Alex
- Автор: Леметр Пьер
- Серия: Camille Verhœven #2
- Год: 2011
- Язык: французский
- Год: Éditions Albin Michel
- ISBN: 978-2226218773
- Жанр: Полицейские детективы
Электронная книга - «Alex». Краткое содержание книги:
— Vingt ans plus tard, quelle importance ? explose Vasseur.
Armand répond du regard, vous savez, moi, je fais ce qu’on me dit de faire.
Vasseur signe tout ce qu’on veut, reconnaît tout ce qu’on veut.
— Vous n’avez rien contre moi, rien du tout.
— Dans ce cas, répond Louis lorsque c’est lui qui mène l’interrogatoire, vous n’avez rien à craindre, monsieur Vasseur.
Le temps s’étire, les heures passent, Vasseur sent que c’est de bon augure. On l’a extrait une dernière fois pour lui soumettre les dates auxquelles il a rencontré Stefan Maciak, dans le cadre de ses tournées.
— Rien à foutre, a décrété Vasseur en signant.
Il regarde l’horloge murale. Personne n’a rien à lui reprocher.
Il ne s’est pas rasé. La toilette, du vite fait.
On vient de le faire monter, une nouvelle fois. C’est au tour de Camille de parler. Tout de suite, dès l’entrée, regard à l’horloge murale. Il est vingt heures. La journée a été longue.
Vasseur est victorieux et s’apprête au triomphe.
— Alors, capitaine ? demande-t-il tout sourires. On va devoir se quitter bientôt, c’est sans regret ?
— Pourquoi bientôt ?
Il ne faudrait pas prendre Vasseur pour un être primaire, il a une sensibilité de pervers, aiguisée, il a des antennes. Et il sent le vent, tout de suite. La preuve, il ne dit rien, il blêmit, croise les jambes nerveusement. Il attend. Camille le regarde un long moment sans un mot. Ça ressemble à ces épreuves où le perdant est celui qui ne tient plus. Le téléphone sonne. Armand se lève, s’avance, décroche, dit allô, écoute, dit merci, raccroche, Camille, qui n’a toujours pas quitté Vasseur du regard, dit simplement :
— Le juge vient d’accepter notre demande de prolonger la garde à vue de vingt-quatre heures, monsieur Vasseur.
— Je veux le voir, le juge !
— Hélas, monsieur Vasseur, trois fois hélas ! Le juge Vidard est désolé de ne pouvoir vous recevoir mais sa charge de travail ne le permet pas. Nous allons devoir cohabiter encore un peu, c’est sans regret ?
Vasseur tourne la tête dans tous les sens, il se veut démonstratif. Il étouffe un rire, c’est pour eux qu’il est navré.
— Et après, vous ferez quoi ? demande-t-il. Je ne sais pas ce que vous avez dit au juge pour obtenir cette prolongation, quel mensonge vous avez employé, mais que ce soit maintenant ou dans vingt-quatre heures, vous allez devoir me relâcher. Vous êtes…
Il cherche le mot.
— Pathétiques.
On le reconduit. On ne l’interroge quasiment plus. On pourrait tenter de l’user, Camille pense que c’est mieux de cette manière. Service minimum. Ce sera le plus efficace. Ne rien faire, ou presque, c’est pourtant bien difficile. Chacun se concentre sur ce qu’il peut. On imagine l’issue, on imagine Vasseur enfilant sa veste, resserrant sa cravate, on pense au sourire qu’il adressera à l’équipe, aux mots qu’il trouvera et dont il doit déjà rêver.
Armand a déniché deux nouveaux stagiaires, l’un au deuxième, l’autre au quatrième. Il va faire le plein de cigarettes, de stylos, ça lui prend pas mal de temps. Ça l’occupe.
En milieu de matinée a commencé un étrange chassé-croisé. Camille essaye de prendre Louis à part, pour cette histoire de tableau, mais les choses ne se passent pas comme prévu. Louis est appelé plusieurs fois à l’extérieur, Camille sent la gêne monter entre eux. Tandis qu’il tape ses rapports, l’œil la moitié du temps rivé à la pendule, il comprend que l’initiative de Louis complique bigrement leur relation. Camille va dire merci, mais quoi ? Il va le rembourser, et après ? Dans le geste de Louis, il discerne un peu de paternalisme. Plus le temps passe, plus il a l’impression que Louis lui donne une leçon, avec cette histoire de tableau.
