Ensemble, c’est tout
- Автор: Гавальда Анна
- Год: 2004
- Язык: французский
- ISBN: 2842630858
- Жанр: Современная русская и зарубежная проза
Электронная книга - «Ensemble, c’est tout». Краткое содержание книги:
histoire de torchons et de serviettes... Ce qui empêche les gens de vivre
ensemble, c'est leur connerie, pas leurs différences... Camille dessine.
Dessinais plutôt, maintenant elle fait des ménages, la nuit. Philibert, aristo
pur jus, héberge Franck, cuisinier de son état, dont l'existence tourne autour
des filles, de la moto et de Paulette, sa grand-mère. Paulette vit seule, tombe
beaucoup et cache ses bleus, paniquée à l'idée de mourir loin de son jardin. Ces
quatre là n'auraient jamais dû se rencontrer. Trop perdus, trop seuls, trop
cabossés... Et pourtant, le destin, ou bien la vie, le hasard, l'amour -appelez
ça comme vous voulez -, va se charger de les bousculer un peu. Leur histoire,
c'est la théorie des dominos, mais à l'envers. Au lieu de se faire tomber, ils
s'aident à se relever.
Le miroir se brouilla.
- Messieurs, gouailla la patronne, l'pain est arriv. Oui c'est qui veut un sandwich ? Le jeune homme ?
- Merci, a ira.
Oui, a ira.
Dans le mur ou ailleurs...
On verra.
Ils installaient le march. Franck acheta des fleurs au cul du camion, t'as l'appoint, mon gars ? et les aplatit sous son blouson.
Des fleurs, c'tait pas mal pour commencer, non ?
T'as l'appoint mon gars ? Et comment, la vieille ! Et comment !
Et, pour la premire fois de sa vie, il roula vers Paris en regardant le soleil se lever.
Philibert prenait sa douche. Il apporta son petit djeuner Paulette et l'embrassa en lui frictionnant les bajoues :
Alors mm, t'es pas bien, l ?
Mais t'es gel, toi ? D'o c'est que t'arrives encore ?
Oh l... fit-il en se relevant.
Son pull puait le mimosa. Faute de vase, il dcoupa une bouteille en plastique avec le couteau pain.
H, Philou ?
- Attends une minute, je me dose mon Nesquick... Tu nous prpares la liste des courses ?
- Ouais... Comment a s'crit la rivira ?
- Avec une majuscule et sans accent.
- Merci.
Du mimosa comme sur la rivi... Riviera... Il plia son petit mot et le dposa avec le vase prs de l'escargotte.
Il se rasa.
- On en tait o dj ? demanda l'autre, de nouveau dans le miroir.
Nan, c'est bon. Je vais me dmerder...
Bon, ben... bonne chance, hein ?
Franck grimaa.
C'tait l'after-shave.
Il avait dix minutes de retard et la runion avait dj commenc.
Vl not' joli cur... signala le chef. Il s'assit en souriant.
19
Comme chaque fois qu'il tait puis, il se brla gravement. Son commis insista pour le soigner et il finit par lui tendre son bras en silence. Pas l'nergie de se plaindre, ni d'avoir mal. Machine explose. Hors service, hors d'usage, hors d'tat de nuire, hors tout...
Il revint en titubant, rgla son rveil pour tre sr de ne pas dormir jusqu'au lendemain matin, se dchaussa sans dfaire ses lacets et tomba sur son lit les bras en croix. Maintenant oui, sa main le lanait et il rprima un lllssch de douleur avant de sombrer.
Il dormait depuis plus d'une heure quand Camille si lgre ce ne pouvait tre qu'elle vint le voir en rve...
Hlas, il ne vit pas si elle tait nue... Elle tait allonge sur lui. Cuisses contre cuisses, ventre contre ventre et paules contre paules.
Elle avait pos sa bouche sur son oreille et murmu?Lestafier, je vais te violer...
Il souriait dans son sommeil. D'abord parce que c'tait un joli dlire et ensuite parce que son souffle le chatouillait par-del les abmes.
- Oui... Qu'on en finisse... Je vais te violer pour avoir une bonne raison de te prendre dans mes bras...
Mais ne bouge pas surtout... Si tu te dbats, je t'touffe mon petit gars...
Il voulut tout rassembler, son corps, ses mains et ses draps pour tre sr de ne pas se rveiller mais quelqu'un le retenait par les poignets.
la douleur, il ralisa qu'il ne rvait pas, et, parce qu'il souffrait, il comprit son bonheur.
En posant ses paumes sur les siennes, Camille sentit le contact de la gaze :
Tu souffres ?
Oui.
Tant mieux.
Et elle commena bouger.
Lui aussi.
Ttt ttt, se fcha-t-elle, laisse-moi faire...
