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READ-E-BOOK » Космическая фантастика » L'homme des jeux [The Player of Games - fr]
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L'homme des jeux [The Player of Games - fr]

Электронная книга - «L'homme des jeux [The Player of Games - fr]». Краткое содержание книги:

Gurgeh est l’un des plus célèbres joueurs de jeux que la Culture ait jamais connu. Il joue, gagne, enseigne, théorise. La Culture est une immense société galactique, pacifiste, multiforme, anarchiste, tolérante, éthique et cynique. Elle est composée d’humains, d’Intelligences Artificielles et d’espèces étrangères qui ont accepté ses valeurs. Elle cultive les loisirs et les jeux qui ont le statut d’un art majeur.
Le Contact, service de la Culture spécialisé dans l’évaluation et l’infiltration de civilisations étrangères nouvellement découvertes, considère l’Empire d’Azad, terrifiant de puissance et de cruauté, comme un danger potentiel. L’Empire repose, historiquement, sur un jeu infiniment complexe dont le gagnant devient Empereur.
Si bien que Gurgeh, contre son gré, manipulé mais fasciné par le défi, se retrouve à cent mille années-lumière de sa confortable demeure, devenu un pion des IA qui régissent la Culture et lancé dans le formidable jeu d’Azad.
Avec la série de la Culture, Iain Banks renouvelle avec panache et humour l’aventure spatiale. Comme dans L’usage des armes, il construit une société d’envergure galactique, bigarrée, baroque et attachante qui deviendra une référence dans l’histoire des futurs.
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Il fit entendre un gémissement. Gurgeh s’approcha et fit mine de se pencher sur lui.

« Surtout, ne le touchez pas ! (La voix du drone arrêta Gurgeh, aussi net qu’un mur de brique.) Si n’importe lequel de ces individus aperçoit vos mains ou votre visage, vous êtes un homme mort. Vous n’êtes pas de la bonne couleur, Gurgeh. Écoutez-moi ; il naît encore quelques centaines de bébés à peau sombre par an ; il faut bien que les gènes s’expriment. La loi veut qu’on les étrangle et que leur corps soit remis à la Commission d’Eugénisme en échange d’une récompense, mais quelques personnes risquent la mort pour les élever, quitte à leur blanchir la peau à mesure qu’ils grandissent. Si jamais on vous prenait pour l’un d’entre eux, surtout sous couvert d’une pèlerine de disciple, vous vous feriez écorcher vif. »

Gurgeh recula, la tête soigneusement baissée, et remonta sur le trottoir d’un pas mal assuré.

Le drone lui montra des prostitués (surtout des femmes) qui vendaient leurs charmes aux apicaux pour quelques minutes, quelques heures ou pour toute la nuit. Dans certains quartiers de la ville, commenta le drone tandis qu’ils longeaient les rues obscures, on trouvait des apicaux ayant perdu un bras ou une jambe et qui n’avaient pas les moyens de se payer un greffon prélevé sur un criminel. Ceux-là louaient leur corps aux mâles.

Gurgeh vit de nombreux infirmes. Ils s’installaient au coin des rues pour vendre des bibelots ou jouer des airs sur des instruments de fortune aux sonorités grinçantes. Il y avait des aveugles, des manchots, des culs-de-jatte. Gurgeh regardait ces êtres abîmés et sentait la tête lui tourner ; il avait l’impression que le revêtement rugueux de la rue s’inclinait et se soulevait sous ses pieds. L’espace d’un instant, il lui parut que la cité, la planète, l’Empire tout entier tournoyaient autour de lui en un enchevêtrement frénétique et tourbillonnant de formes cauchemardesques ; une constellation de souffrance et d’angoisse, un ballet infernal de torture et de mutilation.

Ils longèrent des échoppes tapageuses emplies de verroterie aux couleurs criardes ; des boutiques d’État où l’on achetait de l’alcool et des drogues ; des étalages de statuettes, livres, objets artisanaux et autres articles pieux, plus tout un attirail de cérémonie ; des kiosques vendant des billets pour les exécutions, les amputations, les séances de torture et de viol public – dues pour la plupart à des paris corporels perdus à l’Azad –, ainsi que des vendeurs à la criée offrant des billets de loterie, des entrées au bordel ou encore des drogues illégales. Un fourgon de surface arriva, rempli de policiers : la patrouille de nuit. Quelques vendeurs à la sauvette détalèrent dans les allées adjacentes, et deux ou trois kiosques refermèrent précipitamment leurs contrevents au moment où le fourgon passait, pour les rouvrir dès qu’il s’était un peu éloigné.

