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Les Pardaillan – Livre III – La Fausta

Электронная книга - «Les Pardaillan – Livre III – La Fausta». Краткое содержание книги:

Nous sommes en 1573. Jean de Kervilliers, devenu monseigneur l'?v?que prince Farn?se, fait arr?ter L?onore, sa ma?tresse, fille du baron de Montaigues, supplici? pendant la Saint Barth?l?my. Alors que le bourreau lui passe la corde au coup, elle accouche d'une petite fille. Graci?e par le Pr?v?t, elle est emmen?e sans connaissance vers la prison. Devant les yeux du prince Farn?se tortur? par la situation, le voil? p?re et cependant homme d'?glise, la petite Violette est emport?e par ma?tre Claude, le bourreau…
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Ce fut à ce moment, nos lecteurs ne l’ont peut-être pas oublié, que sœur Mariange apparut sur la brèche. Elle regarda au loin et ne vit personne. Mais Mariange était obstinée. Elle croyait avoir trouvé une occasion de faire fortune et elle était décidée à ne pas la laisser échapper. Elle commença donc à descendre précipitamment les pentes de la colline, se dirigeant vers la Grange-Batelière. Et lorsqu’elle fut arrivée à deux cents pas des murs de Paris, elle eut la satisfaction d’apercevoir un groupe qui s’enfonçait sous la porte Montmartre; dans ce groupe, elle reconnut aussitôt la bohémienne à son manteau bariolé et à sa démarche qu’il était difficile d’oublier quand une fois on l’avait vue.

Sœur Mariange, sans hésitation, se mit à courir de ses petites jambes courtaudes et s’engouffra à son tour sous la porte. Elle arriva à temps pour voir Saïzuma, toujours escortée de Pardaillan et de Charles, tourner à gauche. Alors, elle suivit à distance. La petite troupe, par des ruelles, parvint à cette grande artère du vieux Paris qui s’appelait la rue Saint-Denis. Il était d’autant plus facile à Mariange de suivre sans être remarquée que les rues étaient remplies d’une foule agitée, de bourgeois en armes et de gens qui criaient:

– Mort aux huguenots…

D’où venait cette agitation? Mariange ne se le demanda pas. Elle continua à marcher sans perdre de vue le manteau de la bohémienne. Et enfin, elle vit Pardaillan et toute la petite troupe entrer dans une auberge qu’elle ne connaissait pas. D’autre part, comme elle ne savait pas lire, elle ne put déchiffrer la belle enseigne qui se balançait sur sa tringle en fer, laquelle s’avançait jusqu’au milieu de la rue presque. Alors, elle interrogea une femme qui passait et sut le nom de l’auberge.

– La Devinière… bon!… grommela-t-elle en enfonçant ce nom dans sa mémoire.

Sœur Mariange se mit alors à faire les cent pas, réfléchissant sur cette aventure. Devait-elle parler à ces étrangers comme elle en avait eu l’intention?… C’était peut-être un moyen de gagner de l’argent, mais aussi de s’attirer la colère de l’abbesse. Elle songea à l’in-pace [12] et frissonna. C’était une matoise que cette Mariange. Elle se demanda s’il n’y aurait pas un moyen d’éviter l’in-pace où on pourrissait lentement, où elle se rappelait parfaitement qu’une sœur était morte de faim et de terreur; et en même temps, de ne pas renoncer au bénéfice qu’elle avait escompté.

– J’ai trouvé, fit-elle tout à coup. D’après tout ce que j’ai pu voir et entendre, l’abbesse a un gros intérêt à ne pas perdre de vue cette bohémienne du diable. Il est certain que le départ… la fuite de la bohémienne va donner de graves ennuis à Mme de Beauvilliers. Alors, moi, j’arrive, je lui révèle la retraite de la bohémienne et de ceux qui l’ont enlevée et comme récompense, je demande dix écus d’or… au moins!

On voit que Mariange, dans son imagination, arrangeait les choses à sa façon, mais en somme, qu’elle touchait à la réalité en ce qui concerne Saïzuma. Ayant ainsi combiné son petit plan, elle reprit en toute hâte le chemin de l’abbaye et, y étant parvenue, se présenta aussitôt devant l’abbesse qui venait de recevoir la visite de Belgodère et qui à ce moment même achevait une lettre. Claudine de Beauvilliers écouta attentivement le récit de Mariange, la félicita de sa vigilance et murmura:

– Au fait, voilà une messagère toute trouvée… Sûre et fidèle!…

Alors, à la lettre qu’elle venait d’écrire, elle ajouta un long post-scriptum. Puis ayant plié et cacheté sa missive, elle se tourna vers Mariange et dit:

– C’est un grand service que vous venez de nous rendre, ma sœur. Il faut que vous en soyez récompensée.

