Ensemble, c’est tout
- Автор: Гавальда Анна
- Год: 2004
- Язык: французский
- ISBN: 2842630858
- Жанр: Современная русская и зарубежная проза
Электронная книга - «Ensemble, c’est tout». Краткое содержание книги:
histoire de torchons et de serviettes... Ce qui empêche les gens de vivre
ensemble, c'est leur connerie, pas leurs différences... Camille dessine.
Dessinais plutôt, maintenant elle fait des ménages, la nuit. Philibert, aristo
pur jus, héberge Franck, cuisinier de son état, dont l'existence tourne autour
des filles, de la moto et de Paulette, sa grand-mère. Paulette vit seule, tombe
beaucoup et cache ses bleus, paniquée à l'idée de mourir loin de son jardin. Ces
quatre là n'auraient jamais dû se rencontrer. Trop perdus, trop seuls, trop
cabossés... Et pourtant, le destin, ou bien la vie, le hasard, l'amour -appelez
ça comme vous voulez -, va se charger de les bousculer un peu. Leur histoire,
c'est la théorie des dominos, mais à l'envers. Au lieu de se faire tomber, ils
s'aident à se relever.
C'�tait en juin, il y a presque dix ans... Des hirondelles donnaient un concert dans la cour de l'�cole et ils buvaient un mauvais punch en �coutant pieusement les propos de Kessler. Camille n'entendait rien. Elle regardait sa femme. Ce jour-l�, elle portait une tunique bleue et une large ceinture en argent o� s'affolaient de minuscules grelots lorsqu'elle bougeait.
Le coup de foudre...
Ensuite ils les avaient invit�s dans un restaurant de la rue Dauphine et, � la fin d'un d�ner bien arros�, son petit ami l'avait somm�e d'ouvrir son carton. Elle avait refus�.
Quelques mois plus tard, elle �tait revenue les voir. Seule.
Pierre et Mathilde poss�daient des dessins de Tiepolo, de Degas et de Kandinsky mais n'avaient pas d'enfant. Camille n'osa jamais aborder ce sujet et s'abandonna dans leurs filets sans retenue. Ensuite, elle s'av�ra si d�cevante que les mailles se distendirent...
� C'est n'importe quoi ! Tu fais n'importe quoi! l'engueulait Pierre.
- Pourquoi tu ne t'aimes pas ? Pourquoi ? ajoutait Mathilde plus doucement.
Et elle ne vint plus � leurs vernissages.
Dans l'intimit�, il se d�solait encore :
� Pourquoi ?
� On ne l'a pas assez aim�e, r�pondait sa femme.
� Nous ?
� Tout le monde...
Il s'abandonnait sur son �paule en g�missant :
� Oh... Mathilde... Ma toute belle... Pourquoi tu l'as laiss�e filer, celle-ci ?
� Elle reviendra...
� Non. Elle va tout g�cher...
� Elle reviendra.
Elle �tait revenue.
� Pierre n'est pas l� ?
� Non, il d�ne avec ses Anglais, je ne lui ai pas dit que tu venais, j'avais envie de te voir un peu...
Puis, avisant son carton :
- Mais... Tu... tu as quelque chose l� ?
- Nan, c'est rien... Un petit truc que je lui avais promis l'autre jour...
- Je peux voir ?
Camille ne r�pondit pas.
� Bon, je l'attendrai...
- C'est de toi ?
- Hon hon...
- Mon Dieu... Quand il va savoir que tu n'es pas venue toute seule, il va hurler de d�sespoir... Je vais l'appeler...
- Non, non ! r�pliqua Camille, laissez ! Ce n'est rien je vous dis... C'est entre nous. Une sorte de quittance de loyer...
- Tr�s bien. Allez... � table.
Tout �tait beau chez eux, la vue, les objets, les tapis, les tableaux, la vaisselle, leur grille-pain, tout. M�me leurs chiottes �taient belles. Sur une reproduction en pl�tre, on pouvait y lire le quatrain que Mallarm� avait �crit dans les siennes :
Toi qui soulages ta tripe,
Tu peux dans ce g�te obscur,
Chanter ou fumer la pipe,
Sans mettre tes doigts au mur.
La premi�re fois, �a l'avait tu�e, ce truc-l� :
� Vous... Vous avez achet� un morceau des gogues de Mallarm� ? !
� Mais non... riait Pierre, c'est parce que je connais le gars qui leur a fait le moulage... Tu connais sa maison ? � Vulaines ?
� Non.
� On t'y emm�nera un jour... C'est un endroit que tu vas adorer... A-do-rer...
Et tout �tait � l'avenant. M�me leur PQ �tait plus doux qu'ailleurs...
Mathilde se r�jouissait :
� Que tu es belle ! Que tu as bonne mine ! Comme cela te va bien les cheveux courts ! Tu as grossi, non? Quel bonheur de te voir comme �a... Oh, quel bonheur, vraiment... Tu m'as tellement manqu�, Camille... Si tu savais comme ils me fatiguent parfois, tous ces g�nies... Moins ils ont de talent et plus ils sont bruyants... Pierre s'en moque, il est dans son sillon, mais moi, Camille, moi... Comme je m'ennuie... Viens, assieds-toi pr�s de moi, raconte-moi...
