La Louve de France
- Автор: Дрюон Морис
- Серия: les rois maudits #5
- Год: 2000
- Язык: французский
- Год: Plon
- ISBN: 9782253004066
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «La Louve de France». Краткое содержание книги:
— Monseigneur Orleton a justement parlé, dit Tors-Col, et vous devez renoncer, mon cousin, pour rendre la paix à l’Angleterre, et pour que les Plantagenets continuent d’y régner.
Édouard, alors, incapable apparemment d’articuler une parole, fit signe d’approcher la couronne et inclina la tête comme s’il voulait qu’on le ceignît une dernière fois.
Les évêques se consultaient du regard, ne sachant comment agir, ni quel geste accomplir, en cette cérémonie imprévue qui n’avait point de précédent dans la liturgie royale. Mais la tête du roi continuait de s’abaisser, graduellement, vers les genoux.
— Il passe ! s’écria soudain l’archidiacre Chandos qui portait le coussin aux emblèmes.
Tors-Col et Orleton se précipitèrent pour retenir Édouard évanoui au moment où son front allait cogner sur les dalles.
On le remit dans son siège, on lui frappa les joues, on courut chercher du vinaigre. Enfin, il respira longuement, rouvrit les yeux, regarda autour de lui ; puis, d’un coup, il se mit à sangloter. La mystérieuse force que l’onction et les magies du sacre infusent aux rois, et pour ne servir parfois que des dispositions funestes, venait de se retirer de lui. Il était comme exorcisé de la royauté.
À travers ses pleurs, on l’entendit parler :
— Je sais, mes Lords, je sais que c’est par ma propre faute que je suis tombé à si grande misère, et que je me dois résigner à la souffrir. Mais je ne puis m’empêcher de ressentir lourd chagrin de toute cette haine de mon peuple, que je ne haïssais point. Je vous ai offensés, je n’ai point agi pour le bien. Vous êtes bons, mes Lords, très bons de garder dévouement à mon aîné fils, de n’avoir point cessé de l’aimer et de le désirer pour roi. Donc, je vous veux satisfaire. Je renonce devant vous à tous mes droits sur le royaume ; je délie tous mes vassaux de l’hommage qu’ils m’ont fait et leur demande le pardon. Approchez…
Et de nouveau il fit le geste d’appeler les emblèmes. Il saisit le sceptre, et son bras fléchit comme s’il en avait oublié le poids ; il le remit à l’évêque de Winchester en disant :
— Pardonnez, my Lord, pardonnez les offenses que je vous ai faites.
Il avança ses longues mains blanches vers le coussin, souleva la couronne, y appuya ses lèvres comme on baise la patène ; puis, la tendant à Adam Orleton :
— Prenez-la, my Lord, pour en ceindre mon fils. Et accordez-moi pardon des maux et injustices que je vous ai causés. Dans la misère où je suis, que mon peuple me pardonne. Priez pour moi, mes Lords, qui ne suis plus rien.
Tout le monde était frappé de la noblesse des paroles. Édouard ne se révélait roi qu’à l’instant où il cessait de l’être.
Alors, sir William Blount, le grand chambellan, sortit de l’ombre des piliers, s’avança entre Édouard II et les évêques, et brisa sur son genou son bâton sculpté, comme il l’eût fait, pour marquer que le règne était terminé, devant le cadavre d’un roi descendu au tombeau.
VI
LA GUERRE DES MARMITES
« Vu que Sire Édouard, autrefois roi d’Angleterre, a de sa propre volonté, et par le conseil commun et l’assentiment des prélats, comtes, barons et autres nobles, et de toute la communauté, résigné le gouvernement du royaume, et consenti et voulu que le gouvernement audit royaume passât à Sire Édouard, son fils et héritier, et que celui-ci gouverne et soit couronné roi, pour laquelle raison tous les grands ont prêté hommage, nous proclamons et publions la paix de notre dit seigneur Sire Édouard le fils et ordonnons de sa part à tous que nul ne doit enfreindre la paix de notre dit seigneur le roi, car il est et sera prêt à faire droit à tous ceux dudit royaume, envers et contre tous, tant aux hommes de peu qu’aux grands. Et si qui que ce soit réclame quoi que ce soit d’un autre, qu’il le fasse dans la légalité, sans user de la force ou autres violences. »
Cette proclamation fut lue le 24 janvier 1327 devant le Parlement d’Angleterre, et un conseil de régence aussitôt institué ; la reine présidait ce conseil de douze membres parmi lesquels les comtes de Kent, Norfolk et Lancastre, le maréchal sir Thomas Wake et, le plus important de tous, Roger Mortimer, baron de Wigmore.
