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L'apprenti [Prentice Alvin - fr]

Электронная книга - «L'apprenti [Prentice Alvin - fr]». Краткое содержание книги:

Au bord de la rivière Hatrack, près des forêts profondes où règne encore l’homme rouge, un enfant va naître en des circonstances tragiques. Un enfant au destin exceptionnel. Septième fils d’un septième fils, il détiendra, dit-on, les immenses pouvoirs d’un « Faiseur ! ». Si les forces du mal ne parviennent à le détruire. Car il existe un autre pouvoir, obscur, prêt à tout pour l’empêcher de vivre et de grandir.
Nous sommes dans les années 1800, sur la terre de pionniers américains. Mais dans ce monde parallèle opèrent charmes et sortilèges, on y possède des « talents » à la dimension de pouvoirs et, les ombres de présences bienveillantes ou maléfiques rôdent dans la nature. Un récit magique et flamboyant où l’enjeu n’est rien moins que le destin du monde.
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— Ils sont plus durs à t’nir quand ils r’gardent, monsieur, dit Sanglade.

— Le révérend Thrower et moi, nous regarderons aussi », dit Chicaneau.

Profitant de ce que Sanglade était parti rassembler les esclaves, Thrower chuchota quelque chose comme quoi il ne tenait pas trop à y assister.

« C’est le Seigneur qui l’veut, dit Chicaneau. J’ai assez d’estomac pour assister à un acte de justice. Je pensais qu’après cette nuit vous en auriez aussi. »

Ils regardèrent donc ensemble le défilé des esclaves qui se faisaient fouetter tour à tour et dont le sang coulait sur la tombe de Salamandy. Au bout d’un moment, Thrower ne tressaillait même plus. Chicaneau le constata avec plaisir, l’homme n’était pas un faible, tout compte fait, seulement un peu ramolli par son éducation en Écosse et sa vie dans le Nord.

Après la punition, alors qu’il se préparait à reprendre la route – il avait promis de prêcher dans une ville à une demi-journée de cheval au sud –, le révérend Thrower en vint à poser une question à Chicaneau.

« J’ai remarqué que tous vos esclaves ont l’air… non pas vieux, vous comprenez, mais pas jeunes non plus. »

Chicaneau haussa les épaules. « C’est l’Traité des Esclaves en fuite. Ma ferme a beau prospérer, je n’peux pas acheter ni vendre d’esclaves – on fait partie des États-Unis à présent. La plupart des gens s’en sortent par la reproduction, mais vous savez que tous mes petits moricauds ont fini dans l’Sud, jusqu’à ces derniers temps. Et voilà maintenant que j’ai perdu une autre reproductrice ; je m’retrouve avec seulement cinq femmes. Salamandy était la meilleure. Les autres, elles n’ont pas tant qu’ça d’années devant elles pour porter des bébés.

— J’y pense…» fit Thrower. Il marqua une pause, plongé dans ses réflexions.

« Vous pensez à quoi ?

— J’ai beaucoup voyagé dans le Nord, frère Chicaneau, et dans la plupart des villes de l’Hio, du Suskwahenny, de l’Irrakwa et de la Wobbish, il y a une ou deux familles de Noirs. Bon, vous savez comme moi qu’ils ne poussent pas sur les arbres de par là-bas.

— Tous des esclaves marrons.

— Certains, sans aucun doute, ont obtenu légalement leur liberté. Mais beaucoup d’autres… Il y a sûrement beaucoup d’évadés. Maintenant, à ce que j’ai compris, les propriétaires d’esclaves ont coutume de conserver une petite capsule de cheveux, rognures d’ongles…

— Oh, oui, on récupère ça dès la naissance ou dès qu’on les achète. Pour les pisteurs.

— Exactement.

— Mais on n’peut pas vraiment envoyer les pisteurs fouiller chaque pouce de terrain du Nord, dans l’espoir qu’ils tomberont sur un marronneur précis. Ça reviendrait plus cher que l’prix de l’esclave.

— Il me semble que le prix des esclaves est en hausse ces temps-ci.

— Si vous voulez dire qu’on n’peut pas en acheter à n’importe quel prix…

— C’est bien ce que je veux dire, frère Chicaneau. Et si les pisteurs n’étaient pas obligés d’explorer le Nord à l’aveuglette en comptant sur la chance ? Et si vous vous arrangiez pour engager des gens sur place, qui éplucheraient les papiers et noteraient les noms et âges de tous les Noirs qu’ils voient par chez eux ?

Les pisteurs pourraient alors s’y rendre munis de renseignements. »

Ma foi, l’idée était si bonne que Chicaneau s’arrêta net. « Y a forcément quelque chose qui cloche dans cette idée, sinon quelqu’un l’aurait déjà mise à exécution.

