Pot-bouille
- Автор: Золя Эмиль
- Серия: les rougon-macquart #10
- Язык: французский
- Жанр: Классическая проза
Электронная книга - «Pot-bouille». Краткое содержание книги:
-Mettez-vous a notre place, reprit-elle avec durete. Je vous repete que nous avons ici une jeune fille.
-Puis, dit a son tour Campardon, il y a la maison, il y a votre mari, avec lequel j'ai toujours eu les meilleurs rapports.... Il serait en droit de s'etonner. Nous ne pouvons avoir l'air d'approuver publiquement votre conduite, madame, oh! une conduite que je ne me permets pas de juger, mais qui est assez, comment dirai-je? assez legere, n'est-ce pas?
-Bien sur, nous ne vous jetons pas la pierre, continua Rose. Seulement, le monde est si mauvais! On raconterait que vous donniez vos rendez-vous ici.... Et, vous savez, mon mari travaille pour des gens tres difficiles. A la moindre tache sur sa moralite, il perdrait tout.... Mais, permettez-moi de vous le demander, madame: comment n'avez-vous pas ete retenue par la religion? L'abbe Mauduit nous parlait encore de vous, avant-hier, avec une affection paternelle.
Berthe, entre les trois, tournait la tete, regardait celui qui parlait, d'un air d'hebetement. Dans son epouvante, elle commencait a comprendre, elle s'etonnait d'etre la. Pourquoi avait-elle sonne, que faisait-elle au milieu de ces gens qu'elle derangeait? Elle les voyait maintenant, la femme tenant la largeur du lit, le mari en calecon et la cousine en jupe mince, tous les deux blancs des plumes du meme oreiller. Ils avaient raison, on ne tombait pas de la sorte chez le monde. Et, comme l'architecte la poussait doucement vers l'antichambre, elle partit, sans meme repondre aux regrets religieux de Rose.
-Voulez-vous que je vous accompagne jusqu'a la porte de vos parents? demanda Campardon. Votre place est chez eux.
Elle refusa d'un geste terrifie.
-Alors, attendez, je vais jeter un coup d'oeil dans l'escalier, car je serais au desespoir, s'il vous arrivait la moindre chose.
Lisa etait demeuree au milieu de l'antichambre, avec son bougeoir. Il le prit, sortit sur le palier, rentra tout de suite.
-Je vous jure qu'il n'y a personne.... Filez vite.
Alors, Berthe, qui n'avait plus ouvert les levres, ota brutalement le fichu de laine, qu'elle jeta par terre, en disant:
-Tenez! c'est a vous.... Il va me tuer, a quoi bon?
Et elle s'en alla dans l'obscurite, en chemise, ainsi qu'elle etait venue. Campardon ferma la porte a double tour, furieux, murmurant:
-Eh! va te faire caramboler ailleurs!
Puis, comme Lisa, derriere lui, eclatait de rire:
-C'est vrai, on en aurait toutes les nuits, si on les recevait.... Chacun pour soi. Je lui aurais donne cent francs, mais ma reputation, non, par exemple!
Dans la chambre, Rose et Gasparine se remettaient. Avait-on jamais vu une ehontee de cette espece! se promener toute nue dans l'escalier! Vrai! il y avait des femmes qui ne respectaient plus rien, quand ca les demangeait! Mais il etait pres de deux heures, il fallait dormir a la fin. Et l'on s'embrassa encore: bonsoir mon cheri, bonsoir ma cocotte. Hein? etait-ce bon de s'aimer, de s'entendre toujours, lorsqu'on voyait, dans les autres menages, des catastrophes pareilles? Rose reprit Dickens, qui avait glisse sur son ventre; il lui suffisait, elle en lirait encore quelques pages, puis s'endormirait, en le laissant couler dans le lit, comme tous les soirs, lasse d'emotion. Campardon suivit Gasparine, la fit se recoucher la premiere, s'allongea ensuite. Tous deux grognaient: les draps avaient refroidi, on etait mal, il faudrait encore une demi-heure pour avoir chaud.
Et, Lisa qui, avant de monter, etait rentree dans la chambre d'Angele, lui disait:
-La dame a une entorse.... Montrez un peu comment elle a pris son entorse.
-Tiens! comme ca! repondait l'enfant, en se jetant au cou de la bonne, et en la baisant sur les levres.
