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La Grande Quête

Электронная книга - «La Grande Quête». Краткое содержание книги:

À peine arrivé à la forteresse de Fal Dara, le jeune Rand n’a déjà qu’une idée en tête : fuir les noirs secrets qu’il a appris sur lui-même.
Moiraine, la puissante magicienne qui seule pourrait lui fournir des réponses, l’évite désormais comme la peste. Rand sait qu’il devrait quitter ces lieux, partir où personne ne le connaît et où il ne pourrait faire aucun mal.
Mais il est trop tard : les Aes Sedai l’ont enfermé et son seul espoir d’obtenir de l’aide à présent est Egwene, la femme qu’il pensait épouser un jour… et qui est en train de devenir elle-même une Aes Sedai.
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— Un petit feu, oui, si on peut dire… (Verin éclata de rire, mais elle s’arrêta net en avisant l’expression sinistre de Nynaeve.) Tu vas bien, mon enfant ? Si tu es malade, je peux… (La Sage-Dame secoua fermement la tête.) Du repos, voilà ce qu’il te faut… Et à toi aussi, Egwene. Je vous ai trop fait travailler. Demain, la Chaire d’Amyrlin sonnera l’heure du départ dès les premières lueurs de l’aube. (Verin se leva et retourna du bout du pied les couvertures brûlées.) Je vais vous en faire apporter d’autres. Cet incident, je l’espère, vous aidera à mesurer l’importance du contrôle. Vous devez apprendre à faire ce que vous avez prévu, rien de plus ni de moins. En plus de blesser quelqu’un, si vous canalisez trop de Pouvoir pour vos capacités – actuellement très réduites –, vous risquez la mort. Ou la destruction de votre don – définitive, hélas.

Comme si elle ne venait pas d’apprendre aux deux femmes qu’elles marchaient sur une corde raide, Verin ajouta :

— Bonne nuit, mes enfants…

Sur ces mots, elle se retira.

Egwene enlaça Nynaeve et la serra très fort dans ses bras.

— Tout va bien, mon amie… Tu n’as aucune raison d’avoir peur. Dès que tu auras appris à contrôler…

La Sage-Dame eut un rire grinçant.

— Je n’ai pas peur, Egwene… (Elle jeta un coup d’œil aux couvertures calcinées.) Pour m’effrayer, il faut plus qu’un feu de joie…

Malgré ses dires, elle ne regarda plus les couvertures, même quand un Champion vint les prendre et leur en laisser de nouvelles.

Comme elle l’avait dit, Verin ne revint pas. Après cette soirée, et tant que dura le voyage, elle n’accorda pas plus d’attention que Moiraine aux deux futures novices originaires de Champ d’Emond. Alors que la colonne avançait aussi vite que le lui permettaient les fantassins, les autres Aes Sedai se montrèrent tout aussi distantes. Pas hostiles, ni même inamicales, mais simplement lointaines, comme si elles étaient préoccupées par quelque chose. Leur froideur ne fit rien pour apaiser le malaise d’Egwene, qui se souvint de toutes les histoires entendues dans son enfance.

Depuis son plus jeune âge, sa mère lui répétait que les récits sur les Aes Sedai étaient un ramassis d’âneries et d’exagérations masculines. Mais, comme les autres femmes du village, elle n’avait jamais rencontré d’Aes Sedai avant la venue de Moiraine. Pour avoir passé pas mal de temps avec cette dernière, Egwene savait au moins que toutes les sœurs ne correspondaient pas aux horreurs qu’on racontait sur elles.

Des manipulatrices sans scrupules. Des destructrices impitoyables. Les responsables de la Dislocation du Monde…

Sur ce point, la vérité historique imposait une rectification : les Aes Sedai coupables de la Dislocation étaient des hommes. Car il existait des « frères », durant l’Âge des Légendes. Mais cette information ne changeait pas grand-chose, comme d’ailleurs l’expérience personnelle d’Egwene. Si toutes les Aes Sedai n’étaient pas comme dans les récits, combien s’y conformaient ?

Les sœurs qui vinrent chaque soir sous la tente des deux villageoises se révélèrent bien trop différentes les unes des autres pour fournir un embryon de réponse à Egwene.

Alviarin se montra aussi détendue et aussi « professionnelle » qu’un marchand de passage à Champ d’Emond pour acheter de la laine et du tabac. Étonnée que Nynaeve participe aux leçons, elle ne s’y opposa cependant pas. Prompte à critiquer – et pas toujours calmement –, elle ne rechigna pourtant jamais à recommencer les exercices.

Alanna Mosvani, toujours souriante, passa moins de temps à enseigner qu’à parler du monde en général et des hommes en particulier. Pour la tranquillité d’Egwene, elle témoigna beaucoup trop d’intérêt aux trois garçons, et surtout à Rand.

