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La voix des morts [Speaker for the Dead - fr]

Электронная книга - «La voix des morts [Speaker for the Dead - fr]». Краткое содержание книги:

3 000 ans ont passé depuis le massacre des doryphores. Mais seulement vingt-six ans pour Ender Wiggin. Paradoxe de la relativité du temps dans l’espace ! Hanté par sa participation au génocide d’un peuple, Ender poursuit sa quête : trouver une planète où il pourra enfin déposer le cocon de la reine des doryphores.
Serait-ce Lusitania ? Là vivent les piggies, drôles de petits cochons à l’esprit agile. Des êtres étranges, véritable énigme pour les hommes. N’ont-ils pas assassiné, sans mobile apparent, le scientifique qui les étudiait ? Une mort mystérieuse et rituelle. Ender s’est jure de découvrir la vérité sur ce meurtre. Malgré la peur et l’incompréhension des hommes.
La paix régnera-t-elle un jour entre des races aussi différentes ? Les hommes, les piggies et… pourquoi pas les doryphores ?
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— Son deuxième nom était Marcão. Le gros Marcão. Parce que c’était un géant. Il atteignit sa corpulence d’adulte alors qu’il n’était encore qu’un jeune adolescent. Quel âge avait-il quand il atteignit deux mètres ? Onze ans ? Douze ans ? Douze ans, sans aucun doute. Sa taille et sa force trouvèrent à s’employer efficacement à la fonderie, où la production d’acier est si faible que l’essentiel du travail est effectué à la main, de sorte que la force compte. La vie de certaines personnes dépendait de Marcão.

Sur la praça, les employés de la fonderie hochèrent la tête. Ils avaient tous déclaré qu’ils ne diraient rien au framling athée. De toute évidence, quelques-uns avaient parlé mais, à présent, il était agréable de constater que le Porte-Parole avait bien compris, qu’il avait su discerner pourquoi ils se souvenaient de Marcão. Ils regrettèrent tous de ne pas être celui qui s’était confié au Porte-Parole. Ils n’imaginèrent pas que le Porte-Parole n’avait même pas essayé de les rencontrer. Après toutes ces années, il y avait de nombreuses choses qu’Andrew Wiggin savait sans avoir besoin de demander.

— Son troisième nom était Cão. Chien.

Ah, oui, pensèrent les Lusos. C’est bien ce que l’on dit des Porte-Parole. Ils ne respectent pas les morts, n’ont aucun sens des convenances.

— C’était le nom que vous lui donniez quand vous appreniez que sa femme, Novinha, avait encore un œil au beurre noir, boitait ou avait une lèvre fendue. Seul un animal pouvait agir ainsi avec elle.

Comment ose-t-il dire cela ? Il parle d’un mort ! Mais, sous leur colère, les Lusos éprouvaient une sensation de malaise dont la cause était toute différente. Ils se souvenaient tous avoir dit ou entendu dire exactement ces paroles. L’indiscrétion du Porte-Parole consistait à répéter en public les mots qu’ils réservaient à Marcão lorsqu’il était en vie.

— Ce qui ne signifie pas que vous aimiez Novinha, cette femme glacée qui ne vous disait jamais bonjour. Mais elle était plus petite que lui, c’était la mère de ses enfants et, lorsqu’il la battait, il méritait le surnom de Cão.

Ils furent embarrassés ; ils murmurèrent des commentaires. Ceux qui étaient assis sur l’herbe, près de Novinha, lui adressèrent des regards furtifs, impatients de voir comment elle réagirait, douloureusement conscients du fait que le Porte-Parole avait raison, qu’ils ne l’aimaient pas, qu’ils avaient à la fois peur et pitié d’elle.

— Dites-moi, est-ce l’homme que vous connaissiez ? Il passait plus d’heures dans les bars que n’importe qui, mais il ne s’y fit jamais un seul ami ; la camaraderie de l’alcool n’était pas pour lui. On ne pouvait même pas deviner ce qu’il avait bu. Il était morne et agressif même lorsqu’il n’avait pas bu ; toujours morne et agressif quand il perdait connaissance… Personne ne pouvait voir la moindre différence. Vous ne lui avez jamais connu d’amis et vous n’étiez pas contents de le voir entrer dans une pièce. Voilà l’homme que vous connaissiez presque tous. Cão. À peine un homme.

Oui, pensèrent-ils, il était bien ainsi. À présent, ils avaient surmonté le choc provoqué par l’absence de convenances. Ils avaient compris que le Porte-Parole ne voulait pas affadir l’histoire. Néanmoins, ils étaient toujours gênés. Car il y avait une note ironique, non dans les paroles, mais dans la voix. « À peine un homme », avait-il dit. Mais, naturellement, c’était un homme et ils prirent vaguement conscience du fait que, si le Porte-Parole comprenait ce qu’ils pensaient de Marcão, il n’était pas nécessairement d’accord.

