Les Pardaillan – Livre III – La Fausta
- Автор: Zévaco Michel
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Les Pardaillan – Livre III – La Fausta». Краткое содержание книги:
– Elle est morte, dit Fausta avec une implacable tranquillité.
Farnèse eut un rugissement de douleur, comme si pour la première fois il entendait l’affreuse parole.
– Elle est morte, continua Fausta. J’ai voulu savoir si vous, mon premier disciple, vous étiez assez dégagé des faiblesses humaines pour sacrifier même votre fille à la cause sacrée pour laquelle vous deviez dévouer votre sang jusqu’à sa dernière goutte, votre cœur jusqu’à sa dernière palpitation, votre âme jusqu’à sa dernière lueur… Si je vous avais vu tel que je vous espérais, Farnèse… qui sait de quoi j’eusse été capable, et quelle magnifique récompense j’eusse trouvée pour vous! Qui sait même si un miracle ne vous eût pas rendu celle que vous pleurez!…
– Un miracle, madame! gronda Farnèse dont les yeux devinrent sanglants. Il n’y a plus de miracles, s’il y en a jamais eu!
– Qu’en savez-vous, cardinal? demanda Fausta d’une telle voix d’auguste majesté que Farnèse frissonna et chancela, éperdu.
Mais recouvrant son sang-froid avec sa douleur:
– Rêves insensés! dit-il sourdement. N’espérez pas, madame, échapper à la sentence en me berçant d’un puéril espoir. Puisque ma fille est morte, nulle puissance ne me la rendra!… Et puisque vous l’avez tuée, je vais vous tuer!…
À ces mots, le cardinal fit un mouvement comme s’il allait appeler le bourreau. Mais en même temps, Fausta se leva. Et elle marcha si flamboyante dans sa sérénité, si terrible dans sa majesté, que le cardinal s’arrêta et qu’une secrète horreur l’envahit tout à coup. Fausta posa sa main sur le bras de Farnèse et prononça:
– Puisque votre rébellion vous damne, puisque vous n’avez pas voulu que fût tenté le miracle de joie, puisque, par votre révolte, celle qui pouvait être la résurrection de votre âme est à jamais perdue pour vous, eh bien… que s’accomplisse donc le miracle de désespoir, vivez avec celle qui est la mort de votre âme!
– Que voulez-vous dire? balbutia Farnèse. Qui donc est celle que vous dites?…
– Cherche en toi-même! Tu la crois morte depuis seize ans!…
– Oui! oui! elle est morte!… dit Farnèse, avec un accent d’indicible terreur.
– Regarde! dit Fausta.
Farnèse se tourna vers le point où marchait Fausta, et il vit Saïzuma.
– La bohémienne! murmura-t-il sourdement.
Fausta, d’un geste rapide, fit tomber le masque de Saïzuma, et elle répéta:
– Regarde!…
– Léonore! rugit Farnèse en reculant, tandis que Saïzuma s’avançait vers lui.
– Qui donc a prononcé mon nom? demanda la bohémienne.
Farnèse livide, les yeux exorbités, les cheveux hérissés, reculait toujours… Il recula jusqu’à ce qu’il rencontrât le mur, et alors il s’y adossa, le visage dans les deux mains. Et quand Saïzuma fut tout près de lui, il tomba à genoux en bégayant:
– Léonore! Léonore! Est-ce toi?» Es-tu un spectre sorti du tombeau?…
À ce moment, la voix éclatante de Fausta s’éleva.
– Adieu, cardinal! Je te mets aujourd’hui aux prises avec Léonore de Montaigues, ton amante!… Prends garde que je ne te mette un jour aux prises avec le spectre de ta fille!…
Mais Farnèse n’entendait pas. La vie était suspendue pour lui.
Il ne voyait même plus Fausta… il ne voyait que Saïzuma… Léonore… le spectre!…
Fausta s’était dirigée vers la porte sans hâter le pas. Là, elle trouva Claude qui attendait et qui, la voyant apparaître, demeura stupide d’étonnement. Que s’était-il donc passé?… Farnèse avait-il pardonné?… D’un bond le bourreau pénétra dans la salle, courut à Farnèse, et vit alors Saïzuma qui se penchait sur le cardinal.
– La mère de Violetta!… murmura-t-il pétrifié.
