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Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi

Электронная книга - «Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi». Краткое содержание книги:

Hortense est à Londres et c'est toujours hyper compliqué entre elle et Gary.
Mais dans le monde de la mode, elle se débrouille pour avancer.
Hortense n'a aucun scrupule, a un but, et y arrive systématiquement.
Et puis Gary est assez sexy avec sa musique et sa détermination.
Joséphine est à Paris.
Elle fait la bonne mère de famille, soutient son HDR, peine à se remettre à l'écriture...
Et a une vie sentimentale proche du néant.
Zoé, la petite dernière, grandit et s'épanouit tandis que Shirley, outre Manche, se sent vieille, inutile et refuse d'aimer.
Philippe et Alexandre sont aussi à Londres et méditent sur la vacuité de l'existence.
Marcel et Josiane cohabitent avec un surdoué, c'est pas évident mais assez marrant.
Et la méchante Henriette est maintenue en vie par son avarice et sa perversité.
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Ils savaient que, désormais, ils seraient amis.

Hortense se jeta à table et frappa la nappe de ses coudes, faisant tressauter les verres et les assiettes.

— C’est bouclé ! Fin prêt ! J’ai une faim d’ogresse !

Joséphine, qui tranchait le gigot, leva son couteau et demanda :

— On peut savoir ?

— Alors voilà…, s’anima Hortense en tendant son assiette, réclamant un gros morceau bien rouge. Le titre de mon show sur deux vitrines : Rehab the detail… Réhabilitons le détail. En anglais, ça sonne mieux. En français, on se croirait dans une clinique pour drogués !

Elle vola des petites pommes de terre rissolées, des haricots verts, versa de la sauce, se lécha les babines, grogna de plaisir devant le plat fumant et développa :

— Je suis donc partie des immeubles tous pareils du baron Haussmann. Gary en est témoin…

Gary soupira en jouant avec le téléphone d’Hortense et le sien comme deux dominos posés sur la nappe blanche.

— Le temps qu’on a perdu à dévisager ces foutus immeubles, grommela-t-il. Tu parles de vacances !

— Donc, je continue… Ces façades, a priori, sont toutes les mêmes et pourtant chacune est différente. Pourquoi ? Parce que sur chacune l’architecte a posé des détails, des détails de rien du tout qui donnent son style inimitable à l’ensemble… et pour la mode, c’est pareil. L’habit n’est rien. L’habit est morne, l’habit est plat, l’habit ne s’élève pas sans LE détail. Le détail l’anoblit, le signe, le sublime… Compris, les pingouins ?

Ils l’écoutaient, intrigués. Elle alliait la subtile féminité de la Parisienne à l’œil pointu du maître barbu qui cherche le trait de fusain dans son atelier.

— Je poursuis… Première vitrine, dans un coin, à gauche : une femme habillée selon les règles avec le bon manteau – noir, le manteau – les bonnes chaussures – des bottines à petits talons, noires les bottines – le bon sac – bleu roi, le sac – les bons collants – noirs, les collants – la jupe bleu roi sous le manteau, les cheveux lâchés, le teint pâle. Elle est belle, bien habillée, OK. Mais elle n’EST pas. C’est une façade d’immeuble. Tout est net, symétrique, ennuyeux, plat, morne… On la voit pas.

Elle campait ses idées avec des gestes de metteur en scène tout en enfournant une bouchée de gigot et une pomme de terre rissolée.

— Autour de cette femme conventionnelle et terne, semblant flotter dans l’air, j’accroche des accessoires qui tournent lentement comme les pièces d’un mobile de Calder. Vous me suivez toujours, les pingouins ? Au fond, sur un écran géant la vidéo d’Amy Winehouse qui s’égosille sur son tube Rehab… La fille sage est toujours sage. Rien ne bouge sauf les accessoires, les divins détails. Même pas ses longs cheveux… Et là on passe à la deuxième partie de la vitrine, au coin droit. Et alors, bimbamboum ! la fille sage est devenue une fashion killer… Ses cheveux sont tirés en arrière, elle s’est dessiné une grande bouche rouge sur son visage très pâle, a noué une grande écharpe, un truc énorme autour du cou – plus il y a de volume autour du cou, plus la fille va sembler mince… Une ceinture beige, fine, longue, longue, entoure de plusieurs rangs le manteau et le manteau n’est plus manteau, il est féminin, inclassable… Le sac ? Elle ne le porte plus comme un accessoire, ni au coude (ça fait dadame), ni à l’épaule, ni en bandoulière (au secours la girl scout !), elle l’empoigne à pleines mains. Et d’un coup, il existe. Il est beau, il est it, il est inexplicable… La jupe dépasse de deux centimètres du manteau et cela fait une couche de plus et enfin, le détail qui tue, qui immobilise, immortalise : la socquette fluo portée sur les collants noirs, violet fluo, qui annonce la couleur, le printemps, le soleil, la marmotte qui s’éveille ! La fille n’est plus sage, la façade n’est plus façade, elle est transcendée par les détails… Ça, c’est le début, je vais encore trouver plein d’autres idées, faites-moi confiance !

