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Les Pardaillan – Livre III – La Fausta

Электронная книга - «Les Pardaillan – Livre III – La Fausta». Краткое содержание книги:

Nous sommes en 1573. Jean de Kervilliers, devenu monseigneur l'?v?que prince Farn?se, fait arr?ter L?onore, sa ma?tresse, fille du baron de Montaigues, supplici? pendant la Saint Barth?l?my. Alors que le bourreau lui passe la corde au coup, elle accouche d'une petite fille. Graci?e par le Pr?v?t, elle est emmen?e sans connaissance vers la prison. Devant les yeux du prince Farn?se tortur? par la situation, le voil? p?re et cependant homme d'?glise, la petite Violette est emport?e par ma?tre Claude, le bourreau…
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Philomène n’était pas une dévergondée. Le langage impudique qu’elle tenait au grand Croasse, les œillades qu’elle lui décochait, toute cette manœuvre d’une naïveté excessive n’étaient que le résultat d’une profonde ignorance. Seulement, cette ignorance était enragée.

Devant la question du prudent Croasse qui avait tout à coup soupçonné en elle un ennemi, Philomène baissa donc les yeux, soupira et se mit à lisser le bout de son tablier, comme eût pu faire une petite fille à qui on dit pour la première fois qu’elle est jolie. C’était grotesque, c’était hideux, c’était navrant peut-être, mais c’était d’une profonde et humaine sincérité: Philomène, sœur Philomène avait reçu le coup de foudre! Et le vainqueur de ce vieux cœur resté si jeune, c’était l’intrépide Croasse!…

– Enfin, reprit Croasse de cette belle voix qu’admirait tant Philomène, vous n’êtes pas venue seulement pour le plaisir de me contempler, je pense?

Philomène releva les paupières, et avec la hardiesse de son innocence répondit:

– Si fait!… vous êtes si beau!…

– Oh! oh! songea Croasse. Est-ce que j’étais aussi, sans le savoir, un bourreau de cœurs?…

Croasse médita quelques instants sur cette singulière destinée qui lui avait laissé ignorer jusqu’alors de quoi il était capable en guerre et en amour. Il examina d’un œil plus bienveillant Philomène qui palpitait et la vit moins laide, moins vieille qu’elle n’était.

Voyant l’effet que ce mot avait produit sur Croasse, Philomène s’enhardit encore et murmura:

– Je venais vous prier de visiter avec moi nos jardins… il y a des fleurs et des fruits…

Invité à visiter en compagnie de Philomène les fruits et les fleurs du jardin, Croasse comprit qu’il était de son devoir de répondre par une galanterie telle qu’on pouvait en attendre d’un bourreau de cœurs et d’un véritable héros d’armes; il ouvrit un large bec et croassa:

– Ô Philomène! que ne puis-je cueillir la fleur de votre modestie et les fruits de votre vertu!

C’était une déclaration que Croasse jugea audacieuse et Philomène décisive. Tous deux un instant demeurèrent ébahis, effarés, Philomène confuse et palpitante de sentir qu’elle tombait enfin dans les abîmes du péché, Croasse émerveillé. Il n’avait qu’à paraître et il triomphait sur tous les champs de bataille. Ils se regardèrent et se reconnurent dignes l’un de l’autre, jeunes, beaux, aimables. Croasse, de plus en plus audacieux, et se sentant irrésistible, saisit une main de Philomène. Et, la main dans la main, ils partirent côte à côte, la tête penchée.

Très astucieusement, Philomène tirait Croasse vers un coin désert de la communauté, coin propice aux déclarations amoureuses, et dont l’approche, par surcroît, était depuis quelques jours sévèrement interdit aux religieuses. Philomène, curieuse comme une pie, selon sa propre expression, et par-dessus le marché en mal d’amour, trouvait donc double avantage à gagner ce lieu où s’élevait une petite construction entourée de palissades: d’abord satisfaire sa curiosité et savoir pourquoi l’abbesse avait fait défense d’en approcher; ensuite, pouvoir continuer l’entretien avec Croasse à l’abri de toute indiscrétion. Grâce à de savants détours, Philomène put atteindre la région désirée, avec la certitude de n’avoir pas été aperçue. Lorsqu’elle arriva enfin à la palissade, son cœur battait à rompre.

– Il ne s’agit plus maintenant que d’entrer dans l’enceinte, murmura-t-elle faiblement.

