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READ-E-BOOK » Космическая фантастика » L'homme des jeux [The Player of Games - fr]
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L'homme des jeux [The Player of Games - fr]

Электронная книга - «L'homme des jeux [The Player of Games - fr]». Краткое содержание книги:

Gurgeh est l’un des plus célèbres joueurs de jeux que la Culture ait jamais connu. Il joue, gagne, enseigne, théorise. La Culture est une immense société galactique, pacifiste, multiforme, anarchiste, tolérante, éthique et cynique. Elle est composée d’humains, d’Intelligences Artificielles et d’espèces étrangères qui ont accepté ses valeurs. Elle cultive les loisirs et les jeux qui ont le statut d’un art majeur.
Le Contact, service de la Culture spécialisé dans l’évaluation et l’infiltration de civilisations étrangères nouvellement découvertes, considère l’Empire d’Azad, terrifiant de puissance et de cruauté, comme un danger potentiel. L’Empire repose, historiquement, sur un jeu infiniment complexe dont le gagnant devient Empereur.
Si bien que Gurgeh, contre son gré, manipulé mais fasciné par le défi, se retrouve à cent mille années-lumière de sa confortable demeure, devenu un pion des IA qui régissent la Culture et lancé dans le formidable jeu d’Azad.
Avec la série de la Culture, Iain Banks renouvelle avec panache et humour l’aventure spatiale. Comme dans L’usage des armes, il construit une société d’envergure galactique, bigarrée, baroque et attachante qui deviendra une référence dans l’histoire des futurs.
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Gurgeh s’éclaircit la voix.

« Bonne nuit », répondit-il en détachant enfin son regard de l’écran obscurci.

Le drone piqua vers le sol et s’éclipsa.

Gurgeh s’assit dans un fauteuil-moule. Il contempla quelques instants ses pieds, puis se releva et sortit dans le jardin suspendu. Le jour commençait à se lever. D’une certaine manière, la ville avait l’air épuisée, refroidie. Ses innombrables lumières brillaient faiblement d’un éclat terni par l’immensité calme et bleue du ciel. En haut de l’escalier, un garde toussa et tapa des pieds, mais, de l’endroit où il se tenait, Gurgeh ne pouvait pas le voir.

Il rentra dans le module et s’étendit sur son lit. Il resta là dans le noir, les yeux grands ouverts ; puis il les ferma, se tourna sur le côté et essaya de dormir. Mais il n’y arriva pas, pas plus qu’il ne put s’obliger à sécréter une endodrogue qui lui procurerait le sommeil.

Pour finir ; il se leva et retourna au salon, là où se trouvait l’écran. Il demanda au module de se régler sur les chaînes de jeu et contempla longtemps sa propre partie contre Bermoiya, sans faire un geste ni prononcer un mot, et sans la moindre molécule d’endodrogue dans le sang.

Chapitre 18

Une ambulance carcérale était garée devant le palais des congrès. Gurgeh descendit de l’aéro et entra tout droit dans la salle de jeu. Péquil dut courir pour se maintenir à sa hauteur. L’apical ne comprenait décidément pas cet étranger qui avait refusé de dire un mot pendant tout le trajet depuis l’hôtel, alors que d’habitude, dans ce genre de circonstances, les gens ne pouvaient plus s’arrêter de jacasser… Par ailleurs, il ne paraissait pas le moins du monde inquiet ; et Péquil n’arrivait pas à concevoir cela. Tout autre que lui aurait cru lire de la colère sur ce visage aux traits tirés, livide et mangé par la barbe, mais Péquil connaissait trop bien cet étranger gauche et plutôt inoffensif.

Lo Prinest Bermoiya prit place sur un siège surélevé, juste au bord du Tablier d’Origine. Gurgeh, lui, alla se tenir sur l’aire-de-jeu proprement dite. Il se gratta la barbe du bout d’un doigt effilé, puis déplaça deux pions. Bermoiya joua à son tour, puis, lorsque la partie prit de l’ampleur – l’étranger s’efforçant désespérément d’échapper au sort qui l’attendait – le juge demanda à un certain nombre de joueurs amateurs d’exécuter ses coups à sa place. L’étranger demeura sur le tablier, déplaçant ses pièces et détalant en tous sens comme un gros insecte noir.

