Alex
- Автор: Леметр Пьер
- Серия: Camille Verhœven #2
- Год: 2011
- Язык: французский
- Год: Éditions Albin Michel
- ISBN: 978-2226218773
- Жанр: Полицейские детективы
Электронная книга - «Alex». Краткое содержание книги:
Camille a décidé de rentrer, de se doucher, se changer. Le taxi le dépose en bas de chez lui en quelques minutes. Il prend l’ascenseur, il faut vraiment qu’il soit fatigué pour renoncer à l’escalier.
Le paquet l’attend devant sa porte, enveloppé dans un papier kraft, fermé par une ficelle. Camille comprend tout de suite, il le saisit et rentre. Doudouche n’a droit qu’à une caresse distraite.
Ça lui fait drôle, c’est l’autoportrait de Maud Verhœven.
Dix-huit mille euros.
C’est Louis, évidemment, absent dimanche matin, arrivé à quatorze heures. Pour lui, un tableau à dix-huit mille euros, ça n’est pas grand-chose. Ça met tout de même Camille mal à l’aise. Dans une situation pareille, vous ne savez pas ce que vous devez à l’autre, ce qu’il attend implicitement, ce qu’il faut faire. Accepter, refuser, dire quelque chose et quoi. Le don suppose toujours un remboursement, quelle que soit sa forme. Qu’attend Louis avec cette offrande ? Tandis qu’il se déshabille et passe sous la douche, Camille reprend, sans le vouloir, sa réflexion sur le produit de la vente. Cette donation à des œuvres humanitaires est un geste terrible, un geste qui dit à sa mère : de toi, je ne veux plus rien.
Il est un peu âgé pour en être encore là mais on n’en finit jamais avec les parents, ça dure autant que vous, voyez Alex. Il se sèche, se raffermit dans sa résolution.
Ce sera calme, ce n’est pas un désaveu que de se séparer de cet argent.
Juste une manière de solder.
Est-ce que je vais vraiment le faire, tout donner ?
L’autoportrait, en revanche, il va le garder, il le regarde en finissant de s’habiller, il l’a posé sur le canapé, face à lui, il est content de l’avoir. C’est un très beau tableau. Il n’est pas fâché avec sa mère, voilà ce que prouve son désir de le conserver. Pour la première fois, lui à qui on a répété toute sa jeunesse qu’il tenait de son père, se trouve dans ce tableau une ressemblance avec Maud. Ça lui fait du bien. Il est en train de nettoyer sa vie. Il ne sait pas où ça mène.
Juste avant de repartir, Camille pense à Doudouche et lui ouvre une boîte.
Lorsque Camille revient à la Brigade, il croise l’avocat qui vient de terminer, c’est Armand qui a sonné la cloche de la fin de l’entretien. On retrouve Thomas Vasseur dans le bureau, Armand en a profité pour aérer, il fait même froid maintenant.
Louis arrive à son tour, Camille lui adresse un petit signe de connivence, Louis l’interroge du regard, Camille fait signe, on parlera ensemble plus tard.
Thomas Vasseur est assez raide, on a l’impression que sa barbe a poussé en accéléré, comme dans une publicité pour engrais, mais il garde une once de sourire quelque part sur son visage. Vous voulez m’user mais vous n’avez rien et vous n’aurez rien. La guerre d’usure, j’y suis prêt, vous me prenez vraiment pour un con. L’avocat lui a conseillé d’attendre et de voir venir, c’est la bonne technique, de peser ses réponses, de ne pas se précipiter. C’est une course contre la montre à l’envers, l’idée c’est de durer, un jour entier. Sans doute pas deux. L’avocat dit que, pour prolonger la garde à vue, il faudra qu’ils apportent du nouveau au juge et ils n’auront rien, rien. Camille lit tout ça dans sa manière d’ouvrir la bouche, de la refermer, de bomber la poitrine, de faire des exercices respiratoires.
