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La Grande Quête

Электронная книга - «La Grande Quête». Краткое содержание книги:

À peine arrivé à la forteresse de Fal Dara, le jeune Rand n’a déjà qu’une idée en tête : fuir les noirs secrets qu’il a appris sur lui-même.
Moiraine, la puissante magicienne qui seule pourrait lui fournir des réponses, l’évite désormais comme la peste. Rand sait qu’il devrait quitter ces lieux, partir où personne ne le connaît et où il ne pourrait faire aucun mal.
Mais il est trop tard : les Aes Sedai l’ont enfermé et son seul espoir d’obtenir de l’aide à présent est Egwene, la femme qu’il pensait épouser un jour… et qui est en train de devenir elle-même une Aes Sedai.
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Au début, Fain avait vécu un supplice. Chaque matin, alors qu’il se réveillait, malade de ne pas être vraiment entier, il devait subir l’ire du Myrddraal – toujours la même histoire, changer de direction pour gagner le Nord, là où s’étendait la Flétrissure et où se dressait le mont Shayol Ghul. Mais ces moments de faiblesse matinale étaient devenus de plus en plus courts, jusqu’à ce que… Au souvenir du marteau, dans sa main, et des pieux qui s’enfonçaient dans la chair du Blafard, Fain ne put s’empêcher de sourire. Et, cette fois, une authentique joie fit briller son regard.

Des gémissements montèrent de la nuit, gâchant sa bonne humeur.

Je n’aurais jamais dû laisser les Trollocs emmener tant de prisonniers…

Un village entier pour ralentir la colonne ! Si le premier bourg, près du fleuve, n’avait pas été désert… Mais les Trollocs étaient excessifs par nature. Tout à sa jubilation de voir crever le Sans-Yeux, Fain n’avait pas été assez vigilant.

Fain regarda de nouveau les monstres. Le plus malingre était presque deux fois plus grand que lui et assez fort pour lui briser l’échine d’une seule main. Pourtant, ils le regardaient avec un respect craintif.

— Tuez les prisonniers, ordonna soudain Fain. Jusqu’au dernier. Je vous autorise à festoyer, mais empilez les restes de manière que nos « amis » les voient de loin. Mettez les têtes au-dessus, surtout. (Fain eut un bref éclat de rire.) Au travail !

Les Trollocs se levèrent, dégainèrent leur épée recourbée ou empoignèrent leur hache et allèrent rejoindre les prisonniers, attachés non loin de là. Des cris déchirèrent très vite la nuit. Des voix implorèrent pitié et des enfants hurlèrent de terreur – jamais très longtemps, car des bruits mous quelque peu répugnants mettaient rapidement un terme à leur supplique. On eût dit que quelqu’un s’amusait à fracasser tout un chariot de pastèques…

Fain se détourna pour mieux contempler ses Suppôts. Les siens, oui, car ils lui appartenaient corps et âme – pour ce qui en restait, dans le second cas. Tous étaient piégés, exactement comme lui avant qu’il trouve le moyen de se libérer. À présent, ils n’avaient plus aucun endroit où aller, sinon là où il les conduisait. Et leur regard voilé par la peur implorait sa clémence.

— Vous craignez que les monstres aient de nouveau faim avant que nous ayons atteint un village ou une ferme ? C’est très possible, en effet. Et vous avez peur que je les laisse vous ajouter à leur menu ? Là encore, ce n’est pas exclu. Pour un ou deux d’entre vous, en tout cas. Il ne nous reste pas beaucoup de chevaux de rechange…

— Les autres étaient des gens du peuple, osa objecter une femme d’un ton mal assuré.

Le visage sillonné de crasse, elle portait une robe d’une excellente facture qui trahissait une grande aisance matérielle – probablement une réussite fulgurante dans le commerce. Le vêtement était maculé de boue et une large déchirure béait au-dessous de la taille.

— C’étaient des paysans, insista la femme, alors que nous avons servi – que j’ai servi…

Fain coupa court à ce plaidoyer d’un ton nonchalant qui souligna paradoxalement la dureté de ses propos :

— Vous êtes quoi, pour moi ? Moins que des paysans ! Du bétail pour les Trollocs, par exemple ? Si vous voulez échapper à l’abattoir, il ne reste plus qu’à vous rendre indispensables…

La femme perdit le peu de contenance qui lui restait. Alors qu’elle éclatait en sanglots, les autres Suppôts parlèrent tous en même temps pour souligner à quel point ils étaient utiles et même précieux. Avant d’être choisis pour accomplir leur devoir à Fal Dara, tous et toutes occupaient des postes importants. Pour donner une idée de leur influence, ils débitèrent la longue liste des gens de pouvoir qu’ils connaissaient dans les Terres Frontalières, au Cairhien et ailleurs. De plus, insistèrent-ils, ils avaient des connaissances irremplaçables en matière de politique. Pour eux, les intrigues, les complots et les retournements d’alliance n’avaient plus aucun secret. Si Padan Fain les épargnait, ils se feraient un plaisir de lui transmettre ces trésors de connaissance.

