Premier bilan après l'apocalypse
- Автор: Бегбедер Фредерик
- Год: 2011
- Язык: французский
- Год: Grasset
- ISBN: 978-2246777113
- Жанр: Критика
Электронная книга - «Premier bilan après l'apocalypse». Краткое содержание книги:
Tout réapprendre, depuis le commencement… La dernière phrase de ce court roman insolent est un aveu terrible, pour un petit con qui ne pense qu’à fuir son milieu. Ce livre raconte l’histoire d’un garçon qui a fait fausse route, qui s’est fourré le doigt dans l’œil et pour qui tout est à refaire. « Le jour te fait mal, comme le regard lourd de reproches d’une mère. » Les noctambules sont toujours des coupables qui cherchent à oublier quelqu’un. Parfois, c’est eux-mêmes qu’ils veulent effacer, mais pas toujours : si l’on questionne un fêtard en état d’ivresse, il risque de balancer rapidement le nom de la personne qui lui manque. Ce qui me plaît dans les romans de Mclnerney, c’est leur tendresse désabusée, leur fausse froideur, cette chose bizarre enfouie quelque part sous les kilos de coke et qui s’appelle l’humanité. J’ai fini par interviewer l’écrivain, à Paris, puis à New York. On sait comment ça se passe : à force de poser des questions et d’écouter les réponses, la conversation peut devenir une sale manie que l’on prend plaisir à prolonger tard dans les bars. Cela fait maintenant presque une décennie que nous nous fréquentons : la vie est incroyable. Pour moi, c’est exactement comme si j’étais copain avec Scott Fitzgerald. C’est pourquoi je conseille toujours aux jeunes de lire des auteurs vivants : on n’est pas à l’abri de les croiser, et — qui sait ? — quelquefois, de ne pas être déçu. Ceux qui critiquent le copinage entre écrivains méconnaissent ce qu’est l’amitié littéraire : une conséquence logique de l’admiration. Lire sans être capable d’admirer ses contemporains, quelle perte de temps !
Un an après Bright lights, big city, Bret Easton Ellis publia Less than zéro, équivalent californien de cette sombre déambulation new-yorkaise. Les deux livres décrivent à peu près le même mode de vie d’enfants gâtés des eighties : soirées décadentes, rails de cocaïne (« J’ai de plus en plus l’impression de passer la moitié de ma vie aux chiottes, dit Theresa en se bouchant une narine », page 67 de Bright lights, big city), sexe sans sentiments, vacuité de la société de consommation. Comme il arrive souvent avec les satiristes, le public a pris pour un éloge de l’hédonisme ce qui en était la dénonciation acide. Et les deux auteurs, très jeunes, sont devenus en Amérique le symbole de ce qu’ils entendaient stigmatiser. Peu importe ce malentendu : autopsie trash d’un deuil amoureux, portrait d’un luxe qui court à sa perte, polaroid de la solitude américaine, Bright lights, big city, tout comme Gatsby le Magnifique, doit être considéré comme un roman engagé. Son influence sur la société, la culture et la jeunesse du monde entier ne fait que commencer Personnellement, je lui dois tous mes romans et de nombreux réveils difficiles.
Jay Mclnerney est né à Hartford, dans le Connecticut, en 1955. Après des études de « creative writing » sous l’égide de Raymond Carver, il a débuté comme correcteur au New Yorker : on peut difficilement avoir de meilleures fréquentations quand on veut devenir écrivain en Amérique. Son premier roman Bright lights, big city raconte la vie qui a dû être la sienne à cette époque (1984), mais en amplifiant les choses jusqu’au scandale. Son image en souffre encore. Ses meilleurs romans creusent une veine tout aussi élégamment désenchantée : Trente ans et des poussières (1992), Le Dernier des Savage (1997), La Belle Vie (2007). Mais comme Scott Fitzgerald, qui reste son ultime référence, il est encore meilleur — fin, subtil, concis, agressif — dans ses nouvelles : La Fin de tout (2001) et Moi tout craché (2009). Par ailleurs, il aime le vin de Bourgogne, l’Ami Louis, les mannequins et sa femme Anne Hearst.
Numéro 4 : « L’Humeur vagabonde » d’Antoine Blondin (1955)
Comme Balzac, je crois en la morphopsychologie. On peut connaître quelqu’un en regardant attentivement son visage. Les méchants ont une tête méchante, les sympas ont une tête sympa. Terrible injustice : la vie est un perpétuel délit de faciès. La preuve ? Le visage de Blondin contient toute son œuvre. Un grand front angoissé. Deux yeux emplis de douce compassion. Un nez fin et droit que contredit une barbe sale. Une bouche délicate qui, pourtant, boit. C’est le visage d’un être désemparé. Le drame de Blondin, c’est que Rimbaud s’est gouré : Je n’est pas un Autre. Il se demande pourquoi il est obligé d’être lui-même. C’est pourquoi l’alcool et l’amitié furent ses drogues préférées. D’où, également, sa fascination pour le sport. Quand il y a un match ou une course de vélos quelque part, c’est généralement l’annonce que l’on pourra boire avec des amis, après. Si l’on gagne, on fêtera la victoire. Si l’on perd, on noiera la défaite. Le sport est un antidote à la solitude et une promesse de libation.
Comment décrire la joie que l’on ressent en découvrant L’Humeur vagabonde ? C’est comme si, tout d’un coup, on retrouvait dans un grenier d’Abbey Road un album oublié et jamais paru des Beatles en 1964 ; ou les rushes d’un film perdu de Fellini dans les années 70 avec Mastroianni en train d’improviser une danse avec Belmondo. Je ne crois pas en Dieu, je crois en Blondin.