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L'homme des jeux [The Player of Games - fr]

Электронная книга - «L'homme des jeux [The Player of Games - fr]». Краткое содержание книги:

Gurgeh est l’un des plus célèbres joueurs de jeux que la Culture ait jamais connu. Il joue, gagne, enseigne, théorise. La Culture est une immense société galactique, pacifiste, multiforme, anarchiste, tolérante, éthique et cynique. Elle est composée d’humains, d’Intelligences Artificielles et d’espèces étrangères qui ont accepté ses valeurs. Elle cultive les loisirs et les jeux qui ont le statut d’un art majeur.
Le Contact, service de la Culture spécialisé dans l’évaluation et l’infiltration de civilisations étrangères nouvellement découvertes, considère l’Empire d’Azad, terrifiant de puissance et de cruauté, comme un danger potentiel. L’Empire repose, historiquement, sur un jeu infiniment complexe dont le gagnant devient Empereur.
Si bien que Gurgeh, contre son gré, manipulé mais fasciné par le défi, se retrouve à cent mille années-lumière de sa confortable demeure, devenu un pion des IA qui régissent la Culture et lancé dans le formidable jeu d’Azad.
Avec la série de la Culture, Iain Banks renouvelle avec panache et humour l’aventure spatiale. Comme dans L’usage des armes, il construit une société d’envergure galactique, bigarrée, baroque et attachante qui deviendra une référence dans l’histoire des futurs.
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Gurgeh s’était également mis à regarder les chaînes qui montraient l’armée impériale écrasant sous sa botte les sauvages et les infidèles qu’elle avait pour mission de civiliser, dans de lointaines régions de l’Empire. Il demanda au module de décrypter les émissions militaires de haut niveau diffusées par les forces armées dans le but apparent de faire concurrence aux chaînes récréatives de la cour, encore plus cryptées.

Les émissions militaires montraient des scènes d’exécution et de torture de créatures étrangères. Parfois, on voyait exploser ou brûler les bâtiments et œuvres d’art de l’espèce récalcitrante ou révoltée ; on ne présentait que très rarement ce genre de choses sur les chaînes d’informations générales, pour la bonne raison que toutes les créatures non-eächic étaient naturellement présentées comme des monstres non civilisés, des simples d’esprits dociles ou des sous-humains traîtres et avides, tous aussi incapables les uns que les autres d’atteindre à l’art et la civilisation authentiques. Dans quelques cas, lorsque c’était physiquement possible, on montrait des Azadiens mâles – mais jamais des apicaux – violant des sauvages.

Il ne plaisait guère à Flère-Imsaho que Gurgeh apprécie de tels spectacles, singulièrement parce que c’était lui qui avait fait connaître à son compagnon les émissions brouillées ; mais au moins ne paraissait-il pas retirer de ces scènes une quelconque stimulation sexuelle. Il ne s’attardait pas devant elles aussi longtemps que les Azadiens, dont le drone connaissait maintenant les pratiques. Il regardait, il prenait acte, puis il passait rapidement à autre chose.

Il passait toujours le plus clair de son temps à analyser des jeux à l’écran. Mais les signaux codés et les avanies de la presse l’en détournaient constamment ; c’était comme une drogue.

« Je n’aime pas les bagues.

« Peu m’importent vos goûts, Jernau Gurgeh. Une fois sur les terres de Hamin, vous ne serez plus dans le module. Il pourra m’arriver de m’éloigner, et de toute façon je ne suis pas spécialiste en toxicologie. Vous allez absorber leurs mets et leurs boissons, et il y a chez eux de fameux chimistes et exobiologistes. Tandis que si vous portez une de ces bagues à chaque main – de préférence à l’index –, vous serez normalement protégé contre les tentatives d’empoisonnement. Si vous ressentez un unique élancement, c’est qu’il s’agit d’une drogue non mortelle, par exemple un hallucinogène ; trois élancements, c’est qu’on tente de se débarrasser de vous.

« Que signifient deux élancements ?

« Je n’en sais rien ! Sans doute une panne. Alors, vous les mettrez ?

« Elles ne me vont vraiment pas.

« Et un linceul ? Ça vous irait, un linceul ?

« Elles sont désagréables au toucher.

« Qu’importe, du moment que ça marche.

« Pourquoi pas une amulette qui repousse les balles ?

« Vous êtes sérieux ? Parce que dans ce cas il y a bel et bien à bord une parure de bijoux abritant un capteur passif à écran anti-impact ; mais ils se serviront plutôt de FAR… »

Gurgeh agita une main (baguée).

« Oh, oublions tout ça. »

Sur quoi il se rassit et se brancha sur une chaîne diffusant des exécutions militaires.

