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La voix des morts [Speaker for the Dead - fr]

Электронная книга - «La voix des morts [Speaker for the Dead - fr]». Краткое содержание книги:

3 000 ans ont passé depuis le massacre des doryphores. Mais seulement vingt-six ans pour Ender Wiggin. Paradoxe de la relativité du temps dans l’espace ! Hanté par sa participation au génocide d’un peuple, Ender poursuit sa quête : trouver une planète où il pourra enfin déposer le cocon de la reine des doryphores.
Serait-ce Lusitania ? Là vivent les piggies, drôles de petits cochons à l’esprit agile. Des êtres étranges, véritable énigme pour les hommes. N’ont-ils pas assassiné, sans mobile apparent, le scientifique qui les étudiait ? Une mort mystérieuse et rituelle. Ender s’est jure de découvrir la vérité sur ce meurtre. Malgré la peur et l’incompréhension des hommes.
La paix régnera-t-elle un jour entre des races aussi différentes ? Les hommes, les piggies et… pourquoi pas les doryphores ?
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La veuve de Libo ne fut pas seule à pleurer. Plusieurs centaines d’yeux, qui la regardèrent partir étaient également pleins de larmes. Découvrir que Novinha était une femme adultère était choquant mais délicieux : la femme au cœur d’acier avait un point faible et, au bout du compte, n’était pas meilleure qu’eux. Mais découvrir ce même point faible chez Libo ne procurait aucun plaisir. Tout le monde l’aimait. Sa générosité, sa gentillesse, sa sagesse qu’ils admiraient tant, ils n’avaient pas envie de savoir qu’elles étaient un masque.

De sorte qu’ils furent étonnés lorsque le Porte-Parole leur rappela qu’il ne Parlait pas la mort de Libo.

— Pourquoi Marcão Ribeira a-t-il accepté cela ? Novinha croyait que c’était parce qu’il voulait une épouse et l’illusion d’avoir des enfants, afin de ne pas avoir honte face à la communauté. C’était partiellement cela. Pour l’essentiel, toutefois, il l’épousait parce qu’il l’aimait. Il n’espéra jamais vraiment qu’elle l’aimerait comme il l’aimait, parce qu’il l’adorait, qu’elle était une déesse et qu’il se savait malade, écœurant, semblable à un animal méprisable. Il savait qu’elle ne pourrait jamais l’adorer, ni même l’aimer. Il espérait qu’elle éprouverait un jour de l’affection pour lui. Qu’elle lui accorderait une forme de loyauté.

Le Porte-Parole garda quelques instants la tête baissée. Les Lusos entendirent les mots qu’il n’avait pas besoin de prononcer : cela n’arriva jamais.

— Chaque nouvel enfant, reprit le Porte-Parole, était une preuve supplémentaire de l’échec de Marcão, démontrait que la déesse le trouvait toujours indigne. Pourquoi ? Il était loyal. Il n’avait jamais laissé entendre à ses enfants qu’ils n’étaient pas de lui. Il n’avait jamais trahi la promesse faite à Novinha. Ne méritait-il pas une récompense ? Parfois, cela était insupportable. Il refusait d’accepter son jugement. Ce n’était pas une déesse. Ses enfants étaient tous des bâtards. C’était ce qu’il se disait lorsqu’il la frappait, lorsqu’il injuriait Miro.

Miro entendit son nom mais ne se rendit absolument pas compte qu’il avait un rapport avec lui. Il n’aurait jamais imaginé que ses relations avec la réalité puissent être aussi fragiles, et cette journée lui avait apporté de trop nombreux chocs. La magie impossible des piggies avec les arbres. Maman et Libo amants. Ouanda qui cessait soudain d’être aussi proche de lui que son propre corps, sa propre personne, et lui devenait d’un seul coup aussi étrangère qu’Ela, que Quara, se muant en une sœur supplémentaire. Ses yeux ne voyaient pas l’herbe ; la voix du Porte-Parole était un bruit pur, il ne comprenait pas le sens des mots, seulement ce bruit terrifiant. Miro avait appelé cette voix, avait désiré qu’elle Parle la mort de Libo. Comment aurait-il pu supposer que, à la place du prêtre bienveillant d’une religion humaniste, il aurait le premier Porte-Parole en personne, avec son esprit pénétrant et son intuition beaucoup trop parfaite ? Comment aurait-il pu supposer que, sous ce masque emphatique, se cachait Ender le Destructeur, le Lucifer mythique du plus grand crime de l’humanité, décidé à rester fidèle à son nom, ridiculisant l’œuvre de toute la vie de Pipo, Libo, Ouanda et Miro lui-même en découvrant en une heure passée avec les piggies ce que les autres avaient été incapables de voir en cinquante ans, puis lui arrachant Ouanda d’un coup unique et impitoyable de la lame de la vérité ? Telle était la voix que Miro entendait, son unique certitude rescapée, cette voix insistante et terrifiante. Miro se cramponna à son bruit, s’efforçant de le haïr, mais échouant parce qu’il savait, incapable de s’abuser plus longtemps, il savait qu’Ender était un destructeur, mais que ce qu’il détruisait était illusion et que l’illusion devait mourir. La vérité sur les piggies, la vérité sur nous-mêmes. Bizarrement, cet homme venu de l’antiquité est capable de voir la vérité sans être aveuglé par elle, sans qu’elle le rende fou. Je dois écouter cette voix et me laisser pénétrer par sa puissance afin de pouvoir, moi aussi, fixer le soleil sans mourir.

