La voix des morts [Speaker for the Dead - fr]
- Автор: Кард Орсон Скотт
- Серия: Ender (fr) #2
- Год: 1987
- Язык: французский
- Год: OPTA
- ISBN: 2-7201-0300-4
- Переводчик: Daniel Lemoine
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «La voix des morts [Speaker for the Dead - fr]». Краткое содержание книги:
Serait-ce Lusitania ? Là vivent les piggies, drôles de petits cochons à l’esprit agile. Des êtres étranges, véritable énigme pour les hommes. N’ont-ils pas assassiné, sans mobile apparent, le scientifique qui les étudiait ? Une mort mystérieuse et rituelle. Ender s’est jure de découvrir la vérité sur ce meurtre. Malgré la peur et l’incompréhension des hommes.
La paix régnera-t-elle un jour entre des races aussi différentes ? Les hommes, les piggies et… pourquoi pas les doryphores ?
Oui, pensa Ela, regardant furtivement sa mère. C’est ce que je voulais. C’est pour cela que je lui ai demandé de Parler la mort de papa.
— Il y a de tels hommes, reprit le Porte-Parole, mais Marcão Ribeira n’était pas de ceux-là. Réfléchissez quelques instants. Avez-vous entendu dire qu’il ait frappé un de ses enfants ? Une seule fois ? Vous qui travailliez avec lui – a-t-il jamais tenté de vous imposer sa volonté ? Paraissait-il furieux lorsque les choses ne se déroulaient pas comme il l’entendait ? Marcão n’était ni faible ni mauvais. Il était fort. Il ne désirait pas le pouvoir. Il voulait l’amour. Pas la domination, la loyauté.
L’Evêque Peregrino eut un sourire sans joie, comme on salue un adversaire de valeur. Tu suis un chemin tortueux, Porte-Parole, tournant autour de la Vérité, feintant. Et, quand tu frapperas, ce sera en plein cœur. Ces gens sont venus s’amuser, mais ils sont tes cibles ; tu les transperceras de part en part.
— Certains d’entre vous se souviendront d’un incident, dit le Porte-Parole. Marcão avait à peu près treize ans, et vous aussi. Vous le taquiniez sur la colline herbue qui se dresse derrière l’école. Vous l’attaquiez plus méchamment que d’habitude. Vous le menaciez avec des pierres, le fouettiez avec des tiges de capim. Vous l’avez fait saigner, mais il le supporta. Il tenta de vous échapper, vous demanda de cesser, mais l’un d’entre vous le frappa violemment au ventre, et cela fut plus douloureux que ce que vous imaginiez car il était déjà victime de la maladie qui a fini par l’emporter. Il n’était pas encore accoutumé ni à sa fragilité, ni à la douleur. Il eut l’impression qu’il allait mourir. Il était acculé. Vous alliez le tuer. De sorte qu’il se défendit.
Comment a-t-il appris cela ? pensèrent une demi-douzaine d’hommes. C’est tellement vieux. Qui lui a dit comment cela s’est passé ? La situation nous a échappé, voilà tout. Nous ne pensions pas à mal mais, quand son bras a jailli, son poing énorme, comme une ruade de cabra…
— N’importe lequel d’entre vous aurait pu se retrouver à terre. Vous avez alors compris qu’il était encore plus fort que vous ne le craigniez. Ce qui vous terrifia le plus, toutefois, ce fut le fait de concevoir exactement la vengeance que vous méritiez. Ainsi, vous avez appelé à l’aide. Et lorsque les professeurs sont arrivés, qu’ont-ils vu ? Un petit garçon sur le sol, en larmes et en sang. Un adolescent déjà de la taille d’un homme, avec quelques égratignures, disant qu’il regrettait, qu’il ne l’avait pas fait exprès. Et une demi-douzaine d’autres déclarant qu’il avait frappé sans raison, qu’ils avaient tenté de l’en empêcher, mais que Cão était tellement fort… qu’il n’arrêtait pas d’ennuyer les petits.
Grego était subjugué par le récit.
— Mentirosos ! cria-t-il.
Menteurs ! Plusieurs personnes, autour de lui, rirent discrètement. Quara le fit taire.
— Tous ces témoins, reprit le Porte-Parole, les professeurs, ne pouvaient que croire l’accusation. Jusqu’au moment où une petite fille se présenta devant eux et leur annonça froidement qu’elle avait tout vu. Marcão avait agi ainsi pour se défendre contre l’agression totalement injustifiée, malveillante, douloureuse, d’une meute de garçons qui, contrairement à lui, se comportaient effectivement comme des chiens. C’était la fille d’Os Venerados.