Mariange baissa les yeux, c’est-à-dire qu’elle rabattit sur la flamme de cupidité de ses petites prunelles noires le rideau clignotant de ses paupières aux bords rouges et sans cils.

– Prenez donc cette lettre, continua l’abbesse; celle à qui vous allez la porter vous récompensera mieux que je ne pourrais le faire; car je ne vous apprends rien, ma sœur, en vous disant que je suis bien pauvre, hélas! Votre récompense consistera donc à devenir aujourd’hui ma messagère… Seulement prenez garde que si vous perdiez cette missive ou si quelqu’un vous l’enlevait, ce serait un grand malheur pour moi, donc pour l’abbaye, donc pour vous-même.

Mariange prit la lettre, la cacha dans son sein et dit:

– Ici on ne viendra pas la prendre!

– En effet! murmura Claudine avec un sourire.

Et elle se hâta de donner à Mariange les instructions nécessaires pour que la lettre pût parvenir à destination. Sœur Mariange se mit en route aussitôt et, entrant dans Paris, se dirigea par les chemins que l’abbesse lui avait expressément désignés. Nous avons dit qu’elle ne savait pas lire. Mais si elle avait été lettrée au point de pouvoir épeler la suscription de la lettre, voici ce qu’elle aurait lu:

– À Madame la princesse Fausta, en son palais.

XXVIII CONSEIL DE GUERRE

Cependant, comme Mariange l’avait ou ne l’avait pas remarqué, Paris s’agitait, et cette agitation demeurée sourde les jours précédents, menaçait d’éclater. Voici ce qui se passait:

La noblesse, étonnée de l’inertie de Guise, commençait à prendre peur. De sinistres rumeurs circulaient de bouche en bouche. On se répétait sous le manteau que le chef suprême de la Ligue trahissait. La journée des Barricades, assuraient les plus audacieux, n’avait été qu’un jeu pour effrayer Henri III: jeu terrible, où beaucoup de gentilshommes risquaient leurs têtes!… Henri de Guise ayant ainsi démontré sa puissance à Valois, songeait à le ramener dans Paris, sûr alors d’obtenir quelque chose comme une vice-royauté qui lui assurerait les brillants avantages du pouvoir exercé sous le nom d’un autre. Voilà quels bruits couraient parmi les plus compromis de la noblesse. Il était trop évident que si la paix se faisait entre les deux Henri, elle se ferait à leurs dépens.

Les bourgeois, de leur côté, recommençaient les patrouilles armées et faisaient entendre ces murmures précurseurs de l’émeute. L’affaire du moulin de la butte Saint-Roch avait, par surcroît, envenimé les esprits. Les Parisiens, en effet, étaient persuadés qu’une troupe nombreuse de parpaillots était cachée dans le moulin et étudiait la possibilité de surprendre la ville; on disait que le roi de Navarre s’approchait avec une armée. Or, le moulin ayant été pris d’assaut, on n’avait trouvé personne: qu’étaient devenus les huguenots, cette troupe cachée qui était comme une avant-garde du Béarnais? Ils avaient fui… Mais comment?…

À coup sûr les bourgeois, plus fanatiques de Guise que la noblesse, n’accusaient pas leur duc; mais ils jugèrent prudent de veiller, c’est-à-dire qu’ils se répandirent dans les rues ce qui accrut l’agitation, en sorte que le lendemain même du jour où Charles d’Angoulême et Pardaillan s’étaient rendus à l’abbaye de Montmartre, le lendemain de ce jour où sœur Mariange fut chargée par Claudine de porter une lettre à Fausta, l’agitation était à son comble.

Ce jour-là, donc, vers quatre heures de l’après-midi, le duc de Guise était enfermé dans son cabinet avec Maurevert. Le duc se préoccupait fort peu de l’émotion des Parisiens; il savait qu’il n’avait qu’à parler pour être acclamé, et à parler pour être cru comme le Messie. Du moins, jusqu’à ce moment, il ne s’était pas inquiété de ces rumeurs qui, passant par-dessus les têtes des six cents gardes qui emplissaient les murs, arrivaient parfois jusqu’à lui.

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[12] L’in-pace: cachot des couvents destiné à enfermer les coupables jusqu’à leur mort.

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