Elle recracha un bout de plastique, le chapeauta, se cala dans son cou, un peu plus bas aussi et passa ses mains sous ses reins.
Au bout de quelques alles et venues silencieuses, elle s'agrippa ses paules, se cambra et jouit en moins de temps qu'il ne faut pour l'crire.
Dj ? demanda-t-il un peu du.
Oui...
Oh...
J'avais trop faim...
Franck referma ses bras sur son dos.
Pardon... ajouta-t-elle.
Pas d'excuse qui tienne, mademoiselle... Je vais porter plainte.
Avec plaisir...
Non, pas tout de suite... Je suis trop bien, l... Reste comme a, je t'en supplie... Oh merde...
Quoi ?
Je suis en train de te foutre de la Biafine partout...
Tant mieux, sourit-elle, a pourra toujours servir...
Franck ferma les yeux. Il venait de toucher le gros lot. Une fille douce, intelligente et coquine. Oh... Merci mon Dieu, merci... C'tait trop beau pour tre vrai.
Un peu poisseux, un peu graisseux, ils se rendormirent tous les deux, sous un drap qui sentait le stupre et la cicatrisation.
20
En se rveillant pour aller voir Paulette, Camille marcha sur son rveil et le dbrancha. Personne n'osa le rveiller. Ni la maisonne distraite, ni son chef qui prit son poste sans moufter.
Comme il devait souffrir, le pauvre...
Il sortit de sa chambre vers deux heures du matin et frappa la porte du fond.
Il s'agenouilla au pied de son matelas.
Elle lisait.
Hum... Hum...
Elle baissa son journal, leva la tte et fit l'tonne:
Un problme ?
Euh... M'sieur l'agent, je... Je viens pour une main courante...
On vous a vol quelque chose ?
H, ho, a va ! On se calme ! Il n'allait pas rpondre mon cur ou une connerie dans le genre...
C'est--dire que... euh... On s'est introduit chez moi hier...
Ah bon ?
Oui.
Mais vous tiez l ?
Je dormais...
Vous avez vu quelque chose ?
- Non.
- Comme c'est fcheux... Vous tes bien assur au moins?
- Non, repondit-il penaud.
Elle soupira :
- Voil un tmoignage bien vague... Je sais que ces choses-l ne sont jamais trs agrables, mais... Vous savez... Le mieux ce serait encore de procder une reconstitution des faits...
- Ah?
Ben oui...
D'un bond, il tait sur elle. Elle hurla.
Moi aussi j'ai la dalle, moi aussi ! J'ai rien bouff depuis hier soir et c'est toi qui vas trinquer Mary Poppins. Putain, depuis le temps que a gargouille l-dedans... J'vais me gner, tiens...
Il la dvora de la tte aux pieds.
Il commena par lui picorer les taches de rousseur puis la grignota, la becqueta, la croqua, la lcha, la goba, la pignocha, la chipota, la mordilla et la rongea jusqu' l'os. Au passage, elle prit du plaisir et le lui rendit bien.
Ils n'osaient plus s'adresser la parole ni mme se regarder.
Camille se dsola.
- Qu'est-ce qu'il y a ? s'inquita-t-il.
- Ah monsieur... Je sais, c'est trop bte, mais il m'en fallait un deuxime exemplaire pour nos archives et j'ai oubli de mettre le carbone... Il va falloir tout recommencer depuis le dbut...
- Maintenant ? ?
- Non. Pas maintenant. Mais il ne faudrait pas trop tarder quand mme... Des fois que vous oubliiez certains dtails...
- Bon... Et vous, vous... Vous croyez que je serai rembours ?
M'tonnerait...
Il a tout pris, vous savez ?
Tout ?
Presque tout...
Dur...
Camille tait allonge sur le ventre et avait pos son menton sur ses mains.
Tu es belle.
Arrte... fit-elle en s'enfouissant dans le creux de ses bras.
Nan, t'as raison, t'es pas belle, t'es... J'sais pas comment dire... T'es vivante... Tout est vivant chez toi: tes cheveux, tes yeux, tes oreilles, ton petit nez, ta grande bouche, tes mains, ton cul adorable, tes longues jambes, tes grimaces, ta voix, ta douceur, tes silences, ton... ta... tes...
Mon organisme ?
Ouais...
Je suis pas belle mais mon organisme est vivant. Super, la dclaration... On me l'avait jamais faite celle-ci...
Joue pas avec les mots, se rembrunit-il, c'est trop facile pour toi... Euh...
Quoi ?
J'ai encore plus faim qu'avant... Il faut vraiment que j'aille manger quelque chose, l...
Bon eh ben, salut... Au plaisir, comme on dit.
Il paniqua :
Tu... tu veux pas que je te ramne un truc?
Qu'est-ce que tu me proposes ? fit-elle en s'tirant.