Le dimanche 1er février le couronnement d’Édouard III eut lieu à Westminster. La veille, Henry Tors-Col avait armé chevalier le jeune roi en même temps que les trois fils aînés de Roger Mortimer.
Lady Jeanne Mortimer, qui avait recouvré sa liberté et ses biens, mais perdu l’amour de son époux, était présente. Elle n’osait regarder la reine, et la reine n’osait la regarder. Lady Jeanne souffrait sans répit de cette trahison des deux êtres au monde qu’elle avait le plus aimés et le mieux servis. Quinze ans de présence auprès de la reine Isabelle, de dévouement, d’intimité, de risques partagés, devaient-ils recevoir pareil paiement ? Vingt-trois ans d’union avec Mortimer, auquel elle avait donné onze enfants, devaient-ils s’achever de la sorte ? En ce grand bouleversement qui renversait les destins du royaume et amenait son époux au faîte de la puissance, Lady Jeanne, si loyale toujours, se retrouvait parmi les vaincus. Et pourtant elle pardonnait, elle s’effaçait avec dignité, parce qu’il s’agissait justement des deux êtres qu’elle avait le plus admirés, et qu’elle comprenait que ces deux êtres se fussent aimés d’un inévitable amour dès l’instant que le sort les avait rapprochés.
À l’issue du sacre, la foule fut autorisée à pénétrer dans l’évêché de Londres pour y assommer l’ancien chancelier Robert de Baldock. Messire Jean de Hainaut reçut dans la semaine une rente de mille marks esterlins à prendre sur le produit de l’impôt des laines et cuirs dans le port de Londres.
Messire Jean de Hainaut serait volontiers resté plus longtemps à la cour d’Angleterre. Mais il avait promis de se rendre à un grand tournoi, à Condé-sur-l’Escaut, où s’étaient promis rencontre toute une foule de princes, dont le roi de Bohême. On allait jouter, parader, rencontrer belles dames qui avaient traversé l’Europe pour voir s’affronter les plus beaux chevaliers ; on allait séduire, danser, se divertir de fêtes et de scènes jouées. Messire Jean de Hainaut ne pouvait manquer cela, ni de briller, plumes sur le heaume, au milieu des lices sablées. Il accepta d’emmener une quinzaine de chevaliers anglais qui voulaient participer au tournoi.
En mars fut enfin signé avec la France le traité qui réglait la question d’Aquitaine, au plus grand détriment de l’Angleterre. Il était impossible à Mortimer de refuser au nom d’Édouard III les clauses qu’il avait naguère lui-même négociées pour qu’elles fussent imposées à Édouard II. On soldait ainsi l’héritage du mauvais règne. De plus Mortimer s’intéressait peu à la Guyenne où il n’avait pas de possessions, et toute son attention à présent se reportait, comme avant son emprisonnement, vers le Pays de Galles et les Marches galloises.
Les envoyés qui vinrent à Paris ratifier le traité virent le roi Charles IV fort triste et défait, parce que l’enfant qui était né à Jeanne d’Évreux au mois de novembre précédent, une fille alors qu’on espérait si fort un garçon, n’avait pas vécu plus de deux mois.
L’Angleterre, vaille que vaille, se remettait en ordre quand le vieux roi d’Ecosse, Robert Bruce, bien que déjà fort avancé en âge et de surcroît atteint de la lèpre, envoya vers le 1er avril, douze jours avant Pâques, défier le jeune Édouard III et l’avertir qu’il allait envahir son pays.