Dans un minuscule jardin public, ils tombèrent sur un apical tenant en laisse deux mâles débraillés et une femelle à l’air maladif. Il leur faisait faire des tours, qu’ils comprenaient invariablement de travers ; un petit groupe faisait cercle autour d’eux et riait de leurs bouffonneries. Le drone l’informa que ces trois-là étaient presque certainement des malades mentaux dont personne ne pouvait ou ne voulait payer les frais d’hospitalisation, et qui avaient sans doute été déchus de leur citoyenneté puis vendus à l’apical. L’homme et la machine regardèrent ces pathétiques créatures en haillons s’efforcer de grimper aux réverbères ou de former une pyramide précaire, puis Gurgeh se détourna. Le drone lui dit que, parmi toutes celles qu’il croisait dans la rue, une personne sur dix serait, à un moment ou à un autre de sa vie, traitée pour troubles mentaux. La proportion était plus élevée chez les mâles que chez les apicaux, et plus forte chez les femelles que chez les deux autres sexes. La même proportion s’appliquait aux statistiques du suicide, lequel demeurait illégal.

Flère-Imsaho dirigea ses pas vers un hôpital qu’il lui décrivit comme typique. Comme le quartier tout entier, il était à l’image de l’ensemble de la ville. Il était tenu par des religieux, et une grande partie de ses employés étaient bénévoles. Le drone lui dit que tout le monde le prendrait pour un disciple venu rendre visite à l’une de ses ouailles, mais que de toute façon le personnel était trop occupé pour poser des questions. La traversée de l’hôpital le laissa médusé.

Il y avait des amputés, comme dans la rue, mais aussi des gens dont la peau était d’une teinte bizarre, ou couverte de croûtes et de meurtrissures. Certains n’avaient que la peau sur les os, une peau grisâtre et tendue à l’extrême. D’autres gisaient là, cherchant leur souffle ou vomissant bruyamment derrière de minces paravents, gémissant, marmonnant ou hurlant. Il vit des êtres encore tout couverts de sang attendant qu’on les prenne en charge, des gens pliés en deux qui crachaient le sang dans de petits bassins et d’autres qui, sanglés dans leurs lits-cages, se tapaient la tête contre les barreaux, la bave aux lèvres.

Partout il y avait foule : on ne comptait plus les lits, les chariots, les matelas à même le sol ; et partout les remugles pénétrants de la chair gangrenée, du désinfectant puissant et des déjections.

C’était une mauvaise nuit, mais pas pire que la moyenne, le renseigna le drone. L’hôpital connaissait une affluence inhabituelle parce qu’il était arrivé plusieurs vaisseaux ramenant les blessés de l’Empire victorieux. En outre, les gens avaient touché leur semaine et ne travaillaient pas le lendemain ; ce soir-là, traditionnellement, ils sortaient, se saoulaient et se bagarraient. Puis le drone se mit à lui débiter des chiffres concernant le taux de mortalité infantile, l’espérance de vie, la proportion entre sexes, les types de maladies ainsi que leur fréquence selon les différentes couches de la population, le salaire moyen, le taux de chômage, le revenu par tête en fonction de la population globale de telle ou telle région, l’impôt-naissance, l’impôt-décès, la peine encourue pour un avortement et une naissance illégitime ; il lui dit qu’il y avait des lois régissant les types de rapports sexuels, il lui parla des allocations caritatives, des soupes populaires, asiles de nuit et cliniques de premiers soins tenus par des organismes religieux. Il lui tint un discours essentiellement composé de chiffres, de totaux, de statistiques et de taux dont Gurgeh eut l’impression de ne pas saisir un traître mot. L’homme se contenta d’errer dans le bâtiment pendant des heures (c’est du moins ce qu’il lui sembla). Enfin il aperçut une porte et sortit.

Il se retrouva dans un petit jardin sombre, désert et poussiéreux qui, muré de tous-côtés, s’étendait à l’arrière de l’hôpital. Des fenêtres crasseuses s’échappait une lumière jaune qui tombait sur l’herbe grisâtre et les pavés éclatés. Le drone déclara qu’il avait encore un certain nombre de choses à lui montrer. Il voulait que Gurgeh voie un endroit où dormaient des sans-abri ; il pensait pouvoir l’introduire dans une prison en tant que visiteur…

« Je veux rentrer ! cria Gurgeh en rejetant sa capuche en arrière. Tout de suite !

« Très bien ! » jeta le drone en remettant le vêtement en place.

Ils décollèrent et montèrent en flèche pendant un long moment avant de se diriger vers l’hôtel et le module. Le drone ne prononça pas un mot. Gurgeh resta lui aussi muet, se contentant d’observer les vastes galaxies des lumières de la ville qui défilaient sous ses pieds.

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