La Grande Quête
- Автор: Джордан Роберт
- Серия: La Roue du Temps #2
- Год: 2012
- Язык: французский
- Год: Bragelonne
- ISBN: 9782352945574
- Переводчик: Jean Claude Mallé
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «La Grande Quête». Краткое содержание книги:
Moiraine, la puissante magicienne qui seule pourrait lui fournir des réponses, l’évite désormais comme la peste. Rand sait qu’il devrait quitter ces lieux, partir où personne ne le connaît et où il ne pourrait faire aucun mal.
Mais il est trop tard : les Aes Sedai l’ont enfermé et son seul espoir d’obtenir de l’aide à présent est Egwene, la femme qu’il pensait épouser un jour… et qui est en train de devenir elle-même une Aes Sedai.
Rand se pétrifia, un pied dans un étrier et l’autre déjà sur le sol.
La même femme ? Mais il n’y avait personne dans ce village, à part des rideaux agités par le vent ! Et, s’il y avait eu quelqu’un, la même femme n’aurait pas pu arriver avant nous à l’autre village.
Le jeune homme se força à penser à autre chose. Ce n’était pas tant le souvenir du Blafard cloué à la porte qui le terrorisait. Mais cette pièce, avec les mouches, les gens qui y étaient sans y être… Le Myrddraal était bien réel, tout le monde avait pu s’en apercevoir. La maison hantée, en revanche…
Et si j’étais pour de bon en train de devenir fou ?
Pour la première fois depuis qu’il la connaissait, Rand regretta que Moiraine ne soit pas là pour répondre à ses questions.
Une Aes Sedai me manque ? Bon, d’accord, je suis cinglé ! Rand, tu es sorti entier de cette maison, alors oublie ça. Mais me suis-je vraiment arraché à ce cauchemar ? Et que s’est-il passé là-bas ?
— Les chevaux de bât et les vivres au milieu, ordonna Ingtar alors que ses guerriers commençaient à dresser le camp. Bouchonnez les montures, puis sellez-les de nouveau, au cas où nous devrions partir précipitamment. Nous ne ferons pas de feu ce soir, et chaque homme dormira à côté de son cheval. Pour la garde, je veux des rotations de deux heures. Uno, envoie des éclaireurs aussi loin qu’ils pourront aller en revenant avant la tombée de la nuit. Nous devons savoir ce qu’il y a autour de nous.
Il le sent aussi…, pensa Rand. Nous n’avons pas seulement affaire à quelques Suppôts, une bande de Trollocs et un ou deux Blafards…
Le « seulement » avait de quoi donner des frissons dans le dos. Quelques jours plus tôt, il aurait été impensable de formuler les choses ainsi. Même dans les Terres Frontalières, si près de la Flétrissure, des Suppôts, des Trollocs et des Myrddraals auraient suffi à donner des cauchemars à n’importe qui. Mais, depuis, Rand avait vu un Blafard cloué à une porte…
Par la Lumière ! qui a pu faire ça ? Ou quoi ? Au nom de la Lumière – ou, plutôt, contre le nom de la Lumière !
Ensuite, il était entré dans une maison où toute une famille heureuse de vivre avait vu son repas interrompu…
Un tour de mon imagination, c’est sûr… Il ne peut pas en être autrement…
Difficile à croire, même s’il en avait terriblement envie. Avait-il imaginé le vent, au sommet de la tour ? Imaginé que la Chaire d’Amyrlin disait… ?
— Rand ?
Le jeune homme sursauta.
— Tu as l’intention de rester comme ça toute la nuit ? lança Ingtar dans son dos.
Rand finit de mettre pied à terre.
— Que s’est-il passé dans ce village ? demanda-t-il à l’officier.
— Les Trollocs ont capturé les habitants, comme dans le bourg précédent. Voilà ce qui est arrivé… Quant au Blafard… (Ingtar haussa les épaules et baissa les yeux sur le gros ballot de toile carré qu’il tenait entre ses mains – à son expression, on eût dit qu’il s’attendait à trouver à l’intérieur des secrets qu’il aurait préféré ne pas connaître.) Les monstres ont emmené les villageois pour les manger. Ils le font parfois le long de la frontière, dans des fermes isolées ou des hameaux, lorsque leurs maraudeurs parviennent à tromper la vigilance de nos sentinelles, la nuit. Il arrive que nous récupérions ces gens, mais nous ne réussissons pas toujours. Et, à l’occasion, nous regrettons presque de les avoir récupérés… Les Trollocs ne tuent pas toujours leur « gibier » avant de le découper. Et les Blafards aiment bien… prendre leur plaisir. C’est encore pire que les abominations des monstres…
Ingtar parlait d’un ton neutre, comme s’il avait évoqué le temps ou parlé de soucis quotidiens. Et, pour un guerrier du Shienar, c’était peut-être exactement de ça qu’il s’agissait.
