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La Grande Quête

Электронная книга - «La Grande Quête». Краткое содержание книги:

À peine arrivé à la forteresse de Fal Dara, le jeune Rand n’a déjà qu’une idée en tête : fuir les noirs secrets qu’il a appris sur lui-même.
Moiraine, la puissante magicienne qui seule pourrait lui fournir des réponses, l’évite désormais comme la peste. Rand sait qu’il devrait quitter ces lieux, partir où personne ne le connaît et où il ne pourrait faire aucun mal.
Mais il est trop tard : les Aes Sedai l’ont enfermé et son seul espoir d’obtenir de l’aide à présent est Egwene, la femme qu’il pensait épouser un jour… et qui est en train de devenir elle-même une Aes Sedai.
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Durant les courtes pauses qu’autorisait la Chaire d’Amyrlin, Moiraine ne s’intéressait pas davantage aux deux jeunes femmes de Champ d’Emond.

— Elle n’a peut-être plus de temps pour nous…, soupira tristement Egwene, après deux ou trois jours de voyage.

Moiraine était la seule Aes Sedai qu’elle connaissait et la seule – même si elle répugnait à le reconnaître – à qui elle accordait sa confiance.

— Elle nous a repérées, et nous voilà en chemin pour Tar Valon. Je suppose qu’elle a d’autres soucis en tête, maintenant…

Nynaeve eut un rire grinçant.

— Elle en aura fini avec nous quand elle mangera les pissenlits par la racine – ou quand nous serons six pieds sous terre. Elle est sacrément rusée, cette harpie !

D’autres Aes Sedai que Moiraine vinrent sous la tente des deux villageoises. Le premier soir, Egwene faillit s’évanouir lorsqu’une sœur plutôt enveloppée, le visage carré et les cheveux gris, fit irruption dans son fief. Levant les yeux vers la lampe pendue au piquet central, l’Aes Sedai avait simplement plissé le front pour augmenter l’intensité de la lumière.

Egwene eut l’impression d’avoir senti et peut-être même distingué quelque chose tandis que la sœur canalisait le Pouvoir. Selon Moiraine, une fois formée, elle serait effectivement en mesure de voir qu’une Aes Sedai invoquait sa magie. Avec l’expérience, elle finirait par savoir reconnaître une sœur potentielle, même quand elle ne puiserait pas dans la Source Authentique.

— Je suis Verin Mathwin, dit avec un sourire la femme au regard sans cesse en mouvement, comme si elle était en permanence à l’affût d’informations ou de connaissances. Et vous êtes Egwene al’Vere et Nynaeve al’Meara, originaires de Deux-Rivières, un territoire qui se nommait jadis Manetheren. Un sang pur et fort, vraiment. Et qui chante à mes oreilles.

Alors qu’elles se levaient, Egwene et Nynaeve échangèrent un regard dubitatif.

— Est-ce une convocation de la Chaire d’Amyrlin ? demanda Egwene.

Verin éclata de rire. À la lueur de la lampe, Egwene remarqua que l’Aes Sedai avait une tache d’encre sur le nez.

— La Chaire d’Amyrlin ? Bien sûr que non ! Elle n’a pas de temps à consacrer à deux jeunes recrues qui ne sont même pas encore des novices ! Encore que, sait-on jamais ? Vous êtes très douées, toutes les deux, et toi encore plus que ton amie, Nynaeve. Un jour… (Verin se tapota le nez, juste au-dessus de la tache d’encre.) Mais nous n’en sommes pas encore là… Je suis ici pour te donner une leçon, Egwene. Tu as mis la charrue avant les bœufs, mon enfant, j’en ai peur…

La jeune fille regarda nerveusement son amie.

— Qu’ai-je fait ? Je n’ai pas conscience d’avoir commis une erreur…

— Une erreur, pas vraiment, dit Verin, mais plutôt un acte dangereux… (Verin s’assit en tailleur sur le sol recouvert de toile de tente.) Assises, toutes les deux ! Je n’ai aucune envie de me tordre le cou pour vous voir.

Egwene prit place face à l’Aes Sedai et s’efforça de ne pas regarder la Sage-Dame.

Inutile d’avoir l’air coupable avant de savoir si je le suis vraiment… Et, même dans ce cas, il vaudrait peut-être mieux que je m’abstienne…

— Quel est donc l’acte dangereux que j’aurais commis ? Sans que ce soit une erreur, cependant…

— Eh bien, tu as canalisé le Pouvoir, mon enfant.

— Moiraine me… Moiraine Sedai me dispensait des leçons, et…

Verin leva une main pour obtenir le silence. Les deux amies lui obéirent. Même si elle semblait bienveillante et un peu tête en l’air, elle restait une Aes Sedai.

— Petite, crois-tu que nous donnions des cours à toutes les filles qui ambitionnent de rejoindre nos rangs ? Bien sûr, tu n’es pas n’importe quelle fille, mais la question demeure…

Verin se tut, attendant une réaction.

— Pourquoi Moiraine a-t-elle joué les formatrices, dans ce cas ? demanda Nynaeve.

Elle n’avait pas eu droit à des cours particuliers et Egwene se demandait si elle n’en gardait pas une certaine amertume.

