Ensemble, c’est tout
- Автор: Гавальда Анна
- Год: 2004
- Язык: французский
- ISBN: 2842630858
- Жанр: Современная русская и зарубежная проза
Электронная книга - «Ensemble, c’est tout». Краткое содержание книги:
histoire de torchons et de serviettes... Ce qui empêche les gens de vivre
ensemble, c'est leur connerie, pas leurs différences... Camille dessine.
Dessinais plutôt, maintenant elle fait des ménages, la nuit. Philibert, aristo
pur jus, héberge Franck, cuisinier de son état, dont l'existence tourne autour
des filles, de la moto et de Paulette, sa grand-mère. Paulette vit seule, tombe
beaucoup et cache ses bleus, paniquée à l'idée de mourir loin de son jardin. Ces
quatre là n'auraient jamais dû se rencontrer. Trop perdus, trop seuls, trop
cabossés... Et pourtant, le destin, ou bien la vie, le hasard, l'amour -appelez
ça comme vous voulez -, va se charger de les bousculer un peu. Leur histoire,
c'est la théorie des dominos, mais à l'envers. Au lieu de se faire tomber, ils
s'aident à se relever.
Elle marcha plus vite. Son cur perdait les pdales.
Deuxime sonnerie. Mathilde cette fois. Elle ne prit pas non plus.
Elle rebroussa chemin et traversa la Seine. Cette petite avait le sens du romanesque et, que ce soit pour sauter de joie ou dans l'eau, le pont des Arts tait encore ce qu'il y avait de mieux Paris... Elle s'appuya contre le parapet et composa les trois chiffres de son rpondeur...
Vous avez deux nouveaux messages, aujourd'hui vingt-trois heu... Il tait encore temps de laisser tomber sans faire exprs... Plouf! Oh... Quel dommage...
Camille, rappelle-moi immdiatement o je viens te chercher par la peau du cou ! beuglait-il. Immdiatement ! Tu m'entends ?
Aujourd'hui vingt-trois heures trente-huit : C'est Mathilde. Ne le rappelle pas. Ne viens pas. Je ne veux pas que tu voies a. Il pleure comme une grosse vache, ton marchand... Il n'est pas beau voir, je te promets... Si, il est beau... Il est trs beau, mme... Merci Camille, merci... Tu entends ce qu'il dit ? Attends, je lui laisse le tlphone sinon il va m'arracher l'oreille... Je t'expose en septembre, Fauque, et ne dis pas non parce que les invitations sont dj part... Le message avait t coup.
Elle teignit son portable, se roula une cigarette et la fuma debout entre le Louvre, l'Acadmie franaise, Notre-Dame et la Concorde.
Joli tomb de rideau...
Ensuite elle raccourcit la bandoulire de sa besace et courut toutes jambes pour ne pas louper le dessert.
16
La cuisine sentait un peu le graillon mais toute la vaisselle avait t range.
Pas un bruit, toutes les lampes teintes, pas mme un rai de lumire sous les portes de leurs chambres... Pff... Elle qui tait prte bouffer la pole pour une fois...
Elle frappa chez Franck.
Il coutait de la musique.
Elle se posta au bout de son lit et mit ses poings sur ses hanches :
Ben alors ? ! s'indigna-t-elle.
On t'en a laiss quelques-unes... Je te les flamberai demain...
Ben alors ? ! rpta-t-elle. Tu me sautes pas ?
Ah ! ah ! Trs drle...
Elle commena se dshabiller.
Dis donc, mon petit pre... Tu vas pas t'en tirer comme a ! Chose promise, orgasme d !
Il s'tait redress pour allumer sa lampe pendant qu'elle jetait ses godasses n'importe o.
Mais qu'est-ce que tu fous ? O tu vas, l ?
Ben... Je me dsape !
Oh non...
Quoi ?
- Pas comme a... Attends... Moi a fait des plombes que j'en rve de ce moment...
- teins la lumire.
Pourquoi ?