Bermoiya ne voyait pas du tout où l’étranger voulait en venir : il semblait procéder sans but, et jouait des coups qu’on ne pouvait qualifier que de grossières erreurs, ou bien de sacrifices inutiles. Bermoiya anéantit en partie les forces déjà considérablement affaiblies de l’étranger. Au bout d’un moment il se dit qu’après tout ce mâle avait peut-être un plan, mais un plan qui lui paraissait pour l’instant bien obscur. L’étranger s’efforçait-il de prouver quelque chose, de sauver la face d’une bien curieuse manière tant qu’il était encore un mâle ?

Comment savoir quels étranges préceptes gouvernaient en pareil moment le comportement d’une créature venue d’ailleurs ? Les coups se succédaient, pleins de promesses pour l’heure indéchiffrables. Ils s’arrêtèrent pour déjeuner, puis reprirent la partie.

Après la pause, Bermoiya ne regagna pas son tabouret ; au lieu de cela il resta debout au bord du tablier à s’efforcer de comprendre quel insaisissable et fuyant dessein l’étranger pouvait bien méditer. Il avait à présent l’impression de jouer contre un fantôme ; on aurait dit que tous deux concouraient sur des tabliers différents. Il ne parvenait jamais jusqu’à la confrontation de fait avec le mâle ; ses pièces ne cessaient de lui échapper, se déplaçant comme si l’homme prévoyait ses réactions avant même qu’il ne les conçoive.

Qu’était-il arrivé à l’étranger ? La veille encore, il avait joué très différemment. Bénéficiait-il réellement d’une aide extérieure ? Bermoiya sentit la sueur perler sur son front. Cela ne se justifiait absolument pas : il conservait une confortable avance et il était toujours bien placé pour gagner ; pourtant, voilà que tout à coup il se mettait à transpirer. Il se persuada qu’il n’y avait là rien d’inquiétant ; probablement un effet secondaire d’un des amplificateurs de concentration qu’il avait absorbés au repas de midi.

Bermoiya prit l’initiative de rétablir la situation – il fallait amener au grand jour le dessein de l’étranger, si du moins il en avait un. Sans résultat. Il tenta alors quelques manœuvres exploratoires en s’engageant un peu plus. Gurgeh attaqua instantanément.

Bermoiya apprenait l’Azad et s’y perfectionnait depuis une centaine d’années ; de plus, il avait passé cinquante ans dans les salles d’audience, à divers stades de la procédure. Il avait assisté à maintes explosions de violence de la part des criminels entendant leur sentence, et dans certaines des parties qu’il avait suivies – quand il n’y prenait pas part lui-même –, il avait observé des actions d’une soudaineté, d’une férocité surprenantes. Pourtant, l’étranger trouva le moyen d’atteindre dans ses coups suivants un degré de barbarie et de sauvagerie tel que Bermoiya n’en avait jamais vu, que ce soit dans l’un ou dans l’autre contexte. Il se dit que, sans son expérience des tribunaux, il aurait peut-être physiquement chancelé sous le coup.

Ce fut pour lui comme une série de coups de pied dans le ventre ; c’était le même le déchaînement insensé d’énergie que démontraient occasionnellement les meilleurs jeunes joueurs. Mais ici, tout était contrôlé, synchronisé, tout s’enchaînait inexorablement avant d’éclater avec une élégance, une grâce sauvage que nul débutant fougueux n’aurait pu espérer maîtriser. Au premier coup que joua alors l’étranger, Bermoiya sut quel était son plan. Au deuxième coup, il vit que le plan était excellent, et au troisième que la partie pourrait se prolonger jusqu’au lendemain avant que l’étranger ne connaisse enfin la défaite. Au quatrième, il comprit que sa position à lui, Bermoiya, n’était peut-être pas aussi imprenable qu’il l’avait cru… Au coup suivant, il se dit qu’il lui restait encore beaucoup à faire, et que finalement la partie ne durerait peut-être pas jusqu’au lendemain.

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