Les Pardaillan – Livre III – La Fausta
- Автор: Zévaco Michel
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Les Pardaillan – Livre III – La Fausta». Краткое содержание книги:
– Ah! sœur Mariange, quelle aventure!… Mais vous me promettez bien au moins de n’en rien dire?
– Sur ma patronne, je vous le jure, dit Mariange qui cherchait déjà dans sa tête à qui elle pourrait bien répéter ce qu’elle allait entendre…
– Eh bien, il y a un homme au couvent!…
– Ceci n’est pas neuf, et si ce n’est que cela…
– Oui, mais un homme installé à demeure… ou plutôt deux hommes maintenant… et une prisonnière!…
Alors sœur Philomène fit un récit exact et détaillé de ce qu’elle venait de voir. Et lorsque ce récit fut terminé, sœur Mariange tomba dans une profonde méditation. Sous ses dehors frustes, c’était une matoise, habile à tout comprendre et surtout à tirer bon parti de ce qu’elle avait une fois compris. Et le résultat de ses réflexions fut que non seulement elle résolut de ne pas ébruiter le secret découvert par sœur Philomène, mais encore qu’elle dit à celle-ci:
– Écoutez, sœur Philomène, c’est très grave, ce que vous venez de me dire.
– Vous croyez, sœur Mariange?
– J’en suis sûre. Je crois que Mme de Beauvilliers prendrait des mesures terribles contre nous si elle savait que nous savons…
– Jésus! Vous m’effrayez!…
– Ce qui est sûr, c’est que si vous parvenez à taire votre langue…
– Vous m’offensez, dame Mariange!
Elles oubliaient en effet, parfois, qu’elles étaient sœurs. Elles l’étaient si peu!
– Je sais, dit froidement Mariange, que je vous offense en vous croyant capable d’arrêter votre langue, ne fut-ce qu’une minute. Mais cette fois, pourtant, il faudra vous résoudre à vous taire.
– Et qu’y gagnerai-je? s’écria Philomène.
– Une fortune peut-être! La vie assurée! Songez à cela, sœur Philomène.
– Oui, mais comment?…
– Ceci, c’est mon secret à moi. Et comme je ne veux pas qu’il coure le couvent, je le garde.
– Cependant, je voudrais bien savoir… je suis curieuse, c’est mon seul défaut.
– Vous saurez plus tard. En attendant, si vous voulez gagner de l’or beaucoup d’or, de quoi vous vêtir comme une dame de bourgeoisie, de quoi séduire enfin ce héros dont vous m’avez parlé, eh bien, taisez-vous!
Philomène, insensible à l’appât de l’or, frémit à la pensée qu’elle pouvait retrouver et achever de séduire le beau Croasse. Elle jura de se taire… Alors, sœur Mariange sortit en toute hâte; mais pour plus de sûreté, elle enferma Philomène dans le réduit.
Mariange se dirigea rapidement vers le vieux pavillon qu’elle avait elle-même désigné à Pardaillan et à Charles d’Angoulême. Mais ce fut en vain qu’elle y pénétra précipitamment. Le pavillon était vide. Elle courut à la brèche monta sur le pan de mur écroulé, et inspecta longuement les environs, mais il n’y avait plus personne.
XXVI L’ENCLOS DU COUVENT
Lorsque le lamentable Croasse, tremblant de tous ses membres, fut entré dans la maisonnette, Belgodère qui le suivait, son terrible gourdin au poing, ferma la porte soigneusement et s’adressant à son piteux hercule que la frayeur rendait vacillant comme un homme ivre:
– Or ça, tu me cherchais, m’as-tu dit… Eh bien, me voilà. Que me veux-tu?… Qu’as-tu à me dire?…
– Maître… je voulais… vous nous aviez quittés… je… mai… aî… tre…
Croasse, qui louchait lamentablement sur la menaçante trique, bégayait éperdument ne sachant à quel saint se vouer et surtout ne trouvant pas, malgré tous ses efforts, une explication plausible.
