esprit se trouve-t-il dans l’autre monde ? Je ne sais même pas à quoi peut ressembler mon esprit. Creb dit qu’on ne les voit jamais, mais qu’on peut s’adresser à eux. Pourquoi Creb ne me voyait-il plus ? Pourquoi personne ne faisait plus attention à moi ? Si je suis morte, pourquoi penser aux frondes et au feu ? Parce que j’ai faim ! Parce que sans fronde je ne pourrai jamais chasser, je ne pourrai jamais manger !

Le cuir de la vieille fourrure étant trop raide pour y tailler une fronde, elle se servit de son vêtement à la peau souple et fine. Il manquait à l’arme le renflement pour y loger les pierres, mais elle jugea qu’elle ferait néanmoins l’affaire.

C’était la première fois qu’elle allait tuer des animaux pour se nourrir. Si le lapin qu’elle visa était rapide, il ne le fut pas assez pour échapper à son tir précis. Elle se rappela avoir aperçu un castor près du ruisseau et l’abattit avant qu’il eût le temps de plonger dans l’eau. Puis elle rapporta son précieux butin à la grotte, ramassant en chemin un nodule de pierre grise qu’elle savait contenir du silex.

Il lui fallut du temps et un effort soutenu pour faire naître en frottant deux morceaux de bois sec l’un contre l’autre une petite étincelle qui bientôt mit le feu aux herbes sèches tirées de sa paillasse, auxquelles elle s’empressa d’ajouter des brindilles, puis des morceaux plus gros provenant de l’étagère sur laquelle elle disposait ses quelques ustensiles.

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