Vers quinze heures, ils se trouvent enfin seuls dans le bureau. Camille ne réfléchit pas, il dit merci, c’est le premier mot qui vient.
— Merci, Louis.
Il faut ajouter quelque chose, on ne peut pas se contenter de ça.
— Ça…
Mais il s’arrête. À l’attitude interrogative de Louis, il comprend l’ampleur de son erreur. Cette histoire de tableau, Louis n’y est pour rien.
— Merci, pour quoi ?
Camille improvise :
— Pour tout, Louis. Pour ton aide… dans tout ça.
Louis fait « oui », étonné, ça n’est pas dans leurs habitudes de se dire des choses comme ça.
Camille espérait dire quelque chose de juste, il vient de le faire, surpris lui-même de cet aveu auquel il ne s’attendait pas.
— C’est un peu mon retour, cette affaire. Et je ne suis pas un type très facile à vivre, alors…
La présence de Louis, ce garçon mystérieux qu’il connaît si bien et dont il ne sait rien, l’émeut soudain, plus peut-être que la réapparition du tableau.
On a remonté Vasseur une nouvelle fois, pour contrôler des détails.
Camille monte chez Le Guen, il frappe brièvement, il entre. Le divisionnaire s’attend à une mauvaise nouvelle, ça se lit sur son visage, Camille lève tout de suite les mains bien haut pour le rassurer. On parle de l’affaire. Chacun a fait le nécessaire. On attend. Camille évoque la vente des œuvres de sa mère.
— Combien ? demande Le Guen éberlué.
Camille répète le chiffre, qu’il trouve de plus en plus abstrait. Le Guen fait une moue admirative.
Camille ne parle pas de l’autoportrait. Il a eu le temps de réfléchir, il sait. Il va appeler l’ami de sa mère qui a organisé la vente. Il a dû tirer son petit profit dans cette affaire, il a remercié Camille avec le tableau. C’est terre à terre. Camille est soulagé.
Il appelle, laisse un message et retourne dans son bureau.
Les heures passent.
Camille a décidé. Ce sera à dix-neuf heures.
Le moment est maintenant venu. Il est dix-neuf heures.
Vasseur entre dans le bureau. S’assoit, le regard délibérément braqué sur l’horloge murale.
Il est très fatigué, il n’a quasiment pas dormi au cours de ces quarante-huit heures et maintenant ça se voit cruellement.
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— Voyez-vous, a dit Camille, nous avons des incertitudes concernant la mort de votre sœur. Demi-sœur, pardon.
Vasseur ne réagit pas. Il cherche ce que ça veut dire. Ça patine un peu, forcément, la fatigue. Il fait le tour de la question et de toutes celles qui se posent logiquement à la suite de la première. Il se tranquillise. Dans la mort d’Alex, il n’a rien à se reprocher. Toute sa physionomie répond à sa place. Il respire, se détend, croise les bras, pas un mot, juste un regard à l’horloge et puis finalement, si, il passe du coq à l’âne et demande :
— La garde à vue se termine bien à vingt heures, non ?
— Je vois que la mort d’Alex ne vous trouble pas.
Vasseur lève les yeux au plafond, comme s’il cherchait l’inspiration, ou qu’à table, on lui avait demandé de choisir entre deux desserts. Vraiment embêté, il plisse les lèvres.
— Elle me peine, si, dit-il enfin. Beaucoup même. Vous savez ce que c’est, la famille, ce sont des liens très forts. Mais que voulez-vous… C’est le problème des dépressifs.
— Ce n’est pas de sa mort, dont je vous parle, c’est de la manière dont elle est morte.
Il comprend, il approuve.
— Les barbituriques, oui, c’est terrible. Elle disait qu’elle avait des problèmes de sommeil, que sans eux, elle ne pouvait pas fermer l’œil.