— Quelques autres, les employés de la fonderie de Bairro das Fabricadoras, savaient qu’il était fort et digne de confiance. Ils savaient qu’il ne prétendait jamais pouvoir faire ce dont il se sentait incapable, et qu’il faisait toujours ce qu’il disait pouvoir faire. On pouvait compter sur lui. Ainsi, dans l’enceinte de la fonderie, il jouissait de leur respect. Mais, une fois la porte franchie, ils le traitaient comme tout le monde, ignoraient, le méprisaient. »

L’ironie était sensible, à présent. Bien que la voix du Porte-Parole n’eût donné aucun indice – c’était toujours la voix simple et ordinaire du début –, les hommes qui avaient travaillé avec lui la perçurent confusément en eux-mêmes : Nous n’aurions pas dû l’ignorer comme nous l’avons fait. S’il avait une valeur à l’intérieur de la fonderie, peut-être aurions-nous dû le respecter également à l’extérieur.

— Quelques-uns d’entre vous savent également une chose dont vous ne parlez guère. Vous savez que vous l’avez surnommé Cão alors qu’il ne méritait pas encore ce nom. Vous aviez dix, onze, douze ans. Des petits garçons. Il était tellement grand. Vous aviez honte quand vous étiez près de lui. Et peur, parce que vous aviez l’impression d’être à sa merci.

Dom Cristão souffla à son épouse :

— Ils sont venus chercher des racontars, il les met en face de leurs responsabilités.

— Ainsi, vous vous êtes comportés vis-à-vis de lui comme les êtres humains font toujours face à ce qui les dépasse, reprit le Porte-Parole. Vous vous êtes groupés. Comme des chasseurs tentant de tuer un mastodonte. Comme des toreros tentant d’affaiblir un taureau géant avant de lui donner le coup de grâce. Coups sournois, railleries, farces. Pour qu’il tourne continuellement sur lui-même, dans l’incapacité de savoir d’où viendrait le coup suivant. Le piquer avec des épines qui restent sous la peau. L’affaiblir par la douleur. Le rendre fou. Parce que, malgré sa taille, on peut le manipuler ! On peut le faire hurler. On peut le faire fuir. On peut le faire pleurer. Vous voyez ? Il est plus faible que nous, finalement.

Ela était furieuse. Elle voulait qu’il accuse Marcão, pas qu’il l’excuse. Son enfance malheureuse ne lui donnait pas le droit d’assommer sa femme chaque fois que l’idée lui en traversait la tête.

— Il n’y a pas de honte à cela. Vous étiez des enfants, à cette époque, et les enfants sont cruels sans le savoir. Vous n’agiriez plus ainsi. Mais, comme je vous ai remis cela en mémoire, il vous est facile de trouver une explication. Vous l’appeliez Chien ; il en est devenu un. Pour le reste de sa vie. Frappant les gens sans défense, battant sa femme. Parlant si cruellement et injurieusement à son fils, Miro, qu’il le chassa de la maison. Il agissait comme vous l’aviez traité, devenant ce que, selon vous, il était. »

Imbécile, pensa l’évêque. Si les gens se contentent de réagir à la façon dont ils sont traités par les autres, personne n’est responsable de quoi que ce soit. Si on ne peut pas choisir ses péchés, comment peut-on se repentir ?

Comme s’il avait entendu l’argumentation silencieuse de l’évêque, le Porte-Parole leva la main et réfuta ce qu’il venait de dire.

— Mais cette explication facile n’est pas vraie. Vos tourments ne l’ont pas rendu violent… Ils l’ont rendu apathique. Et lorsque, avec l’âge, vous avez cessé de le tourmenter, il a cessé de vous haïr. Il savait que vous le méprisiez ; il apprit à vivre sans vous. En paix.

Le Porte-Parole resta un instant silencieux, puis exprima la question qu’ils se posaient :

— Alors, comment est-il devenu l’individu cruel que vous connaissiez ? Réfléchissez un instant. Qui était exposé à sa cruauté ? Son épouse. Ses enfants. Il y a des gens qui battent leur femme et leurs enfants parce qu’ils convoitent le pouvoir mais sont trop faibles pour le conquérir dans le monde. L’épouse et les enfants impuissants, liés à un tel individu par la nécessité, la tradition et, étrangement, l’amour, sont les seules victimes qu’il a le pouvoir de dominer.

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