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La Louve de France

Электронная книга - «La Louve de France». Краткое содержание книги:

Philippe V le Long vient de mourir avant d'avoir atteint trente ans et, comme son frère Louis X le Hutin, sans descendance mâle. Le troisième fils du Roi de fer, le faible Charles IV le Bel, succède à Philippe V. Une évasion de la tour de Londres ; la chevauchée cruelle conduite par une reine française d'Angleterre pour chasser du trône son époux ; un atroce assassinat perpétré sur un souverain... La relance de l'Histoire vient d'Angleterre. La Louve de France , c'est le tragique surnom que les chroniqueurs donnèrent à la reine Isabelle, fille de Philippe le Bel, qui semblait avoir transporté outre-Manche la malédiction des templiers.
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Un jour les Anglais entendent une grande rumeur dans un bois où ils progressaient. L’alarme est donnée. Chacun s’élance, la visière baissée, l’écu au col, la lance au poing, sans attendre père, frère ni compagnon, et ceci pour rencontrer, tout penaudement, une harde de cerfs qui fuyait affolée devant les bruits d’armures.

Le ravitaillement devenait malaisé ; le pays ne produisait rien ; des marchands acheminaient péniblement quelques denrées qu’ils vendaient dix fois leur valeur. Les montures manquaient d’avoine et de fourrage. Là-dessus, la pluie se mit à tomber, sans désemparer, pendant une grande semaine ; les panneaux de selles pourrissaient sous les cuisses, les chevaux laissaient leur ferrure dans la boue ; toute l’armée rouillait. Le soir, les chevaliers usaient le tranchant de leur épée à tailler des branchages pour se construire des huttes. Et toujours les Écossais restaient insaisissables !

Le maréchal de l’ost, sir Thomas Wake, était désespéré. Le comte de Kent regrettait presque La Réole ; au moins, là-bas, le temps était beau. Henry Tors-Col avait des rhumatismes dans la nuque. Mortimer s’irritait, et se lassait de courir sans cesse de l’armée à Yorkshire, où se trouvaient la reine et les services du gouvernement. Le désespoir qui engendre les querelles commençait à s’installer dans les troupes ; on parlait de trahison.

Un jour, tandis que les chefs de bannières discutaient très haut de ce que l’on n’avait pas fait, de ce que l’on aurait dû faire, le jeune roi Édouard III réunit quelques écuyers d’environ son âge, et promit la chevalerie ainsi qu’une terre d’un revenu de cent livres à qui découvrirait l’armée d’Ecosse. Une vingtaine de garçons, entre quatorze et dix-huit ans, se mirent à battre la campagne. Le premier qui revint se nommait Thomas de Rokesby ; tout haletant et épuisé, il s’écria :

— Sire Édouard, les Escots sont à quatre lieues de nous dans une montagne où ils se tiennent depuis une semaine, sans plus savoir où vous êtes que vous ne savez où ils sont !

Aussitôt, le jeune Édouard fit sonner les trompes, rassembler l’armée dans une terre qu’on appelait « la lande blanche », et commanda de courir aux Écossais. Les grands tournoyeurs en étaient tout éberlués. Mais le bruit que faisait cette énorme ferraille avançant par les montagnes parvint de loin aux hommes de Robert Bruce. Les chevaliers d’Angleterre et de Hainaut, arrivant sur une crête, s’apprêtaient à dévaler l’autre versant, lorsqu’ils aperçurent soudain toute l’armée écossaise, à pied et rangée en bataille, les flèches déjà encochées dans la corde des arcs. On se regarda de loin sans oser s’affronter, car le lieu était mal choisi pour lancer les chevaux ; on se regarda pendant vingt-deux jours !

Comme les Écossais ne semblaient pas vouloir bouger d’une position qui leur était si favorable, comme les chevaliers ne voulaient pas livrer combat dans un terrain où ils ne pouvaient pas se déployer, on demeura donc de part et d’autre de la crête, chaque adversaire attendant que l’autre voulût bien se déplacer. On se contentait d’escarmoucher, la nuit généralement, en laissant ces petites rencontres à la piétaille.