J'ai peur que t'aies plus envie de moi, si tu me vois...
Mais Camille, putain ! Arrte ! Arrte ! hurlait-il.
Petite moue contrarie :
Tu veux plus ?
...
teins la lumire.
Non!
Si!
Je veux pas que a se passe comme a entre nous...
Tu veux que a se passe comment ? Tu veux m'emmener canoter au Bois ?
Pardon ?
Faire un tour en barque et me dire des pomes pendant que je laisse traner ma main dans l'eau...
Viens t'asseoir ct de moi...
teins la lumire.
D'accord...
teins la musique.
C'est tout ?
Oui.
- C'est toi ? demanda-t-il intimid.
Oui.
- T'es bien l ?
- Non...
- Tiens, prends un de mes oreillers... Comment a s'est pass ton rendez-vous ?
- Trs bien.
- Tu me racontes ?
- De quoi ?
- Tout. Je veux tout savoir, ce soir... Tout. Tout. Tout.
Tu sais, si je commence... Toi aussi, tu vas te sentir oblig de me prendre dans tes bras aprs...
Ah merde... Tu t'es fait violer ?
Non plus...
Bon, ben... Je pourrais t'arranger a si tu veux...
Oh merci... C'est gentil... Euh... Je commence par o ?
Franck imita la, voix de Jacques Martin dans L'cole des Fans :
Tu viens d'o ma petite fille ?
De Meudon...
De Meudon ? s'exclama-t-il, mais c'est trs bien, a ! Et elle est o, ta maman ?
Elle mange des mdicaments.
Ah bon ? Et ton papa, il est o, ton papa ?
Il est mort.
...
Ah ! Je t'avais prvenu mon gars ! T'as des prservatifs au moins ?
Me secoue pas comme a, Camille, je suis un peu con-con, moi, tu le sais bien... Il est mort, ton pre?
Oui.
Comment ?
Il est tomb dans le vide.
...
Bon, je te le refais dans l'ordre... Viens plus prs parce que je ne veux pas que les autres entendent...
Il remonta la couette au-dessus de leurs ttes :
Vas-y. Personne ne peut nous voir, l...
17
Camille croisa les jambes, posa ses mains sur son ventre et entreprit un long voyage.
J'tais une petite fille sans histoire et trs sage... commena-t-elle d'une voix enfantine, je ne mangeais pas beaucoup mais je travaillais bien l'cole et je dessinais tout le temps. Je n'ai pas de frre ni de sur. Mon papa s'appelait Jean-Louis et ma maman Catherine. Je pense qu'ils s'aimaient quand ils se sont rencontrs... Je ne sais pas, je n'ai jamais os leur demander... Mais quand je dessinais des chevaux ou le beau visage de Johnny Depp dans 21 Jump Street, l, ils ne s'aimaient dj plus. a j'en suis sre parce que mon papa ne vivait plus avec nous. Il ne revenait que le week-end pour me voir. C'tait normal qu'il parte et moi j'aurais fait pareil sa place. D'ailleurs, le dimanche soir j'aurais bien aim partir avec lui mais je l'aurais jamais fait parce que ma maman se serait encore
tue. Ma maman s'est tue plein de fois quand j'tais petite... Heureusement, souvent c'tait quand j'tais pas l, et puis aprs... Comme j'avais grandi, il y avait moins de gne alors euh... Une fois j'tais invite chez une copine pour son anniversire. Le soir comme ma maman ne venait pas me chercher, une autre maman m'a dpose devant chez moi et quand je suis arrive dans le salon, je l'ai vue qui tait morte sur la moquette.
Les pompiers sont venus et je suis alle vivre chez la voisine pendant dix jours. Aprs mon papa il lui a dit que si elle se tuait encore une fois, il allait lui retirer ma garde alors elle a arrt. Elle a juste continu de manger des mdicaments. Mon papa m'avait dit qu'il tait oblig de partir pour son travail mais ma maman, elle m'a interdit de le croire. Tous les jours, elle me rptait que c'tait un menteur, un salaud, qu'il avait une autre femme et une autre petite fille qui il faisait des clins tous les soirs...
