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La Louve de France

Электронная книга - «La Louve de France». Краткое содержание книги:

Philippe V le Long vient de mourir avant d'avoir atteint trente ans et, comme son frère Louis X le Hutin, sans descendance mâle. Le troisième fils du Roi de fer, le faible Charles IV le Bel, succède à Philippe V. Une évasion de la tour de Londres ; la chevauchée cruelle conduite par une reine française d'Angleterre pour chasser du trône son époux ; un atroce assassinat perpétré sur un souverain... La relance de l'Histoire vient d'Angleterre. La Louve de France , c'est le tragique surnom que les chroniqueurs donnèrent à la reine Isabelle, fille de Philippe le Bel, qui semblait avoir transporté outre-Manche la malédiction des templiers.
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La tombe s’étant mise à produire des miracles, Édouard avait été plus tard canonisé.

Même nom, même chiffre dans l’autre dynastie ; ce rapprochement, rendu plus inquiétant encore par la prédiction de l’astrologue, pouvait bien faire trembler le roi prisonnier. Corfe allait-il voir la mort du second Édouard II ?

— Pour ton entrée dans cette belle citadelle, il te faut coiffer d’une couronne, mon noble Sire, dit Maltravers. Towurlee, va donc ramasser un peu de foin dans ce champ !

De la brassée d’herbe sèche que rapporta le colosse, Maltravers confectionna une couronne et la planta sur le crâne rasé du roi. Les barbes du foin s’enfoncèrent dans la peau.

— Avance, à présent, et pardonne-nous de n’avoir point de trompettes !

Un profond fossé, une enceinte, un pont-levis entre deux grosses tours rondes, une colline verte à escalader, un autre fossé, une autre porte, une autre herse, et au-delà encore des pentes herbues : en se retournant on pouvait voir les petites maisons du village, aux toits faits de pierres plates et grises posées comme des tuiles.

— Avance donc ! cria Maltravers en donnant à Édouard un coup de poing dans les reins.

La couronne de foin vacilla. Les chevaux progressaient à présent dans des couloirs étroits, tortueux, pavés de galets ronds, entre d’énormes, d’hallucinantes murailles au sommet desquelles les corbeaux, perchés côte à côte, frise noire bordant la pierre grise, regardaient, à cinquante pieds sous eux, passer la colonne.

Le roi Édouard II était certain qu’on allait le tuer. Mais il existe bien des manières de faire mourir un homme.

Thomas Gournay et John Maltravers n’avaient pas ordre exprès de l’assassiner, mais plutôt de l’anéantir. Ils choisirent donc la manière lente. Deux fois le jour, d’affreuses bouillies de seigle étaient servies à l’ancien souverain, tandis que ses gardiens s’empiffraient devant lui de toutes sortes de victuailles. Et pourtant, à cette infecte nourriture comme aux moqueries et aux coups dont on le gratifiait, le prisonnier résistait. Il était singulièrement robuste de corps et même d’esprit. D’autres à sa place eussent facilement perdu la raison : lui se contentait de gémir. Mais ses gémissements mêmes témoignaient de son bon sens.

— Mes péchés sont-ils si lourds qu’ils ne méritent ni pitié ni assistance ? Avez-vous perdu toute charité chrétienne, toute bonté ? disait-il à ses geôliers. Si je ne suis plus un souverain, je demeure pourtant père et époux ; comment puis-je faire encore peur à ma femme et à mes enfants ? Ne sont-ils pas suffisamment satisfaits d’avoir pris tout ce qui m’appartenait ?

— Et que te plains-tu, Sire roi, de ton épouse ? Madame la reine ne t’a-t-elle pas envoyé de beaux vêtements, et de douces lettres que nous t’avons lues ?

— Fourbes, fourbes, répondait Édouard, vous m’avez montré les vêtements mais vous ne me les avez point donnés, et vous me laissez pourrir dans cette mauvaise robe. Et les lettres, pourquoi cette méchante femme les a-t-elle envoyées, sinon pour pouvoir feindre qu’elle m’a témoigné de la compassion. C’est elle, c’est elle avec le méchant Mortimer qui vous donne les ordres de me tourmenter ! Sans elle et sans ce traître, mes enfants, j’en suis sûr, accourraient m’embrasser !

— La reine ton épouse et tes enfants, répondait Maltravers, ont trop peur de ta cruelle nature. Ils ont trop subi tes méfaits et ta fureur pour désirer t’approcher.