Mais la pire de toutes fut Liandrin, la seule qui portait son châle, alors que toutes les autres l’avaient plié et emballé avant le départ. Jouant sans arrêt avec les franges rouges de l’accessoire vestimentaire, Liandrin était avare d’informations, un grave défaut pour une enseignante. En revanche, elle interrogeait Egwene et Nynaeve comme si elles avaient été accusées d’un crime, et toutes ses questions portaient sur les trois garçons.

Elle insista jusqu’à ce que Nynaeve la flanque dehors – pour une raison qu’Egwene ne comprit pas vraiment – et se retira sur un avertissement sinistre :

— Prenez garde, mes filles, car vous n’êtes plus dans votre village. Maintenant, quand vous posez un pied quelque part, vous risquez de vous le faire mordre…

Après quelques jours, la colonne atteignit Medo, un village situé sur les berges de la rivière Mora, un cours d’eau qui serpentait le long de la frontière entre le Shienar et l’Arafel, puis venait se jeter dans le fleuve Erinin.

Sans doute à cause des interrogatoires menés par les Aes Sedai, Egwene rêvait toutes les nuits de Rand. De plus, elle s’inquiétait toujours pour lui et les deux autres garçons, se demandant s’ils avaient dû s’enfoncer dans la Flétrissure pour continuer à suivre les voleurs du Cor de Valère. S’il s’agissait plus de cauchemars que de rêves, ces songes n’avaient rien d’extraordinaire. Mais ils changèrent peu de temps avant que les voyageurs arrivent à Medo…

Avisant une Aes Sedai qui descendait la rue principale en criant à quelqu’un de s’occuper de son cheval, Egwene décida de l’aborder.

— Excusez-moi, ma sœur, mais auriez-vous vu Moiraine Sedai ?

L’Aes Sedai eut un geste agacé et continua son chemin. Bien qu’elle ne portât pas son châle, Egwene savait que cette femme appartenait à l’Ajah Jaune. À part ça, elle ne connaissait même pas son nom…

Même s’il était surprenant de penser cela d’une agglomération au moins aussi grande que Champ d’Emond, Medo était un petit village et il accueillait pour l’heure plus de visiteurs qu’il avait d’habitants. Les étrangers et leurs chevaux en chemin pour les quais remplissaient les rues étroites, se frayant un passage parmi des villageois qui s’agenouillaient dès qu’ils apercevaient l’ombre d’une Aes Sedai.

Par bonheur, une multitude de torches brûlaient dans le village, l’illuminant comme en plein jour. Grâce à cette commodité, Egwene put se repérer assez facilement. Quand elle arriva à l’embarcadère – où deux quais s’enfonçaient comme des doigts de pierre dans le flanc de la rivière Mora –, Egwene vit qu’on hissait déjà des chevaux dans le quatuor de deux-mâts qui mouillait au port. Sanglés dans des harnais, les pauvres équidés faisaient dans les airs un bref déplacement qui leur arrachait des hennissements désespérés.

Sur la rivière, les vaisseaux attendant d’être chargés patientaient non loin de ceux qui avaient déjà embarqué leur cargaison. Les archers et les piquiers étaient transférés à bord par des canots que leurs armes pointées vers le ciel faisaient ressembler à des poissons porcs-épics nageant entre deux eaux.

Sur le quai qui se trouvait à sa gauche, Egwene vit qu’Anaiya était en train de superviser l’embarquement, donnant de la voix pour stimuler les dockers qui ne faisaient pas montre d’assez de zèle à son goût. Même si les deux femmes n’avaient jamais échangé plus de trois mots, Anaiya semblait différente des autres Aes Sedai. Comme si elle était une villageoise de Champ d’Emond, Egwene pouvait l’imaginer devant des fourneaux, dans sa cuisine. Les autres sœurs paraissaient bien au-dessus de telles trivialités.

— Anaiya Sedai, avez-vous vu Moiraine Sedai ? J’aurais besoin de lui parler…

L’Aes Sedai se tourna vers son interlocutrice, l’air un peu perdue.

— Pardon ? Oh ! c’est toi, mon enfant ? Moiraine est partie. Et ton amie Nynaeve est déjà sur la Reine de la Rivière. Elle criait qu’elle ne s’en irait pas sans toi, et j’ai dû la forcer à embarquer. Par la Lumière ! quel esclandre ! Mais tu devrais être partie aussi… Trouve un canot qui te conduira sur la Reine de la Rivière. La Chaire d’Amyrlin y est aussi, alors tiens-toi bien quand tu seras à bord. Pas d’histoires, surtout, ni de chahut !

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