Le plus haut fait de cette étrange guerre, que se livraient un octogénaire lépreux et un roi de quinze ans, fut accompli par l’Écossais Jacques de Douglas qui, avec deux cents cavaliers de son clan, fondit par une nuit de lune sur le camp anglais, renversa ce qui lui barrait passage en criant « Douglas, Douglas ! », s’en vint couper trois cordes à la tente du roi, et tourna bride. De cette nuit-là, les chevaliers anglais dormirent dans leurs armures.

Et puis un matin, avant l’aurore, on captura deux « trompeurs » de l’armée d’Ecosse, deux guetteurs qui vraiment semblaient vouloir qu’on les prît et qui, amenés devant le roi d’Angleterre, lui dirent :

— Sire, que cherchez-vous ici ? Nos Escots sont retournés dans les montagnes, et Sire Robert, notre roi, nous a dit de vous en avertir, et aussi qu’il ne vous combattrait plus pour cette année, à moins que vous ne le veniez poursuivre.

Les Anglais s’avancèrent, prudents, craignant un piège, et soudain furent devant quatre cents marmites et chaudrons de campement, pendus en ligne, et que les Écossais avaient laissés pour ne point s’alourdir ni produire de bruit dans leur retraite. Également on découvrit, formant un énorme tas, cinq mille vieux souliers de cuir avec le poil dessus ; les Écossais avaient changé de chaussures avant de partir. Il ne restait comme créatures vivantes dans ce camp que cinq prisonniers anglais, tout nus, liés à des pieux, et dont les jambes avaient été brisées à coups de bâtons.

Poursuivre les Écossais dans leurs montagnes, à travers ce pays difficile, hostile, où l’armée, fort fatiguée déjà aurait à mener une guerre d’embuscade pour laquelle elle n’était pas entraînée, apparaissait comme une pure folie. La campagne fut déclarée terminée ; on revint à York et l’ost fut dissous.

Messire Jean de Hainaut fit le compte de ses chevaux morts ou hors d’usage, et présenta un mémoire de quatorze mille livres. Le jeune roi Édouard n’avait pas autant d’argent disponible dans son Trésor, et devait aussi payer les soldes de ses propres troupes. Alors messire Jean de Hainaut, ayant grand geste comme de coutume, se porta garant auprès de ses chevaliers de toutes les sommes qui leur étaient dues par son futur neveu.

Au cours de l’été, Roger Mortimer, qui n’avait aucun intérêt dans le nord du royaume, bâcla un traité de paix. Édouard III renonçait à toute suzeraineté sur l’Écosse et reconnaissait Robert Bruce comme roi de ce pays, ce qu’Édouard II tout le long de son règne n’avait jamais accepté ; en outre, David Bruce, fils de Robert, épousait Jeanne d’Angleterre, seconde fille de la reine Isabelle.

Était-ce bien la peine, pour un tel résultat, d’avoir déchu de ses pouvoirs l’ancien roi qui vivait reclus à Berkeley ?

VII

LA COURONNE DE FOIN

Une aurore presque rouge incendiait l’horizon derrière les collines du Costwold.

— Le soleil va bientôt poindre, sir John, dit Thomas Gournay, l’un des deux cavaliers qui marchaient en tête de l’escorte.

— Oui, le soleil va poindre, sir Thomas, et nous ne sommes point encore arrivés à notre étape, répondit John Maltravers qui cheminait à côté de lui, au botte à botte.

— Quand le jour sera venu, les gens pourraient bien reconnaître qui nous conduisons, reprit le premier.

— Cela se pourrait, en effet, mon compagnon, et c’est juste ce qu’il nous faut éviter.

Ces paroles étaient échangées d’une voix haute, forcée, afin que le prisonnier qui suivait les entendît bien.

La veille, sir Thomas Gournay était arrivé à Berkeley, ayant traversé la moitié de l’Angleterre pour porter depuis York, à John Maltravers, les nouveaux ordres de Roger Mortimer concernant la garde du roi déchu.

Gournay était un homme de physique peu avenant ; il avait le nez court et camard, les crocs inférieurs plus longs que les autres dents, la peau rose, tachetée, piquetée de poils roux comme le cuir d’une truie ; ses cheveux trop abondants se tordaient, pareils à des copeaux de cuivre, sous le bord de son chapeau de fer.

Pour seconder Thomas Gournay, et aussi pour le surveiller un peu, Mortimer lui avait adjoint Ogle, l’ancien barbier de la tour de Londres.

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