— Parlez, mauvais, parlez, disait le roi. Un temps viendra où les tourments qui me sont infligés seront vengés.

Et il se mettait à pleurer, son menton nu enfoui dans ses bras. Il pleurait, mais il ne mourait point.

Gournay et Maltravers s’ennuyaient à Corfe, car tous les plaisirs s’épuisent, même ceux qu’on prend à torturer un roi. Et puis Maltravers avait laissé sa femme Eva à Berkeley, auprès de son beau-frère ; et puis, dans la région de Corfe, on commençait à savoir que le roi détrôné était détenu là. Alors, après échange de messages avec Mortimer, on décida de ramener Édouard à Berkeley.

Lorsque, encadré de la même escorte, il repassa, un peu plus maigre seulement et un peu plus voûté, les grosses herses, les ponts-levis, les deux enceintes, le roi Édouard II, si malheureux qu’il fût, éprouva un immense soulagement et comme le sentiment de la délivrance. Son astrologue avait menti.

VIII

« BONUM EST »

La reine Isabelle était déjà au lit, ses deux nattes d’or tombant sur sa poitrine. Roger Mortimer entra, sans se faire annoncer, ainsi qu’il en avait le privilège. À l’expression de son visage, la reine sut de quel sujet il allait lui parler, lui reparler plutôt.

— J’ai reçu nouvelles de Berkeley, dit-il d’un ton qui se voulait calme et détaché.

Isabelle ne répondit pas.

La fenêtre était entrouverte sur la nuit de septembre. Mortimer alla l’ouvrir tout à fait et resta un moment à contempler la ville de Lincoln, vaste et tassée, encore piquetée de quelques lumières, et qui s’étendait au-dessous du château. Lincoln était en importance la quatrième ville du royaume après Londres, Winchester et York. L’un des morceaux du corps de Hugh Le Despenser le Jeune y avait été expédié dix mois auparavant. La cour, arrivant du Yorkshire, venait de s’y installer depuis une semaine.

Isabelle regardait les hautes épaules de Mortimer et sa nuque couverte de cheveux en rouleaux se découper, ombre sur le ciel nocturne, dans l’encadrement de la fenêtre. Dans ce moment précis, elle ne l’aimait pas.

— Votre époux paraît s’obstiner à vivre, reprit Mortimer en se retournant, et cette vie met en péril la paix du royaume. On continue de conspirer pour sa délivrance dans les manoirs de Galles. Les dominicains ont le front de prêcher en sa faveur jusques à Londres même, où les troubles qui nous ont inquiétés en juillet pourraient bien se renouveler. Édouard n’est guère dangereux par lui-même, je vous l’accorde, mais il est prétexte à l’agitation de nos ennemis. Veuillez enfin, je vous prie, émettre cet ordre que je vous conseille et sans lequel il n’y aura point de sécurité ni pour vous ni pour votre fils.

Isabelle eut un soupir de lassitude excédée. Que ne donnait-il lui-même cet ordre ? Que ne prenait-il la décision à son compte, lui qui faisait la pluie et le soleil dans le royaume ?

— Gentil Mortimer, dit-elle calmement, je vous ai déjà répondu qu’on n’obtiendrait point cet ordre de moi.

Roger Mortimer ferma la fenêtre ; il craignait de s’emporter.

— Mais pourquoi, à la parfin, dit-il, avoir subi tant d’épreuves et couru si grands risques pour devenir à présent l’ennemie de votre propre sûreté ?

Elle secoua la tête et répondit :

— Je ne puis. J’aime mieux courir tous les hasards que d’en venir à cette issue. Je t’en prie, Roger, ne souillons pas nos mains de ce sang-là.

Mortimer eut un ricanement bref.

— D’où te vient, répliqua-t-il, ce soudain respect du sang de tes ennemis ? Le sang du comte d’Arundel, le sang des Despensers, le sang de Baldock, tout ce sang-là qui coulait sur les places des villes, tu n’en as pas détourné les yeux. J’avais même cru, certaines nuits, que le sang te plaisait assez. Et lui, le cher Sire, n’a-t-il pas les mains plus rouges que les nôtres pourront jamais l’être ? N’aurait-il pas volontiers versé mon sang et le tien, si nous lui en avions laissé le loisir ? Il ne faut pas être roi, Isabelle, si l’on a peur du sang, il ne faut pas être reine ; il faut se retirer dans quelque couvent, sous un voile de nonne, et n’avoir ni amour ni pouvoir !

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