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La Grande Quête

Электронная книга - «La Grande Quête». Краткое содержание книги:

À peine arrivé à la forteresse de Fal Dara, le jeune Rand n’a déjà qu’une idée en tête : fuir les noirs secrets qu’il a appris sur lui-même.
Moiraine, la puissante magicienne qui seule pourrait lui fournir des réponses, l’évite désormais comme la peste. Rand sait qu’il devrait quitter ces lieux, partir où personne ne le connaît et où il ne pourrait faire aucun mal.
Mais il est trop tard : les Aes Sedai l’ont enfermé et son seul espoir d’obtenir de l’aide à présent est Egwene, la femme qu’il pensait épouser un jour… et qui est en train de devenir elle-même une Aes Sedai.
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Rand nota la conviction qui avait fait trembler la voix d’Ingtar lorsqu’il avait prononcé sa dernière phrase.

Dans les bras du jeune homme, le paquet sembla soudain peser plus lourd que dix grosses pierres.

Si loin que soit Moiraine, c’est toujours elle qui tire les ficelles ! Rand, à gauche ! Et maintenant, à droite ! Tu es le Dragon Réincarné, n’oublie pas !

— Je ne veux pas de ce « devoir », Ingtar, et je ne l’assumerai pas. Je suis un berger et rien de plus ! Pourquoi les gens refusent-ils de se mettre cette idée dans la tête ?

— Tu accompliras ta mission, Rand… Quand le chef défaille, toute la chaîne se brise. On ne peut pas accepter ça, alors que tant de choses se délitent déjà. Que la Paix veille sur ton épée, Rand al’Thor.

— Ingtar, je…

Mais l’officier s’éloignait déjà, afin de savoir si Uno avait envoyé les éclaireurs.

Rand baissa les yeux sur le paquet, le cœur battant la chamade. Il devinait ce que pouvait contenir le ballot. Désireux de vérifier, il brûlait en même temps d’envie de jeter son « présent » au feu sans même l’ouvrir. Il l’aurait sans doute fait, s’il avait été sûr que le paquet se consume sans que quiconque puisse voir ce qu’il contenait. Et s’il avait eu la certitude que le contenu, justement, était combustible.

Quoi qu’il en soit, il ne pouvait pas ouvrir le ballot ici, sous le regard de tant d’hommes.

Regardant autour de lui, Rand vit que les guerriers s’occupaient de décharger les chevaux de bât. D’autres avaient déjà commencé à dîner – un repas froid composé de viande séchée et de pain azyme. Mat et Perrin bouchonnaient leurs chevaux. Assis sur une pierre, sa pipe au long tuyau au bec, Loial lisait un livre tandis que des volutes de fumée tourbillonnaient autour de sa tête.

Serrant son fardeau comme s’il redoutait de le laisser tomber, Rand s’enfonça entre les arbustes.

Il s’arrêta dans une minuscule clairière, invisible derrière un épais entrelacs de feuilles, et posa son ballot sur le sol. Un long moment, il se contenta de le regarder.

Elle n’aurait pas osé, n’est-ce pas ?

Une petite voix répondit : Et comment, qu’elle aurait osé ! Plutôt dix fois qu’une !

Rand se décida à défaire les nœuds de la ficelle qui tenait le paquet fermé. Des nœuds parfaits, réalisés avec une précision qui en disait long : la main de Moiraine, bien entendu, car elle n’aurait pas laissé une servante faire ce travail pour elle – et voir ainsi ce que contenait le paquet.

Quand il eut fini, Rand sortit l’objet enveloppé dans la toile – un carré de tissu – et le contempla longuement, les mains tremblantes et la bouche sèche. Un morceau de tissu d’une seule pièce, ni brodé, ni teint ni peint. Un étendard blanc comme la neige et assez grand pour être vu sur toute la longueur d’un champ de bataille. Et, dessus, un serpent aux écailles jaune et or… Mais un serpent à quatre pattes, chacune étant terminée par cinq griffes d’or. Un reptile aux yeux jaunes et à la sauvage crinière de lion…

Rand avait déjà vu ce drapeau, et Moiraine lui avait dit de quoi il s’agissait. L’étendard de Lews Therin Telamon.

Lews Therin Fléau de sa Lignée, autrement dit le Dragon – héros et victime de la guerre des Ténèbres.

— Regarde-moi ça ! Vise ce qu’il a encore récupéré ! (Mat entra en trombe dans la clairière, Perrin sur les talons, mais beaucoup moins enthousiaste.) D’abord des vestes de seigneur, et maintenant un étendard ! On n’a pas fini de l’entendre se vanter, maintenant que… (Assez proche pour voir clairement l’étendard, Mat en resta quelques secondes sans voix.) Par la Lumière ! que le Créateur me protège !