On dit que les premières minutes d’une rencontre renferment en miniature ce que sera toute la relation, Camille se souvient qu’il a pris Vasseur en aversion à l’instant même où il l’a vu. Une grande partie de la manière dont il a décidé de conduire cette affaire tient à ça. Le juge Vidard le sait.
Camille et le juge ne sont pas si dissemblables, au fond. C’est déprimant de constater des choses comme ça.
Le Guen a confirmé que le juge Vidard approuvait la stratégie de Camille. On aura tout vu. En ce moment, Camille est bousculé par toutes sortes d’émotions. Le juge, à son tour, se joint au concert. En se plaçant ainsi résolument de son côté, il oblige Camille à rectifier ses représentations. Agaçant de recevoir des leçons comme ça.
Armand annonce le jour et l’heure, comme le récitant dans les tragédies grecques, le nom et le grade des personnes présentes.
C’est Camille qui commence :
— Et avant tout, vous arrêtez de me faire chier avec vos « hypothèses ».
Changement de style. Camille, à la manœuvre, rassemble ses pensées, regarde sa montre.
— Donc, Alex vous faisait chanter.
Il a dit ça d’une voix tendue, qu’on dirait préoccupée par autre chose.
— Expliquez-moi ça, répond Vasseur.
Un Thomas Vasseur appliqué, prêt à en découdre.
Camille se tourne vers Armand, pris au dépourvu, Armand qui se précipite, fouille son dossier, ça prend encore un temps fou, on a l’impression de voir voler les notes collées, les feuilles éparses, c’est vraiment à se demander si la république a placé sa confiance dans les hommes qu’il fallait. Mais il trouve. Armand trouve toujours.
— Emprunt à votre employeur, Distrifair, vingt mille euros, le 15 février 2005. Vous êtes trop endetté par votre pavillon pour avoir pu emprunter à votre banque, alors vous vous êtes tourné vers votre patron. Vous remboursez chaque mois, en fonction de vos résultats.
— Je ne vois pas le rapport avec le chantage, vraiment !
— On a retrouvé, reprend Camille, dans la chambre d’Alex, une somme de douze mille euros. Des liasses très propres, directement sorties de la banque avec les petites bandes plastifiées.
Vasseur fait une moue dubitative.
— Et alors ?
Camille désigne Armand, geste de M. Loyal : Armand dans ses œuvres :
— Votre banque nous a confirmé l’encaissement d’un chèque de vingt mille euros de votre employeur le 15 février 2005, et la sortie de la même somme en espèces, le 18.
Camille applaudit en silence, en fermant les yeux. Les rouvre :
— Alors, pour quelle raison aviez-vous besoin de vingt mille euros, monsieur Vasseur ?
Flottement. On a beau s’y attendre, le pire prend des formes sans cesse renouvelées. C’est la conclusion qui se lit dans le regard de Vasseur. Ils sont allés chez son employeur. La garde à vue a commencé depuis moins de cinq heures, il en reste dix-neuf à tenir. Vasseur a fait toute sa carrière dans la vente, pour la résistance aux chocs, pas de meilleure formation. Il encaisse.
— Dette de jeu.
— Vous avez joué contre votre sœur et vous avez perdu, c’est ça ?
— Non, pas avec Alex, avec… quelqu’un d’autre.
— Qui ?
Vasseur respire mal.
— On va gagner un peu de temps, dit Camille. Ces vingt mille euros étaient bien destinés à Alex. Il lui en restait un peu moins de douze mille qu’on a retrouvés dans sa chambre. Plusieurs bandes plastifiées portent vos empreintes.
Ils sont allés jusque-là. Jusqu’où, exactement, sont-ils remontés ? Que savent-ils ? Que veulent-ils ?
Camille lit ces questions dans les rides du front de Vasseur, dans ses pupilles, dans ses mains. Rien de professionnel là-dedans, jamais il ne le dira, à personne, mais Camille hait Vasseur. Il le hait. Il veut le tuer. Il va le tuer. Il a pensé ça quelques semaines plus tôt à propos du juge Vidard. Tu n’es pas ici par hasard, peut-il se dire, tu es un meurtrier en puissance.