— Oh, je vais vous dire pourquoi personne ne l’a encore fait. Il existe un fort ressentiment dans le Nord envers les propriétaires d’esclaves. Même si les gens de là-bas détestent leurs voisins noirs, leurs consciences malavisées leur interdisent de coopérer à toute chasse à l’esclave. Alors, quand un propriétaire du Sud tente d’aller rechercher dans le Nord un esclave marron, il a tôt fait de comprendre que s’il n’a pas son pisteur avec lui ou si la piste est froide, ça ne sert à rien de se fatiguer.

— C’est bien vrai. Une bande de voleurs, ceux du Nord, tous de mèche pour empêcher un propriétaire de récupérer son cheptel qui s’est sauvé.

— Mais si vous aviez des Nordistes qui chercheraient pour vous ? Si vous aviez un agent dans le Nord, disons un pasteur, qui rallierait d’autres partisans à la cause, qui trouverait des amis dignes de confiance ? Une telle entreprise serait onéreuse, mais vu l’impossibilité d’acheter de nouveaux esclaves en Appalachie, ne pensez-vous pas que les propriétaires seraient prêts à payer un bon prix pour financer la recherche de leurs Noirs évadés ?

— Payer ? Ils payeraient le double de c’que vous demandez. Ils vous payeraient les yeux fermés rien que sur l’espoir que vous allez l’faire.

— Supposez que je demande vingt piastres pour enregistrer chaque esclave marron – date de naissance, nom, description, époque et circonstances de l’évasion – puis que j’en demande mille autres si j’apporte des informations qui conduisent à la capture ?

— Cinquante piastres pour l’enregistrement, sinon personne ne vous prendra au sérieux. Et encore cinquante à chaque fois que vous envoyez des renseignements, même si l’esclave en question ne s’révèle pas le bon. Et trois mille par évadé qu’on récupère en bonne santé. »

Thrower eut un léger sourire. « Je ne voudrais pas retirer un profit exorbitant d’une œuvre de justice.

— Profit ? Vous allez avoir des tas d’gens à payer dans l’Nord si vous voulez faire du bon travail. Moi, je vous l’dis, Thrower, rédigez un contrat et portez-le à l’imprimeur de la ville, qu’il vous en tire mille exemplaires. Ensuite, il vous suffit de circuler partout en Appalachie et d’exposer votre projet à un seul propriétaire d’esclaves de chaque village où vous passez. M’est avis qu’en moins d’une semaine vous serez retourné chez l’imprimeur. Il n’est pas question d’profit, il est question d’un service inappréciable. Je vous parie même que vous recevrez des contributions de gens qui n’ont jamais eu d’esclaves marrons. Si grâce à vous l’Hio n’est plus le dernier obstacle à franchir pour s’mettre à l’abri, non seulement les anciens évadés reviendront mais les autres perdront espoir et resteront chez nous ! »

Moins d’une demi-heure plus tard, Thrower était à nouveau dehors, à cheval, mais il avait désormais un papier couvert de notes pour établir le contrat, des lettres d’introduction de Chicaneau pour son homme de loi et son imprimeur, ainsi que des lettres de crédit s’élevant à la coquette somme de cinq cents piastres. Lorsque Thrower avait protesté que c’était trop, Chicaneau n’avait rien voulu entendre. « Pour vous lancer, avait-il dit. On connaît l’un comme l’autre qui nous commande cette tâche. Ça coûte de l’argent. J’en ai, vous pas, alors prenez-le et mettez-vous à l’ouvrage !

— Vous agissez en vrai chrétien, avait dit Thrower. Comme les saints aux premiers temps de l’Église, qui partageaient tout en commun. »

Chicaneau tapota la cuisse de Thrower, tout raide sur sa selle ; les Nordistes ne savaient pas monter à cheval. « Il n’existe pas deux hommes qu’ont autant partagé d’choses que nous, dit-il. On a eu les mêmes visions, accompli les mêmes tâches, et si après ça on n’est pas comme deux gouttes du même tonneau, alors je n’sais pas ce qu’il faut.

— La prochaine fois que je verrai le Visiteur, si j’ai cette chance, je sais qu’il sera content.

— Amen », répliqua Chicaneau.

Puis il donna une claque au cheval de Thrower et le regarda s’éloigner. Mon Hagar. Il va trouver mon Hagar et son petit. Ça fait bientôt sept ans qu’elle m’a volé mon premier-né. Maintenant elle va revenir ; cette fois elle restera enchaînée et me donnera d’autres enfants jusqu’à ce qu’elle ne puisse plus porter. Quant au petit, il sera mon Ismaël. C’est comme ça que je l’appellerai. Ismaël. Je le garderai ici et je l’élèverai pour qu’il soit fort, obéissant et bon chrétien. Quand il sera en âge, je le louerai à d’autres plantations, et la nuit il poursuivra mon œuvre, il répandra la semence élue dans toute l’Appalachie. J’aurai sûrement une descendance aussi nombreuse que les grains de sable dans la mer, tout comme Abraham.

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