Grego regarda sa mère avec des yeux brillants, puis se leva d’un bond et annonça aux gens qui l’entouraient :
— À mamãe o libertou !
Maman l’a sauvé ! Les gens rirent, se tournèrent vers Novinha. Mais son visage resta impassible ; elle refusait de reconnaître l’affection provisoire qu’ils portaient à son fils. Ils lui tournèrent à nouveau le dos, vexés.
— Novinha, reprit le Porte-Parole. Sa froideur et son intelligence faisaient d’elle une exclue au même titre que Marcão. Elle n’avait jamais tenté de se rapprocher de vous. Et voilà qu’elle sauvait Marcão. Eh bien, vous connaissiez la vérité. Elle ne sauvait pas Marcão… Elle vous empêchait de vous tirer d’un mauvais pas.
Ils hochèrent la tête avec un sourire entendu, ces gens dont les gestes d’amitié avaient été refusés. C’est Dona Novinha, la Biologista, qui se trouve trop bien pour nous.
— Marcão n’a pas vu les choses de cette façon. On l’avait si souvent traité d’animal qu’il croyait presque en être un. Novinha lui manifesta de la compassion, comme à un être humain. Une jolie jeune fille, une enfant brillante, fille des Venerados respectés, toujours hautaine comme une déesse. Elle était descendue de son piédestal, l’avait béni et avait exaucé sa prière. Il l’adora. Six ans plus tard, il l’épousa. N’est-ce pas une belle histoire ?
Ela se tourna vers Miro qui la regarda en haussant les sourcils.
— Cela te rend presque semblable à ce vieux salaud, pas vrai ? dit sèchement Miro.
Soudain, après un long silence, la voix du Porte-Parole jaillit, plus puissante. Elle les fit sursauter, les réveilla.
— Pourquoi a-t-il fini par la haïr, la battre et mépriser ses enfants ? Et pourquoi a-t-elle supporté cela, cette femme volontaire et supérieurement intelligente ? Elle aurait pu mettre un terme à ce mariage du jour au lendemain. L’Eglise n’autorise pas le divorce, mais il reste la séparation et elle n’aurait pas été la première citoyenne de Milagre à quitter son mari. Elle aurait pu partir avec ses enfants malheureux. Mais elle est restée. Madame le Maire Bosquinha et l’Evêque Peregrino lui ont tous les deux suggéré de le quitter. Elle leur a dit de se mêler de leurs affaires.
De nombreux Lusos rirent ; ils pouvaient imaginer Novinha, les lèvres serrées, rembarrant l’évêque, résistant à Bosquinha. Ils n’aimaient guère Novinha, c’était un fait, mais c’était pratiquement la seule habitante de Milagre qui pouvait faire un pied de nez à l’autorité.
L’évêque se souvint de la scène qui s’était déroulée dans son bureau plus d’une décennie auparavant. Elle n’avait pas employé les mots cités par le Porte-Parole, mais le résultat était le même. Cependant, il était seul. Qui était ce Porte-Parole et comment était-il possible qu’il sache ce qu’il devait ignorer ?
Quand les rires cessèrent, le Porte-Parole poursuivit :
— Un lien quelconque les emprisonnait dans un mariage qu’ils haïssaient. Ce lien était la maladie de Marcão.
Sa voix était moins puissante, à présent. Les Lusos tendirent l’oreille.
— Elle modela sa vie dès l’instant de sa conception. Les gènes que lui donnèrent ses parents se combinèrent de telle façon que, dès l’âge de la puberté, les cellules de ses glandes entamèrent une transformation régulière et irréversible en tissus graisseux. Le Docteur Navio pourrait mieux que moi vous expliquer cette évolution. Marcão savait depuis l’enfance qu’il était victime de cette affection ; ses parents l’apprirent avant de mourir de la Descolada ; Gusto et Cida étaient au courant parce qu’ils avaient effectué des tests biologiques sur tous les habitants de Lusitania. Tous étaient morts. Une seule autre personne savait, celle qui avait hérité des dossiers biologiques. Novinha.
Le Docteur Navio fut troublé. Si elle était au courant avant leur mariage, elle savait certainement que presque tous les gens atteints de cette maladie étaient stériles. Pourquoi l’avait-elle épousé alors qu’elle savait qu’il n’avait pas la moindre chance d’engendrer des enfants ? Puis il comprit ce qu’il aurait dû constater beaucoup plus tôt, à savoir que Marcão n’était pas une exception rare à l’évolution de la maladie. Il n’y avait pas d’exception. Navio rougit. Ce que le Porte-Parole était sur le point de dire était innommable.