� Je ne sais pas raconter... Je vais vous montrer mes carnets...
Mathilde tournait les pages et elle les commentait.
Et c'est en pr�sentant ainsi son petit monde qu'elle se rendit vraiment compte � quel point elle tenait � eux.
Philibert, Franck et Paulette �taient devenus les gens les plus importants de sa vie et elle �tait juste en train de le r�aliser, l�, maintenant, entre deux coussins persans du XVIIIe. Elle �tait troubl�e.
Entre le premier carnet et le dernier dessin qu'elle avait r�alis� tout � l'heure, Paulette radieuse sur son fauteuil devant la tour Eiffel, � peine quelques mois s'�taient �coul�s et pourtant ce n'�tait plus la m�me... Ce n'�tait plus la m�me personne qui tenait le crayon... Elle s'�tait �brou�e, elle avait mu� et dynamit� les blocs de granit qui l'emp�chaient d'avancer depuis tant d'ann�es...
Ce soir, des gens attendaient qu'elle revienne... Des gens qui n'en avaient rien � foutre de savoir ce qu'elle valait... Qui l'aimaient pour autre chose... Pour elle, peut-�tre...
Pour moi ?
Pour toi...
� Eh alors ? s'impatientait Mathilde, tu ne dis plus rien... C'est qui, elle ?
� Johanna, la coiffeuse de Paulette...
� Et �a ?
� Les bottines de Johanna... Rock'n'roll, non ? Comment une fille qui travaille debout toute la journ�e peut supporter, �a ? L'abn�gation au service de l'�l�-gance, j'imagine...
Mathilde riait. Ces grolles �taient vraiment monstrueuses...
- Et lui, l�, il revient souvent, non ?
- C'est Franck, le cuisinier dont je vous parlais tout � heure justement...
- Il est beau, non ?
- Vous trouvez ?
- Oui... On dirait le jeune Farn�se peint par Titien avec dix ans de plus...
Camille leva les yeux au ciel :
� N'importe quoi...
� Mais si ! Je t'assure !
Elle s'�tait lev�e et revint avec un livre :
� Tiens. Regarde. Le m�me regard sombre, les m�mes narines fr�missantes, le m�me menton en galoche, les m�mes oreilles l�g�rement d�coll�es... Le m�me feu qui couve � l'int�rieur...
� N'importe qifoi, r�p�tait-elle en louchant sur le portrait, il a des boutons le mien...
� Oh.... Tu g�ches tout !
� C'est tout ? se d�sola Mathilde.
� Eh oui...
� C'est bien. C'est tr�s bien. C'est.... c'est merveilleux...
� Arr�tez...
� Ne me contredis pas, jeune fille, moi je ne sais pas faire, mais je sais regarder... � l'�ge o� les enfants vont voir Guignol, mon p�re me tra�nait d�j� aux quatre coins du monde et me hissait sur ses �paules pour que je sois � la bonne hauteur, alors ne me contredis pas s'il te pla�t... Tu me les laisses ?
� ...
� Pour Pierre...
� Bon... Mais attention, hein ? Ce sont mes feuilles de temp�ratures, ces petites choses-l�...
� J'avais bien compris.
� Tu ne l'attends pas ?
� Non, je dois y aller...
� Il va �tre d��u...
� Ce ne sera pas la premi�re fois... r�pondit Camille, fataliste.
� Tu ne m'as pas parl� de ta m�re...
� C'est vrai ? s'�tonna-t-elle, c'est bon signe, non?
Mathilde la mit � la porte en l'embrassant :
� Le meilleur... Allez, et n'oublie pas de revenir me voir... Avec votre berg�re d�capotable, c'est l'affaire de quelques quais...
- Promis.
- Et continue comme �a. Sois l�g�re... Fais-toi plaisir... Pierre te dira s�rement le contraire, mais ne l'�coute pas surtout. Ne les �coute plus, ni lui, ni personne d'autre... Au fait ?
- Oui?
� Tu as besoin d'argent ?
Camille aurait d� dire non. Depuis vingt-sept ans, elle disait non. Non, �a va. Non, je vous remercie. Non, je n'ai besoin de rien. Non, je ne veux rien vous devoir. Non, non, laissez-moi.
� Oui.
Oui. Oui j'y crois peut-�tre. Oui, je ne retournerai plus faire le larbin, ni pour les Ritals, ni pour Bredart, ni pour aucun de ces connards. Oui, je voudrais travailler en paix pour la premi�re fois de ma vie. Oui, je n'ai pas envie de me crisper � chaque fois que Franck me tend ses trois billets. Oui, j'ai chang�. Oui, j'ai besoin de vous. Oui.
� Parfait. Et profites-en pour t'habiller un peu... Franchement... Cette veste en jean, tu la portais d�j� il y a dix ans...
C'�tait vrai.
15
Elle rentra � pied en regardant les vitrines des antiquaires. Elle �tait justement devant les Beaux-Arts (ce destin, quel gros malin...) quand son portable sonna. Elle le referma quand elle vit que c'�tait Pierre qui l'appelait.