— Parce que Egwene avait déjà canalisé le Pouvoir.

— Moi aussi…, souffla Nynaeve. Et pourtant…

— Les circonstances étaient très différentes, mon enfant. Tu es encore vivante, la preuve éclatante que tu as su gérer toute seule les diverses crises liées à la découverte naturelle de ton don. Tu as conscience d’être très chanceuse, n’est-ce pas ? Sur quatre femmes contraintes d’agir comme tu l’as fait, une seule survit au bout du compte. Bien entendu, les Sauvages… (Verin fit la grimace, l’air navrée.) Excusez-moi, mais c’est ainsi, à la Tour Blanche, que nous appelons les femmes capables de contrôler leur don, si rudimentaire que soit la méthode qu’elles emploient. Les Sauvages ont bien entendu d’énormes difficultés. Presque toujours, elles érigent des murailles mentales afin de ne pas avoir conscience de ce qu’elles font, et ces barrières leur compliquent encore la tâche. Plus ils sont anciens, et moins ces murs sont faciles à abattre. Mais quand on y parvient… Ma foi, certaines sœurs parmi les plus puissantes de l’histoire étaient à l’origine des Sauvages.

Très nerveuse, Nynaeve lorgna la sortie comme si elle bouillait d’envie de s’éclipser.

— Je ne vois pas en quoi tout ça me concerne, dit Egwene.

Verin la regarda, l’air de n’en croire ni ses yeux ni ses oreilles.

— Toi ? Petite, ça n’a rien à voir avec toi. Ton problème est très différent. La plupart des filles qui veulent intégrer notre ordre – y compris celles qui possèdent comme toi une étincelle de Pouvoir – sont en même temps terrorisées par ce que ça représente. Même une fois admises dans la tour, après avoir appris les bases indispensables, elles ont besoin d’être guidées pas à pas par une sœur ou une Acceptée. Et ce pendant des mois. Toi, c’est une tout autre affaire ! Selon Moiraine, tu es allée de l’avant dès que tu as su que tu en avais la possibilité, marchant dans le noir sans jamais te demander si un trou sans fond n’allait pas s’ouvrir sous tes pieds.

» Tu n’es pas la première, sache-le. Moiraine était exactement pareille. Dès qu’elle a vu comment tu agissais, elle a été obligée de te donner des leçons. Ne t’a-t-elle pas expliqué tout ça, au début ?

— Jamais, non…, répondit Egwene, furieuse d’entendre trembler sa voix. Elle avait d’autres… préoccupations.

Nynaeve ricana méchamment.

— Moiraine n’a jamais jugé utile de dire aux gens ce qu’ils n’ont pas absolument besoin de savoir. La connaissance n’a pas toujours une utilité évidente, mais la non-connaissance est logée à la même enseigne. Pour ma part, je préfère ne pas être dans l’ignorance.

— Il y en a un ? demanda soudain Egwene. Un trou sans fond, je veux dire ?

— Eh bien, à l’évidence, il n’y en a pas eu jusque-là, mon enfant… Mais qui sait ce que te réserve le prochain pas ? Vois-tu, plus tu tentes d’accéder à la Source Authentique et de canaliser le Pouvoir, plus cela devient facile. Au début, tu essaies de toucher la Source et tes mains se referment sur le vide. D’autres fois, tu parviens à entrer en contact avec le saidar, tu sens le Pouvoir couler en toi, mais tu es incapable de l’utiliser. Ou tu t’en sers, mais le résultat n’est pas du tout celui que tu visais. Tout le danger est là ! En règle générale, lorsqu’une fille suit la formation requise, sa peur de mal faire jouant comme un frein salutaire, l’aptitude à toucher la Source et le don de canaliser le Pouvoir lui viennent en même temps que l’art si délicat de contrôler ce qu’elle fait. Mais tu as commencé sans que quiconque puisse t’enseigner les rudiments du contrôle. Je sais que tu te tiens pour une débutante – et tu as entièrement raison – mais tu es en quelque sorte une personne qui as appris la course avant d’avoir su marcher. Si tu ne rattrapes pas ton retard, tu finiras par t’étaler, c’est inévitable. Cela dit, ta chute n’aura rien à voir avec les maux qui frappent les hommes capables de canaliser le Pouvoir. Si des sœurs te forment, tu ne mourras pas et tu ne perdras pas la raison, mais le danger existe quand même. (Une fraction de seconde, Verin ne donna plus du tout l’impression d’être tête en l’air et son regard, qui passait sans cesse d’Egwene à Nynaeve, parut aussi dur que celui de la Chaire d’Amyrlin.) Ton don est très puissant, ma fille, et cette puissance augmentera encore. Tu dois savoir la contrôler avant de te blesser toi-même, de nuire à quelqu’un ou de maltraiter un grand nombre de gens. C’est ce que Moiraine a tenté de t’apprendre. Voilà pourquoi je suis ici ce soir. En chemin, une sœur viendra te voir chaque soir afin de t’aider jusqu’à ce que tu sois entre les mains compétentes de Sheriam. La Maîtresse des Novices, pour ton information…

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