La machine avait du mal à lui parler ; il n’écoutait pas. Elle tenta de lui expliquer qu’en dépit des horreurs auxquelles il avait assisté en ville et à l’écran, il n’y avait rien que la Culture pût faire sans que le remède soit pire que le mal. Elle essaya de lui dire que la section Contact – ainsi que la Culture tout entière, en fait – était dans la même situation que lui : dissimulés sous leurs pèlerines, ils se tenaient à l’écart, incapables de porter secours à l’homme qui gisait, blessé, au milieu de la rue ; ils devaient s’en tenir à leur déguisement et attendre le moment propice… Mais soit aucun de ces deux arguments ne l’atteignait, soit l’homme pensait tout à fait à autre chose, car il ne montrait aucune réaction et refusait toute discussion à ce propos.

Dans l’intervalle entre la fin de la partie contre Bermoiya et leur départ pour la propriété de Hamin, Flère-Imsaho ne sortit presque pas. Il préféra rester au module, avec Gurgeh, à se faire du souci.

« Monsieur Gurgeh ? Ravi de faire votre connaissance. (Le vieil apical tendit la main. Gurgeh s’en saisit.) Vous avez fait bon voyage, j’espère ?

« Nous avons fait bon voyage, en effet, merci », répondit Gurgeh.

Ils se tenaient sur le toit d’un bâtiment bas entouré d’une végétation d’un vert luxuriant qui donnait sur les eaux paisibles de la mer intérieure. La maison était pratiquement enfouie sous la flore bourgeonnante ; seul le toit se trouvait bien à l’écart des cimes mouvantes. Non loin de là, on voyait des écuries abritant des montures diverses, et à différents niveaux de la demeure se dressaient de hauts portiques d’une élégante finesse qui décrivaient dans le sous-bois ombrageux de majestueux arcs de cercle entre les troncs massés en rangs serrés, et qui donnaient accès aux plages de sable d’or ainsi qu’aux pavillons et tonnelles de la propriété. Dans le ciel, d’énormes nuages incendiés de soleil s’empilaient, étincelants, au-dessus du lointain continent.

« “Nous”, dites-vous ? interrogea Hamin tandis qu’ils traversaient le toit et confiaient les bagages de Gurgeh à des mâles en livrée.

« Oui, le drone Flère-Imsaho et moi-même, l’informa Gurgeh en indiquant d’un mouvement de tête la grosse machine vrombissante qui flottait à la hauteur de son épaule.

« Ah, oui ! s’exclama l’apical en éclatant de rire. (Son crâne chauve brillait sous la double lumière solaire.) La machine dont certains disent qu’elle a contribué à vos succès. »

Ils descendirent jusqu’à une terrasse tout en longueur équipée de nombreuses tables, où Hamin présenta Gurgeh – et le drone – à divers individus, pour la plupart apicaux, encore qu’on remarquât quelques femmes, d’ailleurs fort élégantes. Il n’y avait qu’une seule personne que Gurgeh connût déjà : ce fut un Lo Shav Olos souriant qui posa son verre pour se lever de table et serrer la main de Gurgeh.

« Monsieur Gurgeh ! Quel plaisir de vous revoir ! La chance vous a accompagné et votre compétence s’est accrue. C’est une formidable réussite ! Félicitations, encore une fois. »

Le regard de l’apical se fixa brièvement sur les doigts bagués de Gurgeh.

« Je vous remercie, répondit ce dernier. J’aurais bien volontiers renoncé au prix qu’a coûté cette victoire.

« Naturellement. Vous ne cessez de nous surprendre, monsieur Gurgeh.

« Je finirai bien par y arriver.

« Vous êtes trop modeste. »

Olos sourit et se rassit. Gurgeh déclina l’offre qui lui fut faite de se retirer dans ses appartements pour se rafraîchir ; il se sentait déjà on ne peut plus frais et dispos. Il prit place à la table de Hamin, où se trouvaient déjà d’autres directeurs en poste au Collège de Candsev, ainsi que quelques officiels de la cour. On servit des vins glacés et des amuse-gueule épicés. Flère-Imsaho se posa par terre aux pieds de Gurgeh et se tint relativement tranquille. Les bagues ne décelèrent pas d’autre danger que l’alcool dans tout ce qu’on lui présenta.

Au fil de la conversation, on évita soigneusement d’aborder le sujet de la dernière partie livrée par Gurgeh. Personne ne se trompa sur la prononciation de son nom. Les directeurs de collège l’interrogèrent sur son style-de-jeu très personnel, et il répondit du mieux qu’il pouvait. Les officiels de la cour s’enquirent poliment de son monde d’origine, et il répondit par un ramassis de mensonges sur la prétendue planète où il vivait. Ils lui posèrent des questions sur Flère-Imsaho, et Gurgeh crut que la machine allait répondre ; voyant qu’elle n’en faisait rien, il leur révéla la vérité : la machine était considérée par la Culture comme une personne à part entière ; elle était libre d’agir à sa guise, et ne lui appartenait pas.

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