Dans l'escalier, Berthe grelotta. Il y faisait froid, on n'allumait le calorifere que le premier novembre. Cependant, sa peur se calmait. Elle etait descendue, avait ecoute a la porte de son appartement: rien, pas un bruit. Elle etait montee, n'osant s'avancer jusqu'a la chambre d'Octave, pretant l'oreille de loin: un silence de mort, plus un murmure. Alors, elle s'accroupit sur le paillasson de ses parents, ou elle comptait vaguement attendre Adele; car l'idee de tout avouer a sa mere la bouleversait, comme si elle etait encore petite fille. Mais, peu a peu, la solennite de l'escalier l'emplit d'une nouvelle angoisse. Il etait noir, il etait severe. Personne ne la voyait, et une confusion la prenait pourtant, a etre ainsi en chemise, dans l'honnetete des zincs dores et des faux marbres. Derriere les hautes portes d'acajou, la dignite conjugale des alcoves exhalait un reproche. Jamais la maison n'avait respire d'une haleine si vertueuse. Puis, un rayon de lune glissa par les fenetres des paliers, et l'on eut dit une eglise: un recueillement montait du vestibule aux chambres de bonne, toutes les vertus bourgeoises des etages fumaient dans l'ombre; tandis que, sous la pale clarte, sa nudite blanchissait. Elle se sentit un scandale pour les murs, elle ramena sa chemise, cacha ses pieds, avec la terreur de voir paraitre le spectre de M. Gourd, en calotte et en pantoufles.
Brusquement, un bruit la faisait se lever, affolee, sur le point de frapper des deux poings dans la porte de sa mere, lorsqu'un appel l'arreta.
C'etait une voix legere comme un souffle.
-Madame.... madame....
Elle regardait en bas, elle ne voyait rien.
-Madame.... madame.... C'est moi.
Et Marie se montra, en chemise elle aussi. Elle avait entendu la scene, elle s'etait echappee de son lit, laissant dormir Jules, ecoutant de sa petite salle a manger, ou elle se trouvait sans lumiere.
-Entrez.... Vous etes trop dans la peine. Je suis une amie.
Doucement, elle la rassurait, lui racontait les choses. Les hommes ne s'etaient pas fait de maclass="underline" lui, avec des jurons, avait pousse sa commode contre sa porte, pour s'enfermer; tandis que l'autre descendait, un paquet a la main, les affaires laissees par elle, ses souliers et ses bas, qu'il devait avoir roules dans son peignoir, machinalement, en les voyant trainer. Enfin, c'etait fini. Le lendemain, on les empecherait bien de se battre.
Mais Berthe restait sur le seuil, avec un reste de peur et la honte de penetrer ainsi chez une dame qu'elle ne frequentait pas d'habitude. Il fallut que Marie la prit par la main.
-Vous coucherez la, sur ce canape. Je vous preterai un chale, j'irai voir votre mere.... Mon Dieu! quel malheur! Quand on s'aime, on ne se mefie pas.
-Ah! pour le plaisir que nous prenions! dit Berthe, dans un soupir ou crevait tout le vide bete et cruel de sa nuit. Il a raison de jurer. Si c'est comme moi, il doit en avoir par-dessus la tete!
Elles allaient parler d'Octave. Elles se turent, et tout d'un coup, a tatons, elles tomberent aux bras l'une de l'autre, en sanglotant. Leurs membres nus s'etreignaient avec une passion convulsive; leurs gorges, chaudes de pleurs, s'ecrasaient sous leurs chemises arrachees. C'etait une lassitude derniere, une tristesse immense, la fin de tout. Elles ne disaient plus un mot, leurs larmes ruisselaient, ruisselaient sans fin dans les tenebres, au milieu du profond sommeil de la maison, plein de decence.
XV
Ce matin-la, le reveil de la maison fut d'une grande dignite bourgeoise. Rien, dans l'escalier, ne gardait la trace des scandales de la nuit, ni les faux marbres qui avaient reflete ce galop d'une femme en chemise, ni la moquette d'ou s'etait evaporee l'odeur de sa nudite. Seul, M. Gourd, lorsqu'il monta vers sept heures, donner son coup d'oeil, flaira les murs; mais ce qui ne le regardait pas, ne le regardait pas; et comme, en redescendant, il apercut dans la cour deux bonnes, Lisa et Julie, qui causaient a coup sur de la catastrophe, tant elles semblaient allumees, il les devisagea d'un oeil si ferme, qu'elles se separerent. Ensuite, il sortit s'assurer de la tranquillite de la rue. Elle etait calme. Deja, pourtant, les bonnes avaient du parler, car des voisines s'arretaient, des boutiquiers sortaient sur leur porte, les yeux en l'air, cherchant et fouillant les etages, de l'air beant dont on contemple les maisons ou il s'est passe un crime. Devant la facade riche, d'ailleurs, le monde se taisait et s'en allait poliment.