Alex
- Автор: Леметр Пьер
- Серия: Camille Verhœven #2
- Год: 2011
- Язык: французский
- Год: Éditions Albin Michel
- ISBN: 978-2226218773
- Жанр: Полицейские детективы
Электронная книга - «Alex». Краткое содержание книги:
— OK, choisit Vasseur, j’ai prêté de l’argent à ma sœur. C’est interdit ?
Camille se détend, comme s’il venait de mettre une croix à la craie sur le mur. Il sourit mais ce n’est pas un bon sourire.
— Vous savez bien que ça n’est pas interdit, alors pourquoi mentir ?
— Ça ne vous regarde pas.
La phrase à ne pas prononcer.
— Dans la situation où vous vous trouvez, qu’est-ce qui ne regarde pas la police, monsieur Vasseur ?
Le Guen appelle. Camille sort du bureau. Le divisionnaire veut savoir où on en est. Difficile à dire, Camille opte pour le plus rassurant :
— Pas mal, ça suit son chemin…
Le Guen ne rebondit pas.
— De ton côté…? demande Camille.
— Le délai, ça va être juste, mais on va y arriver.
— Alors, on se concentre.
— Votre sœur n’était…
— Demi-sœur ! corrige Vasseur.
— Demi-sœur, ça change quelque chose ?
— Oui, ça n’est pas pareil, vous devriez faire preuve d’un peu de rigueur.
Camille regarde Louis puis Armand, l’air de dire, vous avez vu ? Il se défend pas mal, hein ?
— Alors disons, Alex. En fait, nous ne sommes pas du tout certains qu’Alex avait l’intention de se suicider.
— C’est pourtant ce qu’elle a fait.
— Certes. Mais vous qui la connaissiez mieux que personne, vous allez peut-être nous expliquer. Si elle voulait mourir, pourquoi avait-elle préparé sa fuite à l’étranger ?
Vasseur lève les sourcils. Ne comprend pas très bien la question.
Camille, cette fois, se contente d’un petit geste vers Louis.
— Votre sœur… pardon, Alex a acheté, à son nom, la veille de sa mort, un billet pour Zurich, départ le lendemain, le 5 octobre à huit heures quarante. Elle a même profité de son passage à l’aéroport pour acheter un sac de voyage que l’on a retrouvé, parfaitement rangé, prêt pour le départ, dans sa chambre.
— Vous me l’apprenez… Elle a sans doute changé d’avis. Je vous l’ai dit, elle était vraiment instable.
— Elle a choisi un hôtel proche de l’aéroport, elle a même commandé un taxi pour le lendemain matin, alors qu’elle avait sa voiture sur place. Sans doute pas envie de s’encombrer, de chercher une place de parking, de manquer son vol. Elle voulait partir facilement. Elle s’est également débarrassée d’un tas de choses lui appartenant, elle ne voulait rien laisser derrière elle, y compris des bouteilles contenant de l’acide. Nos techniciens l’ont d’ailleurs analysé, c’est le même produit qu’utilisé lors de ses crimes, de l’acide sulfurique concentré aux environs de 80 %. Elle partait, elle quittait la France, elle s’enfuyait.
— Qu’est-ce que vous voulez que je vous dise ? Je ne peux pas répondre pour elle. D’ailleurs, personne ne peut plus répondre pour elle !
Vasseur se tourne alors vers Armand, vers Louis, en quête d’assentiment, mais le cœur n’y est pas.
— Alors si vous ne pouvez pas répondre pour Alex, propose Camille, vous allez au moins pouvoir répondre pour vous.
— Si je peux…
— Bien sûr que vous pouvez. Que faisiez-vous le 4 octobre, le soir de la mort d’Alex, disons, entre vingt heures et minuit ?
Thomas hésite, Camille s’engouffre :
— Nous allons vous aider… Armand ?
Curieusement, peut-être pour souligner l’aspect dramatique de la situation, Armand se lève, comme à l’école quand la maîtresse vous appelait pour la récitation. Il lit ses notes avec application.
