L'apprenti [Prentice Alvin - fr]
- Автор: Кард Орсон Скотт
- Серия: Alvin le faiseur #3
- Год: 1993
- Язык: французский
- Год: L'Atalante
- ISBN: 2-905158-70-0
- Переводчик: Patrick Couton
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «L'apprenti [Prentice Alvin - fr]». Краткое содержание книги:
Nous sommes dans les années 1800, sur la terre de pionniers américains. Mais dans ce monde parallèle opèrent charmes et sortilèges, on y possède des « talents » à la dimension de pouvoirs et, les ombres de présences bienveillantes ou maléfiques rôdent dans la nature. Un récit magique et flamboyant où l’enjeu n’est rien moins que le destin du monde.
Et qui sait ? Peut-être alors que le miracle se produira, que ma chère femme guérira, qu’elle concevra et me portera un enfant entièrement blanc, mon Isaac, qui héritera de toutes mes terres et de tout mon travail. Seigneur, mon Surveillant, fais-moi miséricorde.
XVII
Le concours d’orthographe
Un jour du début de janvier qu’il était tombé une bonne épaisseur de neige et que soufflait un vent assez cinglant pour vous découper le nez de la figure, Conciliant Smith décréta comme de juste qu’il avait de l’ouvrage à la forge jusqu’au soir et que c’était à Alvin d’aller au village acheter le ravitaillement et livrer le travail terminé. En été, les tâches avaient tendance à se répartir dans l’autre sens.
Tant pis, songea Alvin. C’est lui le patron, ici. Mais si moi, je suis un jour patron de ma forge et que j’ai un apprenti, sûr que je le traiterai plus justement qu’on m’a traité. Maître et apprenti devraient se partager l’ouvrage de la même façon, sauf quand l’apprenti ne sait pas du tout comment s’y prendre ; c’est alors au patron de lui montrer. C’est convenu comme ça, l’apprenti n’est pas un esclave, ce n’est pas à lui de toujours conduire le chariot au village dans la neige.
Mais à vrai dire, Alvin savait qu’il ne serait pas forcé d’y aller en chariot. Le traîneau à deux chevaux d’Horace Guester ferait l’affaire, et il savait qu’Horace ne verrait pas d’inconvénient à ce qu’il le lui emprunte, à condition de lui faire au village les courses dont l’auberge avait besoin.
Alvin s’emmitoufla chaudement et affronta le vent, un vent d’ouest qu’il recevrait en pleine figure jusqu’à l’auberge plus haut. Il prit le sentier qui montait par la maison de mademoiselle Lamer, le chemin le plus court et le mieux abrité grâce aux nombreux arbres. Bien entendu, elle n’était pas chez elle. C’était heure de classe, elle se trouvait avec les enfants dans l’école du village. Mais l’ancienne resserre, c’était l’école d’Alvin, et de passer devant la porte lui fit penser à ses études.
Elle lui avait enseigné des choses qu’il n’avait jamais imaginé apprendre. Il s’était attendu à davantage de calcul, de lecture et d’écriture, et en un sens c’est ce qu’elle lui faisait travailler, pour sûr. Mais elle ne le faisait pas lire dans les abécédaires d’enfants, comme Arthur Stuart qui bûchait ferme tous les soirs dans la resserre à la lumière de la lampe. Non, elle parlait à Alvin d’idées auxquelles il n’aurait jamais songé et qui fournissaient matière à tous ses exercices de calcul et d’écriture.
Hier :
« La plus petite particule est un atome, avait-elle dit. Selon la théorie de Démocrite, toute chose est formée de choses plus petites, jusqu’à ce qu’on arrive à l’atome, qui est la plus petite de toutes et ne peut être divisée.
— À quoi ça r’semble ? lui avait demandé Alvin.
— Je ne sais pas. C’est trop petit pour qu’on le voie. Et toi, tu sais ?
— M’est avis qu’non. Tout c’que j’ai vu de petit, on pouvait toujours le couper en deux.
— Mais peux-tu imaginer quelque chose de plus petit ?
— Ouais, mais j’peux l’diviser aussi. »
Elle avait soupiré. « Bon, alors, Alvin, réfléchis mieux. S’il existait une chose si petite qu’on ne pourrait pas la diviser, comment serait-elle ?