Rand prit une grande inspiration pour lutter contre la nausée.
— Le Blafard que nous avons vu n’a pas dû prendre beaucoup de… plaisir. Qui peut crucifier ainsi un Myrddraal vivant ?
Ingtar hésita, secoua la tête, puis il tendit le gros paquet à Rand.
— Tiens… Moiraine Sedai m’a dit de te le remettre le premier soir où nous camperions au sud du fleuve. Je ne sais pas de quoi il s’agit, mais elle a assuré que tu en aurais besoin. Je suis chargé de te dire d’en prendre soin, parce que ta vie pourrait en dépendre…
Rand saisit à contrecœur le ballot. À l’intérieur, il y avait quelque chose de mou. Mal à l’aise, le jeune homme resta planté là, sans savoir que faire.
Ingtar n’a pas plus envie que moi de repenser au Blafard… Mais que s’est-il passé dans cette maison ?
Au fond, s’avisa soudain Rand, penser au Myrddraal et à la famille fantôme était probablement moins désagréable que de s’intéresser au cadeau de Moiraine.
— Elle m’a aussi ordonné de te dire que les guerriers, s’il m’arrive malheur, seront placés sous ton commandement.
— Pardon ? s’écria Rand, en oubliant le paquet et tout le reste. C’est de la folie ! Je n’ai jamais rien commandé, à part un troupeau de moutons ! Les hommes ne me prendraient pas au sérieux. De toute façon, ce n’est pas à Moiraine de désigner ton second – et c’est Uno qui occupe ce poste.
— Le matin du départ, Uno et moi avons été convoqués dans le bureau du seigneur. Moiraine Sedai était présente, mais c’est Agelmar qui a donné les ordres. Tu es mon second, Rand.
— Mais pourquoi ? Au nom de la Lumière ! pourquoi ?
L’intervention de Moiraine était une certitude. Main dans la main avec la Chaire d’Amyrlin, elle faisait tout son possible pour le pousser sur un chemin qu’il répugnait à prendre.
Ingtar ne cacha pas sa perplexité. Mais, en bon vétéran des Terres Frontalières, il ne s’étonnait plus que des ordres bizarres lui soient donnés. Quand on vivait près de la Flétrissure, on apprenait vite à ne pas s’arrêter à ce genre de détail.
— Selon des rumeurs venues des quartiers des femmes, tu serais… (L’officier écarta ses mains gantées.) Oublie ça, je sais que tu le nies mordicus… C’est comme pour ton apparence… Moiraine Sedai affirme que tu es un berger, mais je n’en ai jamais vu qui trimballe une épée au héron. Laissons tomber, veux-tu ? Franchement, je ne t’aurais pas choisi pour me seconder, mais je crois que tu as les qualités requises. S’il le faut, tu accompliras ton devoir.
Rand aurait voulu dire qu’il ne se reconnaissait pas de « devoir », mais il préféra ne pas jeter de l’huile sur le feu.
— Uno est au courant, je suppose… Qui d’autre, Ingtar ?
— Tous les hommes, bien entendu… En campagne, les guerriers du Shienar sont parfaitement informés de la chaîne du commandement. Chacun y tient sa place, de l’officier jusqu’au dernier des soldats, et chacun peut être amené à diriger le groupe, si l’homme qui le précède sur la liste est tué. Et s’il ne reste qu’un survivant, Rand, ce n’est jamais un fugitif uniquement préoccupé par sa survie. Il est le chef, et son devoir lui dicte de faire ce qui doit être fait. Si je m’abandonne à l’ultime étreinte de notre mère à tous, mes responsabilités te reviendront. Tu trouveras le Cor et tu l’apporteras là où il doit être. Tu le feras, j’en suis sûr.