Elle reprit son timbre normal :
C'est la premire fois que j'en parle... Tu vois, la tienne elle t'a dzingu avant de te remettre dans un train, mais la mienne, elle me mangeait la tte tous les jours. Tous les jours... Quelquefois elle tait gentille quand mme... Elle m'achetait des feutres et me rptait que j'tais son seul bonheur sur cette terre...
Quand il venait, mon pre s'enfermait dans le garage avec sa Jaguar et il coutait des opras. C'tait une vieille Jaguar qui n'avait plus de roues mais ce n'tait pas grave, on allait se promener quand mme... Il disait : "Je vous emmne sur la Riviera mademoiselle ?" et je m'asseyais ct de lui. J'adorais cette voiture...
C'tait quoi comme modle ?
Une MK quelque chose...
MKI ou MKII ?
Putain t'es bien un mec, toi... J'essaye de te faire pleurer dans les chaumires et la seule chose qui t'in tresse, c'est la marque de la bagnole !
Pardon.
Y a pas de mal...
Vas-y, continue...
Pff...
Alors mademoiselle ? Je vous emmne sur la Riviera ?
Oui, sourit Camille, je veux bien... Vous avez pris votre maillot de bain ? ajoutait-il, parfait... Et une robe du soir aussi ! Nous irons srement au casino... M'oubliez pas votre renard argent, les nuits sont fraches Monte Carlo... a sentait si bon l'intrieur... L'odeur du cuir qui avait bien vcu... Tout tait joli, je me souviens.".. Le cendrier en cristal, le miroir de courtoisie, les minuscules poignes pour descendre les vitres, l'intrieur de la bote gants, le bois... C'tait comme un tapis volant. Avec un peu de chance nous arriverons avant la nuit , me promettait-il. Oui, c'tait ce genre d'homme mon papa, un grand rveur qui pouvait passer les vitesses d'une voiture sur cale pendant plusieurs heures et m'emmener au bout du monde dans un garage de banlieue... C'tait un fou d'opra aussi, alors nous coutions Don Carlos, La Traviata ou Les Noces de Figaro pendant le voyage. Il me racontait les histoires : le chagrin de Madame Butterfly, l'amour impossible de Pllas et Mlisande, quand il lui avoue j'ai quelque chose vous dire et qu'il n'y arrive pas, les histoires avec la comtesse et son Chrubin qui se cache tout le temps ou Alcina, la belle sorcire qui transformait ses prtendants en btes sauvages... J'avais toujours le droit de parler sauf quand il levait la main et dans Alcina, il la levait souvent... Tornami a vagheggiar, je n'arrive plus l'couter cet air-l... Il est trop gai... Mais le plus souvent, je me taisais. J'tais bien. Je pensais l'autre petite fille. Elle n'avait pas tout a, elle... C'etait compliqu pour moi... Maintenant, videmment, j'y vois plus clair : un homme comme lui ne pouvait pas vivre avec une femme comme ma mre... Une femme qui dbranchait la musique d'un coup sec quand c'tait l'heure de passer table et clatait tous nos rves comme des bulles de savon... Je ne l'ai jamais vue heu-reuse, je ne l'ai jamais vue sourire, je... Mon pre, par contre, tait la gentillesse et la bont mmes. Un peu comme Philibert... Trop gentil en tout cas pour assumer a. L'ide d'tre un salaud aux yeux de sa petite prin-cesse... Alors un jour, il est revenu vivre avec nous... Il dormait dans son bureau et partait tous les week-ends... Plus d'escapades Salzbourg ou Rome dans la vieille Jaguar grise, plus de casinos et plus de pique-niques au bord de la mer... Et puis un matin, il devait tre fatigu, j'imagine... Trs, trs fatigu, et il est tomb du haut d'un immeuble...