– Et une fois dans l’enceinte, que ferons-nous? demanda Croasse.

– Eh bien! Ne voyez-vous pas cette maisonnette? C’est une charmante retraite où personne ne pourra venir nous épier et surprendre nos paroles…

Philomène avait cramponné sa main sèche au bras de Croasse. Sans plus d’explication, elle l’entraîna jusqu’à la porte de la palissade. Cette porte se trouvait fermée.

– Quel malheur! dit Philomène.

– Attendez, fit Croasse bouillonnant d’ardeur et d’audace, je vais sauter par-dessus la palissade, et quand je serai à l’intérieur je pourrai facilement vous ouvrir.

– Ah! vous êtes un héros!…

Déjà Croasse entreprenait l’escalade qui, grâce à sa hauteur démesurée, lui fut facile; quelques instants plus tard, il sautait dans l’enclos, et sans perdre une seconde se prépara à ouvrir à Philomène. À ce moment, il entendit derrière lui le bruit précipité de pas légers. Il se retourna et étouffa un cri de stupéfaction: une jeune fille accourait vers lui, cheveux épars, mains jointes, regard suppliant… une enfant adorablement belle dans sa terreur même.

– Ô monsieur, supplia-t-elle, qui que vous soyez, sauvez-moi! Emmenez-moi d’ici!…

– La petite chanteuse!… Violetta!… s’écria Croasse.

À cette voix, la jeune fille parut reconnaître soudain celui à qui elle s’adressait et s’arrêta.

– Ah! murmura-t-elle avec accablement, ce n’est pas un sauveur! Ce n’est qu’un aide de Belgodère!…

Et deux larmes roulèrent sur ses joues pâlies.

– Violetta! Ici! répéta Croasse. Mais comment se fait-il que?…

Croasse n’eut pas le temps d’en dire plus long; sur le seuil de la maisonnette apparaissait à cet instant quelqu’un qu’il ne connaissait que trop bien: c’était Belgodère!…

Belgodère n’était jamais apparu à Croasse qu’une trique à la main. Et cette fois encore, pour ne pas déroger à l’habitude sans doute, le bohémien, tout en s’avançant d’un pas tranquille, faisait tournoyer un gourdin de cornouiller de respectable apparence. Croasse pâlit et, poussant un long gémissement, flageola sur ses longues jambes.

Belgodère saisit rudement Violetta par le bras et gronda:

– Rentre, toi!… Une autre fois, ça ne se passera pas ainsi…

La pauvre petite baissa la tête et se dirigea lentement vers la maisonnette dans laquelle elle disparut. Belgodère l’accompagna jusqu’à ce qu’elle fût entrée. Alors il se retourna vers Croasse… Celui-ci, mettant à profit le court instant où il lui avait semblé que son terrible patron ne le regardait pas, s’était élancé pour franchir la palissade. Mais Belgodère le guettait du coin de l’œiclass="underline" au moment où l’infortuné Croasse allait enjamber la palissade, il fut saisi par le mollet et violemment ramené au sol. Croasse tomba à genoux. Belgodère saisit Croasse au collet de son pourpoint et le remit debout.

– Ah ça, dit-il, que fais-tu ici?

– Maître, balbutia Croasse, mais… je vous cherchais!…

– Eh bien! puisque tu me cherchais, tu m’as trouvé. Arrive!… Marche, ou gare la trique!…

Quelques instants plus tard, Croasse, blême d’épouvante, entrait à son tour dans la maisonnette, et il lui sembla qu’il pénétrait dans son tombeau. Philomène, à travers les planches mal jointes, avait assisté à toute cette scène, et avait tout entendu. Elle avait vu Violetta; elle avait vu Belgodère; elle avait vu Croasse tomber à genoux devant cet homme. Alors, saisie de crainte, elle s’était enfuie rapidement.

Elle emportait avec elle un amer regret et une profonde satisfaction. Le regret était pour l’unique aventure de sa vie, qui s’en allait à vau-l’eau. La satisfaction était pour ce secret qu’elle venait de surprendre.

Or, après la joie de surprendre un secret, il y en a une autre plus grande encore: c’est de le raconter. Et dix minutes ne s’étaient pas écoulées que sœur Philomène et sœur Mariange, installées toutes deux dans leur réduit, se préparaient l’une à raconter et l’autre à écouter de toutes ses oreilles.

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