Et Claude recula de quelques pas, effaré, presque terrifié, par cette soudaine apparition de celle qu’il avait dû jadis, par un matin de novembre, exécuter sur la place de Grève. Alors, à l’attitude de Farnèse, de l’amant de Léonore, il comprit pourquoi Fausta avait pu sortir si tranquillement de cette salle où elle devait mourir. Mais la vue de Léonore de Montaigues ne pouvait produire sur lui le même effet qu’elle venait de produire sur le cardinal. Sa haine, qui un moment avait fait place à la stupéfaction, lui revint plus violente.
– Eh bien! murmura-t-il, je serai donc seul à exécuter cette femme!
Et il s’élança au-dehors sur les traces de Fausta. Mais déjà celle-ci avait rejoint son escorte devant le grand porche du couvent. De loin, Claude vit la litière s’éloigner, entourée de cavaliers.
– Elle m’échappe! gronda-t-il. C’est bien. Une autre fois, j’agirai seul!…
XXIV LA SŒUR PHILOMÈNE
Maître Claude revint sur ses pas. Un instant, il s’arrêta devant le pavillon où il avait laissé le prince Farnèse aux prises avec ses remords et ses terreurs personnifiés par ce spectre du passé qui s’appelait Saïzuma. Mais bientôt, haussant les épaules, il se dirigea vers la brèche. Il songeait, en marchant lentement:
«Fausta sait que le cardinal Farnèse veut la tuer. C’est elle qui a amené la malheureuse Léonore au cardinal. Pourquoi?… Elle avait une escorte suffisante pour faire saisir Farnèse… elle s’éloigne simplement. Pourquoi?… Quelle est la pensée de cette femme?… Pourquoi n’a-t-elle pas essayé de me saisir moi-même?…»
Claude franchit la brèche par où il était entré avec le cardinal Farnèse et s’enfonça sous les beaux châtaigniers mêlés de hêtres, qui élevaient leurs masses touffues sur la montagne aujourd’hui couverte de maisons.
Comme Claude descendait les rampes abruptes, il vit monter quatre hommes qui marchaient en deux groupes. Il se demanda ce qu’ils venaient faire là et s’il ne devait pas les suivre jusqu’au couvent vers lequel ils paraissaient se diriger. Mais à quoi bon?… Que lui étaient ces étrangers? Et puis, dans le couvent, il n’y avait plus rien d’intéressant pour lui. Plus rien d’intéressant au monde, puisque Violetta était morte!…
Claude continua à descendre et croisa les deux premiers de ces inconnus qu’il salua gravement. Ils lui rendirent son salut, le plus âgé d’un signe de la main, le plus jeune en soulevant son chapeau. Et Claude continua son chemin vers Paris.
Ce jeune seigneur que Claude ne connaissait pas et qui venait de lui rendre son salut plus courtoisement que ne faisaient en général les gentilshommes à un simple bourgeois comme lui, c’était celui-là même qu’il avait été chercher à l’Auberge de l’Espérance pour le conduire auprès de Violetta… c’était Charles d’Angoulême.
Il rayonnait d’espoir, le petit duc! Cette bouche d’or de Pardaillan lui avait si bien répété qu’il retrouverait Violetta, lui avait donné de si bonnes raisons, lui avait tant affirmé qu’en amour, il n’y a que la mort qui sépare pour de bon!…
Il montait donc fort allègrement les pentes de Montmartre, trouvant la nature charmante, Pardaillan le meilleur des compagnons, convaincu que là-haut il allait trouver la bohémienne Saïzuma, et que par la bohémienne, il finirait par savoir la retraite de Belgodère, et par conséquent de Violetta. Car selon toutes les apparences, Violetta devait se trouver où se trouvait le bohémien.
Les quatre hommes parvinrent à la brèche. Pardaillan passa le premier, et ne voyant rien d’anormal et d’inquiétant, fit signe à Charles qui le suivit aussitôt. Bientôt ils furent rejoints par Croasse et Picouic… Dans le jardin, les deux vieilles religieuses continuaient à bêcher sous le grand soleil, la tête abritée par un voile, seule partie de leurs pauvres vêtements en loques qui rappelât que c’étaient là des sœurs appartenant à une communauté de bénédictines.