— Vraiment p’tite, m’est avis. »
Mais il plaisantait. C’était un problème, et il voulait le résoudre comme il résolvait tous ses problèmes pratiques. Il avait envoyé sa bestiole dans le plancher. Comme c’était du bois, il avait découvert un vrai fouillis de cœurs brisés d’arbres autrefois vivants, aussi avait-il expédié en vitesse sa bestiole dans le fer du fourneau, pour l’essentiel constitué d’une seule matière à l’intérieur. Les petits éléments, les plus infimes parties qu’il voyait toujours distinctement, s’agitaient en une masse confuse sous l’effet de fournaise ; quant au feu, il projetait sa lumière et sa chaleur, et les éléments qui le composaient étaient si réduits, si minuscules qu’il avait du mal à les concevoir dans sa tête. Il n’avait pas vraiment vu les éléments du feu. Il les avait seulement sentis passer.
« La lumière, avait-il dit. Et la chaleur. C’est impossible de les diviser.
— Exact. Le feu n’est pas comme la terre, on ne peut pas le diviser. Mais on peut le transformer, non ? On peut l’éteindre. Il peut mourir tout seul. Et les parties qui le composent doivent par conséquent se convertir en autre chose ; ce n’étaient donc pas des atomes immuables et insécables.
— Eh ben, y a rien d’plus p’tit que ces p’tits bouts de feu, alors m’est avis qu’un atome, ça n’existe pas.
— Alvin, tu dois cesser d’être aussi empirique.
— Si j’connaissais c’que ça veut dire, je cesserais.
— Si je savais.
— Pareil.
— Tu ne pourras pas toujours répondre aux questions en te bornant à chercher la solution dans les cailloux d’à côté ou je ne sais quoi. »
Alvin avait soupiré. « Des fois, j’regrette de vous avoir dit c’que j’fais.
— Tu veux que je t’apprenne ce qu’est un Faiseur, oui ou non ?
— Oui, c’est ça que j’veux ! Et à la place vous m’parlez d’atomes, de gravité, de… Je m’fiche de ce qu’ont pu raconter ce charlatan de Newton et tous les autres ! J’veux connaître… savoir comment bâtir la… l’endroit. » Il s’était rappelé juste à temps Arthur Stuart dans son coin, qu’il mémorisait chacune de leurs paroles, voix et intonations comprises. Pas la peine de lui farcir la tête avec la Cité de Cristal.
« Ne comprends-tu pas, Alvin ? Cela fait si longtemps – des milliers d’années – que personne ne sait ce qu’est réellement un Faiseur ni ce qu’il fait. On sait seulement que de tels hommes ont existé et on connaît quelques-unes des tâches dont ils étaient capables. Changer le plomb ou le fer en or, par exemple. L’eau en vin. Ce genre d’opération.
— J’pense que l’fer en or, c’est plus facile, avait dit Alvin. Les métaux, à l’intérieur, ils contiennent en gros un seul élément. Mais l’vin… c’est une telle pagaille d’affaires différentes qu’y faudrait être un-un…» Il n’avait pas réussi à trouver de mot pour le plus grand pouvoir qu’un homme puisse détenir.
« Un Faiseur. »
C’était ça, le mot, pour sûr.
« M’est avis.
— Je te le dis, Alvin, si tu veux retrouver ce qu’accomplissaient autrefois les Faiseurs, il te faut comprendre la nature des choses. Tu ne peux pas transformer ce que tu ne comprends pas.
— Et j’comprends pas c’que j’vois pas.
— Erreur ! Complètement faux, Alvin Smith ! C’est en fait ce que tu vois qui demeure impossible à comprendre. Le monde que tu vois réellement n’est rien de plus qu’un exemple, un cas particulier. Mais les principes sous-jacents, l’ordre qui le maintient, cela reste à jamais invisible. On ne peut le découvrir que par l’imagination, précisément la partie de ton esprit la plus négligée. »
Bref, hier soir Alvin s’était mis en colère, ce qui d’après elle était le plus sûr moyen de rester idiot, à quoi il avait répondu que ça lui convenait parfaitement vu qu’il était resté en vie contre forte partie malgré son idiotie et sans son aide à elle. Puis il s’était rué dehors et avait erré en regardant les premiers flocons de la tempête qui commençaient à tomber.