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La voix des morts [Speaker for the Dead - fr]

Электронная книга - «La voix des morts [Speaker for the Dead - fr]». Краткое содержание книги:

3 000 ans ont passé depuis le massacre des doryphores. Mais seulement vingt-six ans pour Ender Wiggin. Paradoxe de la relativité du temps dans l’espace ! Hanté par sa participation au génocide d’un peuple, Ender poursuit sa quête : trouver une planète où il pourra enfin déposer le cocon de la reine des doryphores.
Serait-ce Lusitania ? Là vivent les piggies, drôles de petits cochons à l’esprit agile. Des êtres étranges, véritable énigme pour les hommes. N’ont-ils pas assassiné, sans mobile apparent, le scientifique qui les étudiait ? Une mort mystérieuse et rituelle. Ender s’est jure de découvrir la vérité sur ce meurtre. Malgré la peur et l’incompréhension des hommes.
La paix régnera-t-elle un jour entre des races aussi différentes ? Les hommes, les piggies et… pourquoi pas les doryphores ?
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— Novinha savait que Marcão se mourait, reprit le Porte-Parole. Elle savait également, avant de l’épouser, qu’il était absolument et totalement stérile.

Quelques instants s’écoulèrent avant que le sens de ces paroles soit clairement assimilé. Ela eut l’impression que ses organes se transformaient en eau à l’intérieur de son corps. Elle vit, sans tourner la tête, que Miro était devenu rigide, que ses joues avaient pâli.

Le Porte-Parole poursuivit, malgré les murmures de la foule :

— J’ai vu les examens génétiques. Marcão Maria Ribeira n’a conçu aucun enfant. Son épouse a eu des enfants, mais ce n’étaient pas les siens, et il le savait, et elle savait qu’il le savait. Cela faisait partie du marché qu’ils avaient conclu lorsqu’ils s’étaient mariés.

Les murmures se muèrent en conversations, les grognements en plaintes et, lorsque le bruit arriva à son paroxysme, Quim se leva d’un bond et cria, hurla, au Porte-Parole :

— Ma mère n’est pas une femme adultère ! Je vous tuerai si vous la traitez de putain !

Ses derniers mots retentirent dans le silence. Le Porte-Parole ne répondit pas. Il se contenta d’attendre, son regard fixé sur le visage enflammé. Jusqu’au moment où Quim se rendit compte que c’était lui, pas le Porte-Parole, qui avait prononcé les paroles qui retentissaient encore à ses oreilles. Il frémit. Il regarda sa mère, assise par terre près de lui, mais sans rigidité, désormais, tassée sur elle-même et petite, fixant ses mains qui tremblaient sur ses genoux.

— Dis-leur, maman, pressa Quim.

Sa voix lui parut plus suppliante qu’il ne croyait. Elle ne répondit pas. Elle ne prononça pas un mot, ne se tourna pas vers lui. S’il n’avait pas été convaincu du contraire, il aurait cru que ses mains tremblantes étaient un aveu, qu’elle avait honte, comme si ce que le Porte-Parole venait de dire était la vérité que Dieu en personne aurait confiée à Quim, s’il avait posé la question. Il se souvint du Père Mateu décrivant les tourments de l’enfer : Dieu crache sur les adultères, ils ridiculisent le pouvoir de création qu’il partage avec eux, ils n’ont pas, en eux, la bonté susceptible de les distinguer des amibes. Quim eut un goût de bile dans la bouche. Ce que le Porte-Parole venait de dire était vrai.

— Mamãe, dit-il d’une voix forte, ironiquement, quem fôde p’ra fazer-me ?

Les auditeurs sursautèrent. Olhado se dressa immédiatement, les poings serrés. Ce n’est qu’à cet instant que Novinha réagit, tendant la main pour empêcher Olhado de frapper son frère. Quim remarqua à peine qu’Olhado s’était dressé pour défendre leur mère ; il constata seulement que Miro ne l’avait pas fait. Miro avait également compris que c’était vrai.

Quim respira profondément puis pivota sur lui-même, paraissant un instant égaré ; ensuite, il se fraya un chemin dans la foule. Personne ne lui adressa la parole, mais tout le monde le regarda partir. Si Novinha avait nié l’accusation, ils l’auraient crue, ils auraient lynché le Porte-Parole qui avait osé accuser la fille d’Os Venerados d’un tel péché. Mais elle n’avait pas nié. Elle avait laissé son propre fils l’accuser de façon obscène et n’avait pas protesté. C’était vrai. Et, à présent, ils écoutaient avec fascination. Rares étaient ceux qui se trouvaient réellement impliqués.

Ils avaient simplement envie de savoir qui était le père des enfants de Novinha.