Les piaillements des Suppôts et les cris d’agonie des villageois formèrent bientôt une agaçante cacophonie.

Fain décida d’ignorer toute cette piétaille. Depuis qu’il avait tué si salement le Blafard, il ne craignait plus de tourner le dos aux Trollocs ou aux Suppôts, car il avait conscience de les terroriser en permanence.

S’agenouillant devant sa superbe prise de guerre, il passa une main sur le métal richement ornementé. À travers le coffre, on sentait quel incroyable pouvoir il contenait. Pour le transporter, Fain avait recours aux services d’un Trolloc. En toute logique, il aurait dû s’arranger pour qu’un cheval de bât en hérite, mais il redoutait trop les rêves de gloire et de pouvoir des Suppôts pour leur faire confiance. Les Trollocs, eux, n’aspiraient qu’à tuer et à faire bombance. Dans ce cas particulier, ils se révélaient plus dignes de confiance que les « frères humains » du colporteur.

Jusque-là, Fain n’avait pas trouvé comment ouvrir le coffre. Mais ça viendrait avec le temps. S’il se montrait patient, tout ce dont il rêvait se réaliserait le moment venu.

Le colporteur dégaina la dague et la posa près du coffre, à côté du feu de camp. Cette lame était un bien meilleur garde du corps qu’une épée, serait-ce celle d’un Trolloc ou d’un Suppôt. Et maintenant qu’ils l’avaient vu s’en servir, nul doute que ses « amis » ne s’en approcheraient pas sans qu’il le leur ait ordonné – et, même ainsi, avec les entrailles nouées par la peur.

Allongé dans sa couverture, Fain regarda de nouveau en direction du nord. Pour l’heure, il ne sentait pas al’Thor, car une trop grande distance les séparait. À moins que ce fichu berger ait recours à son tour de prestidigitation si agaçant. Par moments, dans la forteresse, Rand avait tout simplement disparu de son champ de perception. Comment était-ce possible ? Fain n’en savait rien, mais le phénomène avait toujours été de courte durée, et il en irait de même aujourd’hui.

— Cette fois, c’est toi qui viens à moi, Rand al’Thor. Avant, je te suivais comme un chien de chasse, mais c’est maintenant toi qui renifles ma piste. (Fain eut un rire si grinçant qu’il l’identifia lui-même comme celui d’un dément – mais ça ne le perturba pas, car la folie était désormais une part de lui-même.) Viens, al’Thor ! Le ballet mortel n’est pas encore commencé. Nous l’exécuterons sur la pointe de Toman, et je serai enfin débarrassé de toi. Ah ! voir ton cadavre après une si longue attente !

12

Tissé dans la Trame

Sur les talons de Nynaeve, Egwene courait vers le groupe d’Aes Sedai qui entourait le palanquin de la Chaire d’Amyrlin. Avide de découvrir ce qui avait semé une telle panique dans la forteresse, elle en oubliait jusqu’à ses inquiétudes pour Rand. De toute façon, pour le moment, elle était dans l’incapacité de l’aider.

Bela, la jument à long poil de la jeune fille, était avec les montures des Aes Sedai, comme le cheval de Nynaeve.

La main sur la poignée de leur épée, le regard en alerte, les Champions formaient un cercle autour des femmes qu’ils avaient fait serment de protéger. Ainsi, il existait un îlot de calme relatif dans la cour où les guerriers du Shienar couraient en tous sens, bousculant les occupants terrifiés de la forteresse.

Egwene vint se placer à côté de la Sage-Dame. Sachant que les deux femmes devaient partir avec la Chaire d’Amyrlin, les Champions leur accordèrent à peine un regard. Tendant l’oreille, la jeune fille et sa compagne captèrent assez de murmures dans la foule pour reconstituer en gros les événements. Une flèche jaillie de nulle part avait tué un homme qui n’était pas sa véritable cible, et l’archer responsable du tir restait introuvable.

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