— Vous avez reçu un appel téléphonique à vingt heures trente-quatre, vous étiez à votre domicile. Votre femme nous a déclaré : « Thomas a reçu un message de son travail, une urgence. » Il paraît qu’un appel, aussi tard, dans le cadre de votre travail, ça n’arrive pratiquement jamais… « Il était très contrarié », nous a-t-elle précisé. Selon votre épouse, vous êtes sorti vers vingt-deux heures, vous n’êtes rentré qu’après minuit, elle ne peut pas être plus précise, elle dormait et n’a pas fait très attention à l’heure. Mais pas avant minuit, c’est certain, c’est l’heure à laquelle elle s’est couchée.
Thomas Vasseur a des tas d’éléments à intégrer. Sa femme interrogée. Il y a pensé tout à l’heure. Quoi d’autre ?
— Or, continue Armand, tout cela, nous savons que ce n’est pas vrai du tout.
— Pourquoi dis-tu ça, Armand ? demande Camille.
— Parce qu’à vingt heures trente-quatre, c’est un appel d’Alex que M. Vasseur a reçu. L’appel a été enregistré parce qu’elle a composé ce numéro depuis sa chambre d’hôtel. Nous vérifierons auprès de l’opérateur de M. Vasseur mais l’employeur, de son côté, est formel, aucune urgence ce soir-là. Il a même ajouté : « Dans notre boulot, on voit mal ce que ça serait une urgence de nuit. On n’est pas le SAMU. »
— Très fin comme réflexion, dit Camille.
Il se tourne vers Vasseur, mais n’a pas le temps de profiter de son avantage. Vasseur le coupe :
— Alex m’a laissé un message, elle voulait me voir, elle m’a donné rendez-vous. À vingt-trois heures trente.
— Ah, ça vous revient !
— À Aulnay-sous-Bois.
— Aulnay, Aulnay, attendez… mais, c’est tout prêt de Villepinte, tout prêt de l’endroit où elle est morte. Alors, il est vingt heures trente, votre petite sœur adorée vous appelle et vous faites quoi ?
— J’y vais.
— C’était habituel entre vous, ce genre de rendez-vous ?
— Pas vraiment.
— Que voulait-elle ?
— Elle m’a demandé de venir, elle m’a donné une adresse, une heure, c’est tout.
Thomas continue de peser toutes ses réponses mais, dans le feu de l’action, on sent qu’il veut se libérer, les phrases sortent vite, il doit sans cesse se maîtriser pour s’en tenir à la stratégie qu’il s’est fixée.
— Et que voulait-elle, selon vous ?
— Je n’en sais rien.
— Bah bah bah bah, vous n’en savez rien…!
— En tout cas, elle ne m’a rien dit.
— Récapitulons. L’an dernier, elle vous extorque vingt mille euros. À notre avis, pour obtenir ça, elle menace de foutre le bordel dans votre petite famille, de raconter que vous l’avez violée à dix ans, que vous l’avez prostituée…
— Vous n’avez aucune preuve !
Thomas Vasseur s’est levé, il a hurlé. Camille sourit. Vasseur perd son sang-froid, c’est du bénéfice net.
— Asseyez-vous, dit-il, très calmement. Je dis « à notre avis », c’est une hypothèse, je sais que vous adorez ça.
Il laisse passer quelques secondes.
— D’ailleurs, puisqu’on parle de preuve, Alex en a une de belle et bonne, de preuve, que sa jeunesse ne s’est pas très bien passée, il lui suffit d’aller voir votre femme. Entre filles, on peut se raconter ces choses-là, on peut même se les montrer. Si Alex avait exhibé quelques secondes son intimité à votre femme, on peut parier qu’il y aurait eu de l’émotion dans la famille Vasseur, non ? Alors, pour conclure, « à notre avis », comme elle avait programmé son départ pour le lendemain et qu’elle n’avait quasiment plus d’argent sur son compte et à peine douze mille euros en espèces… elle vous a appelé pour vous redemander de l’argent.
— Son message ne parlait absolument pas de ça. D’ailleurs, en pleine nuit, où j’aurais trouvé de l’argent, moi ?
— Nous pensons qu’Alex vous prévenait que vous alliez devoir en trouver prochainement, le temps pour elle de s’organiser à l’étranger. Et que vous alliez devoir vous aussi vous organiser parce qu’elle avait certainement de gros besoins… Une cavale coûte très cher. Mais nous reparlerons de cela, j’en suis certain. Pour le moment, vous partez de chez vous en pleine nuit… et que faites-vous ?