Mat recula d’un pas. Lui aussi était présent le jour où Moiraine avait tenu son petit discours sur l’étendard.

Rand sentit monter en lui une terrible colère contre Moiraine et contre la Chaire d’Amyrlin, qui s’amusaient avec lui comme avec un pantin. Prenant l’étendard à deux mains, il l’agita sous le nez de Mat en beuglant :

— Oui, l’étendard du Dragon ! (Mat recula d’un pas.) Moiraine veut faire de moi la marionnette des Aes Sedai. Un faux Dragon dont la Tour Blanche tire les fils. Elle veut me faire gober cette couleuvre, mais je ne me laisserai pas utiliser !

— Un faux Dragon, toi ? marmonna Mat, le dos contre un tronc d’arbre. C’est absurde !

Perrin n’avait pas reculé. Agenouillé, ses bras musclés posés sur les genoux, il étudiait Rand et l’étendard, ses yeux jaunes brillant de curiosité.

— Si les Aes Sedai t’ont choisi pour être leur faux Dragon… (Il réfléchit en prenant tout son temps, comme il avait coutume de le faire.) Rand, tu sais canaliser le Pouvoir ?

Mat poussa un petit cri.

Rand laissa tomber l’étendard. Après une brève hésitation, il acquiesça.

— Je n’ai rien demandé… Ni désiré. Mais je ne sais pas comment arrêter ça… (La maison aux fantômes et aux mouches lui revint à l’esprit.) De toute façon, elles ne me laisseraient pas faire…

— Que la Lumière me brûle ! s’écria Mat. Par le sang et les cendres ! Nous sommes tous fichus, sais-tu ? Perrin et moi autant que toi. Si Ingtar et les autres l’apprennent, ils nous égorgeront comme de vulgaires Suppôts des Ténèbres. Ils vont penser que nous avons participé au vol du Cor et à l’assassinat des soldats, à Fal Dara.

— Ferme-la ! dit soudain Perrin.

— Toi, ne me donne surtout pas des ordres ! Si Ingtar ne nous étripe pas, Rand deviendra fou et il s’en chargera à sa place. Que la Lumière me brûle ! (Mat se laissa glisser le long du tronc, s’asseyant à même le sol.) Si les Aes Sedai savent, pourquoi ne t’ont-elles pas apaisé ? Elles n’ont jamais laissé en liberté un homme capable de canaliser le Pouvoir.

— Toutes ne sont pas au courant…, soupira Rand. La Chaire d’Amyrlin…

— La Chaire d’Amyrlin ? Elle sait ? Bon sang ! pas étonnant qu’elle m’ait regardé de cette drôle de façon !

— La Chaire d’Amyrlin et Moiraine m’ont dit que je suis le Dragon Réincarné. Puis elles m’ont laissé libre d’aller où je voulais. Tu ne comprends pas, Mat ? Elles me manipulent !

— Peut-être, mais tu restes capable de canaliser le Pouvoir… Si j’étais toi, je serais déjà à mi-chemin de l’océan d’Aryth, décidé à trouver un endroit où il n’y a pas d’Aes Sedai et où il ne risque jamais d’y en avoir. Un lieu vraiment désert, vu que…

— Tais-toi, Mat ! intervint Perrin. Que fais-tu avec nous, Rand ? Plus tu fréquentes de gens, et plus tu risques une dénonciation auprès d’Aes Sedai qui ne te laisseront pas te balader à ta guise. (L’apprenti forgeron se gratta pensivement la tête.) Mat a raison au sujet d’Ingtar… Il déciderait que tu es un Suppôt des Ténèbres et il te ferait tuer. Nous avec, probablement. Il t’aime bien, on dirait, mais ça ne changerait rien. Un faux Dragon ? Et comment qu’il l’étriperait ! Les autres seraient tous d’accord, et Masema n’aurait même pas besoin de ce prétexte. Pourquoi n’as-tu pas fichu le camp ?

Rand haussa les épaules.

— J’en avais l’intention, mais il y a eu l’arrivée de la Chaire d’Amyrlin, le vol du Cor et de la dague, la révélation par Moiraine des risques que courait Mat… Je me suis dit que je resterais avec vous jusqu’à ce qu’on ait retrouvé la dague. J’avais l’intention de vous aider, mais c’était peut-être une erreur…

— Tu es venu à cause de la dague ? demanda Mat, visiblement ébranlé. Je n’aurais jamais cru que… Eh bien, que tu voulais… Tu te sens en forme, au moins ? Je veux dire : tu n’es pas déjà cinglé, pas vrai ?

Rand ramassa un caillou et le lança sur son ami.

— Ouille ! cria Mat avant de se masser le bras. C’était simplement une question… Avec ces habits bizarres et ces histoires de « seigneur Rand »… Tout ça n’est pas un indice de santé mentale, sais-tu ?

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