Elle reprit une bouchée de gigot, tendit son verre de vin à remplir et continua :

— Et je fais la même chose avec la seconde vitrine : sauf que là, les gens ont compris le principe et je dispose des mannequins habillés avec des détails qui changent tout. Une fille en veste noire et tee-shirt sur un jean… sauf que je déchire le jean, fais un trou dans le tee-shirt, porte la veste col relevé, les manches retroussées, une énorme épingle de sûreté avec des breloques sur le revers de la veste, un foulard noué sur la tête en un gros nœud, des gants trop courts qui dénudent le poignet, un pashmina enroulé avec une écharpe autour du cou… bref, je détaille à mort ! Une autre fille avec un pardessus d’homme trop grand, un gilet d’homme, une longue chemise, un pantalon de garçon, une chaîne en or autour de la ceinture, une fourrure autour du cou, de la fausse fourrure bien sûr, sinon on saccage ma vitrine ! Et ainsi de suite, je décline le détail… Je conjugue le concept, j’impose une mode de la rue, une invention qui sent le bitume et la star de salle de bains. J’invente, je recycle, je déplace, je respecte la crise et j’exalte l’imagination… je suis géniale, j’entasse les idées, les petits trucs qui décoiffent, ils vont tous s’arrêter, prendre des notes et vouloir me rencontrer !

Ils la contemplaient, bouche bée. Pas sûrs d’avoir tout compris à part Zoé qui trouva ça mortel.

— T’es trop géniale comme sœur !

— Merci, merci… Je tiens plus en place, j’ai envie de beugler, de danser, de tous vous embrasser ! Et je vous interdis de penser ce que vous pensez tous en ce moment. En tout cas, toi, maman ! La reine du barbelé dans la tête !

Joséphine baissa le nez sur le gigot et reprit le découpage.

— Et si ma fille ne gagnait pas le concours ? C’est ce que tu penses, hein ?

— Mais non, ma chérie ! protesta Joséphine qui venait exactement de penser ça.

— Si, si, je t’entends douter ! Et je te réponds catégorique : je gagnerai… Je n’aurais pas eu cette idée si je ne devais pas gagner. Limpide, non ?

— En effet…

— Ah ! Ah ! Tu vois ! J’avais raison. Tu as toujours peur, tu imagines le pire, tu te caches dans la tranchée, moi, jamais ! Résultat : il ne t’arrive rien ou presque et moi, je vole jusqu’à la lune ! Rome est à mes genoux, les Romains se prennent les pieds dans leur toge pour m’approcher… À ce propos, vous saviez que Junior parlait latin ?

Ils bredouillèrent non. Elle conclut :

— Eh bien ! Il cause latinus et je peux vous dire que ce gosse est tout sauf un abrutinos albinos roux… Le gamin est à visiter et n’a pas fini de nous étonner !

Puis elle se tourna vers Gary et lança :

— Et ce soir, Gary, on fait quoi ? On va pas moisir ici… On rejoint Peter et Rupert qui sont à Paris ? On célèbre, on cancane, on refuse de fermer l’œil, on boit du Johnny-qui-marche et on fume des cigarettes qui font tourner la tête. Parce que je suis pas d’humeur à rester tranquille ! À minuit, on embrasse notre petit monde et on sort faire la fête, d’accord ?

— Et moi, je voudrais descendre dans la cave avec Gaétan, m’man. On prendrait une bougie, un verre de champagne et on irait s’embrasser là où tout a commencé, déclara Zoé, de l’air de la moniale qui va se recueillir sur un lieu de pèlerinage.

— Gary ? tu m’entends…, s’exclama Hortense.

Gary n’écoutait pas. Gary tapait un SMS sur son téléphone, les mains enfouies sous la table.

— Gary ? Tu fais quoi ? s’énerva Hortense. T’as même pas écouté mon idée géniale, je parie !

Elle parle à mon fils comme s’il lui appartenait, ne put s’empêcher de penser Shirley. Rebelle-toi, mon fils, rebelle-toi, dis-lui que tu viens de recevoir un texto de Charlotte Bradsburry, qu’elle est à Paris et que tu cours la rejoindre.

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