— Novinha savait ce qu’elle était. Une femme adultère, une hypocrite. Elle savait qu’elle faisait du mal à Marcão, à Libo, à ses enfants, à Bruxinha. Elle savait qu’elle avait tué Pipo. De sorte qu’elle supporta, suscita, même, le châtiment de Marcão. Ce fut sa pénitence. Et cette pénitence ne fut jamais assez longue. Peu importait que Marcão la haïsse, elle se haïssait davantage.

L’évêque hocha lentement la tête. Le Porte-Parole avait commis un acte monstrueux en dévoilant ces secrets devant toute la communauté. Il aurait fallu les dire dans le confessionnal. Néanmoins, Peregrino en perçut la puissance, la façon dont l’ensemble de la communauté fut contrainte de découvrir ces gens qu’elle croyait connaître, puis de les découvrir encore et encore ; et chaque nouvelle version de l’histoire les obligeait à se remettre également en question car ils avaient joué un rôle dans l’histoire, avaient eu affaire à tous ces gens, cent fois, mille fois, sans savoir qui ils étaient. Ce fut une épreuve douloureuse, effrayante, mais, au bout du compte, elle eut un effet étrangement apaisant. L’évêque se pencha vers son secrétaire et dit :

— Au moins, les racontars ne tireront rien de cela – il ne reste plus le moindre secret.

— Tous les acteurs de cette histoire ont connu la douleur, conclut le Porte-Parole. Tous se sont sacrifiés pour ceux qu’ils aimaient. Tous ont fait terriblement souffrir ceux qu’ils aimaient. Et vous qui m’écoutez aujourd’hui, vous avez également été cause de douleur. Mais n’oubliez pas ceci : la vie de Marcão fut tragique et cruelle, mais il aurait pu dénoncer le marché qui le liait à Novinha. Il a choisi de rester. Il devait y trouver une joie quelconque. Et Novinha : elle a enfreint les lois de Dieu, qui assurent la cohésion de cette communauté. Elle a également supporté le châtiment. L’Eglise n’exige pas de pénitence aussi terrible que celle qu’elle s’est imposée. Et si vous vous laissez aller à croire qu’elle mérite les cruautés mesquines que vous pourriez lui imposer, gardez ceci présent à l’esprit : elle a tout supporté, tout fait dans un seul but : empêcher les piggies de tuer Libo.

Ces mots laissèrent des cendres dans leur cœur.

Olhado se leva, alla près de sa mère, s’agenouilla près d’elle, la prit par les épaules. Ela était à ses côtés, mais elle était couchée par terre et pleurait. Quara vint s’immobiliser devant sa mère, la fixant avec stupéfaction. Et Grego se cacha le visage contre les genoux de sa mère et sanglota. Ceux qui se trouvaient à proximité purent l’entendre murmurer.

— Todos papai é morto. Não tenha tem papai.

Tous mes papas sont morts. Je n’ai pas de papa.

Ouanda se tenait à l’entrée de l’allée, où elle avait accompagné sa mère avant la fin du récit du Porte-Parole. Elle chercha Miro, mais il était déjà parti.

Ender se tenait derrière l’estrade, regardant la famille de Novinha, regrettant de ne rien pouvoir faire pour atténuer la douleur. La douleur succédait toujours à un tel récit, parce que le Porte-Parole des Morts ne faisait rien pour atténuer la vérité. Mais il était rare que les gens aient vécu aussi profondément enfoncés dans le mensonge que Marcão, Libo et Novinha ; il était rare que des chocs aussi nombreux, des informations aussi abondantes les contraignent à réviser leurs opinions sur des personnes qu’ils connaissaient, des personnes qu’ils aimaient. Ender comprit, en regardant les visages levés vers lui, qu’il avait rouvert de douloureuses blessures. Il les avait toutes ressenties, comme s’ils lui avaient communiqué leur souffrance. Bruxinha avait été la plus étonnée, mais Ender savait qu’elle n’était pas la plus gravement blessée. Cette distinction revenait à Miro et à Ouanda qui croyaient savoir ce que l’avenir leur apporterait. Mais Ender avait également éprouvé les douleurs qu’ils ressentaient auparavant, et il savait que les blessures nouvelles se cicatriseraient beaucoup plus rapidement que les anciennes. Novinha ne s’en rendait peut-être pas compte, mais Ender l’avait débarrassée d’un fardeau qu’elle n’aurait sans doute pas pu supporter plus longtemps.

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