– Cornes du diable! fit Belgodère, peu patient de son naturel, es-tu donc mué en mouton moutonnant?… Tu bêles et ne réponds pas!… Faut-il te délier la langue tout de suite?…
Et le bohémien levait déjà sa matraque pour frapper… ce qu’il appelait délier la langue. Le coup n’était pas encore porté que déjà Croasse s’écroulait en faisant entendre un beuglement lugubre. Pourtant, tout en tendant le dos avec résignation, l’ancien chantre mugissait:
– Jésus!… je suis mort!… Holà!… ne frappez pas… je vous dirai tout…
Et dans son for intérieur il ajoutait: «Ah! Philomène! Philomène!… où m’as-tu conduit?… Ah! misère de moi!…»
– As-tu fini de m’écorcher les oreilles?… Tout à l’heure tu bêlais, et maintenant tu beugles comme un veau… Ça, fleur de potence, explique-toi… et fais bien attention à ce que tu vas dire… ou, par Belzébuth, je te frictionne si bien qu’il ne restera pas un pouce de ta vilaine carcasse que mon bâton n’ait caressé d’importance.
– Hélas! gémit Croasse, je ne sais que trop qu’il me faudra toujours en venir à cette triste extrémité… Quoi que je dise ou quoi que je fasse, je serai rossé quand même… Ah! pauvre de moi!…
– Peut-être!… dit le bohémien; si tu parles sincèrement, tu seras épargné… pour cette fois-ci.
Belgodère ne faisait pas cette vague promesse par bonté d’âme, ou parce qu’il s’était senti ému par les plaintes sonores de son «hercule», mais tout simplement parce qu’il importait essentiellement à ce sacripant de savoir comment et pourquoi son ancien employé se trouvait inopinément à un endroit où il était à mille lieues de s’attendre à le voir.
Quoi qu’il en soit, et si vague qu’eût été sa promesse, elle rendit, avec une lueur d’espoir, un peu de force et de courage au malheureux Croasse qui en avait bien besoin.
– Si je vous dis la vérité, vous ne me frapperez pas? interrogea-t-il anxieusement.
– Cela dépendra de ce que tu me diras… Va!… je t’écoute.
Croasse vit bien qu’il lui fallait se contenter de ces paroles, si peu encourageantes fussent-elles, et qu’il ne tirerait pas davantage de ce maître qu’il maudissait du fond de l’âme. La vue du solide gourdin au poing robuste du bohémien, paralysait tous les efforts de son imagination. Si bien que sur un geste d’impatience de son bourreau, il résolut tout uniment de dire la vérité toute nue sans s’inquiéter des suites qu’elle pourrait avoir pour ses nouveaux maîtres: le sire de Pardaillan et le duc d’Angoulême qu’il regrettait amèrement en ce moment, car ceux-là du moins ne lui parlaient pas la matraque au poing. Ce fut donc d’une voix mal assurée qu’il commença son récit:
– Voilà, maître… Votre disparition soudaine… car soit dit sans reproches, vous nous avez quittés brusquement, sans nous rien dire…
– Après… interrompit brutalement le bohémien… Ai-je des comptes à vous rendre?…
– Je ne dis pas cela, dit précipitamment Croasse, je ne dis pas cela… Vous êtes bien maître d’aller où bon vous semble… et vous n’avez rien à nous dire en effet… Je veux dire simplement que votre brusque départ nous a laissés, Picouic et moi, dans un cruel embarras… l’hôte de l’auberge de l’Espérance nous ayant mis dehors, nous ne savions que devenir!
– Cet animal a raison au fait, murmura Belgodère.
Notons ici que Croasse mentait effrontément, car on se souvient que Picouic et lui avaient bellement profité d’une absence du bohémien pour gagner la rue et se mettre en quête d’un maître qui eut à leur disposition autre chose que des coups de trique, et que ce maître, ils croyaient bien l’avoir trouvé en la personne du chevalier de Pardaillan.