Le Porte-Parole reprit calmement le fil de son histoire :

— Après la mort de ses parents, et avant la naissance de ses enfants, Novinha n’a aimé que deux personnes. Pipo fut son deuxième père. Novinha lia son existence à lui ; pendant quelques brèves années, elle sut ce que signifiait une véritable vie de famille. Puis il mourut et Novinha crut qu’elle l’avait tué.

Les gens assis près de la famille de Novinha virent Quara s’agenouiller devant Ela et l’entendirent demander :

— Pourquoi Quim s’est-il mis en colère ?

Ela répondit à voix basse :

— Parce que papai n’était pas vraiment notre père.

— Oh ! fit Quara. Le Porte-Parole est-il notre père, à présent ?

Elle paraissait pleine d’espoir. Ela la fit taire.

— Le soir de la mort de Pipo, poursuivit le Porte-Parole, Novinha lui montra une de ses découvertes en rapport avec la Descolada et la façon dont elle agit sur les plantes et les animaux de Lusitania. Pipo, contrairement à elle, vit toutes les conséquences de son travail. Il se précipita dans la forêt où attendaient les piggies. Peut-être leur dit-il ce qu’il avait découvert. Peut-être le devinèrent-ils. Mais Novinha se considéra comme responsable parce qu’elle lui avait communiqué un secret que les piggies voulaient absolument garder, même au prix d’un assassinat.

» Il était trop tard pour défaire ce qui avait été fait. Mais elle pouvait empêcher que cela ne se reproduise. De sorte qu’elle cacha toutes les archives liées à la Descolada et à ce qu’elle avait montré à Pipo ce soir-là. Elle savait qui ces archives étaient susceptibles d’intéresser. C’était Libo, le nouveau Zenador. Si Pipo avait été son père, Libo avait été son frère, et plus que son frère. La mort de Pipo était difficile à accepter, mais celle de Libo l’aurait été davantage. Il demanda les archives. Il exigea de les voir. Elle répondit qu’elle ne lui permettrait jamais de les examiner.

» Ils savaient tous les deux exactement ce que cela signifiait. S’il l’épousait, il pourrait passer outre aux protections de ces archives. Ils s’aimaient désespérément, ils avaient plus que jamais besoin l’un de l’autre, mais Novinha ne pourrait jamais l’épouser. Il ne promettrait jamais de ne pas lire ses dossiers et, même s’il avait fait une telle promesse, il n’aurait pas pu la tenir. Il comprendrait certainement ce que son père avait compris. Il mourrait.

» Refuser de l’épouser était une chose. Vivre sans lui en était une autre. De sorte qu’elle ne vécut pas sans lui. Elle conclut un marché avec Marcão. Elle l’épouserait devant la loi, mais son mari véritable et le père de ses enfants serait – fut – Libo. »

Bruxinha, la veuve de Libo, se dressa sur ses jambes tremblantes, le visage couvert de larmes, et gémit :

— Mentira, mentira.

Mensonges, mensonges.

Mais ses larmes n’exprimaient pas la colère, simplement le chagrin. Elle pleurait une nouvelle fois la perte de son mari. Trois de ses filles l’aidèrent à quitter la praça.

Doucement, le Porte-Parole poursuivit, tandis qu’elle s’en allait :

— Libo savait qu’il faisait du mal à Bruxinha, son épouse, et à leurs quatre filles. Il se haïssait en raison de sa conduite. Il tentait de rester à l’écart. Pendant des mois, parfois des années, il y parvenait. Novinha essaya également, de son côté. Elle refusa de le voir, même de lui parler. Elle interdit à ses enfants de mentionner son nom. Puis Libo se crut assez fort pour pouvoir la rencontrer sans retomber dans les vieilles habitudes. Novinha se sentait terriblement seule, avec son mari qu’il était impossible de comparer à Libo. Ils ne prétendirent jamais que ce qu’ils faisaient était bien. Ils ne pouvaient pas vivre longtemps sans, voilà tout.

Bruxinha entendit cela tandis qu’elle s’éloignait. Ce n’était qu’une maigre consolation, naturellement, mais, en la regardant partir, l’Evêque Peregrino reconnut que le Porte-Parole lui faisait un cadeau. Elle était la victime la plus innocente de cette vérité cruelle, mais il ne lui laissait pas seulement les cendres, il lui donnait le moyen de vivre en sachant ce que son mari avait fait. Ce n’est pas votre faute, lui disait-il. Vous n’auriez pas pu empêcher cela. Votre mari a échoué, pas vous. Sainte Vierge, pria silencieusement l’évêque, faites que Bruxinha entende ce qu’il dit et le croie.

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